NOVLANGUE, MEDIAPART, EDWY PLENEL: LA PAROLE LIBEREE

« Ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots et non l’inverse. En matière de prose, la pire des choses que l’on puisse faire avec les mots est de s’abandonner à eux. » George Orwell

 

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« Je traverse la rue, je vous trouve du travail … Des Gaulois réfractaires au changement …On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux…Je ne céderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques …Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes ... Les gens qui ne sont rien …Les femmes salariées de Gad, pour beaucoup illettrés …Le bus pourra bénéficier aux pauvres …Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien…Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires…Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié, il ne faut pas l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties… Le libéralisme est une valeur de gauche …Les salariés français sont trop payés... Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d’accord. ..Je n’aime pas ce terme de modèle social …Les Britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher …Je dis aux jeunes : “ne cherchez plus un patron cherchez des clients” …La France est en deuil d’un roi …Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants…Le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés…Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est désormais gratuit quand ils sont mineurs …Il n’y a pas de culture française …La gauche classique est une étoile morte. L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est …35 heures pour un jeune, ce n’est pas assez …Une start-up nation est une nation ou chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une. ..Le FN est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d'extrême-droite… Vous n'allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costard c'est de travailler… Être élu est un cursus d'un ancien temps »

Ainsi les chômeurs sont tous des fainéants, les fonctionnaires tous des nantis, les cheminots rien d’autre que des privilégiés, les retraités nantis, les jeunes ubérisés, les travailleurs smicardisés, les barbus radicalisés,les musulmans islamisés, quant aux Français de souche d’irréductibles Gaulois réfractaires au changement, tous les autres des parasites, des assistés, des sans nom, des sans grade…

Ce langage inique, indigne de la parole d’un président de notre République, relayé par la majorité des médias, diffusé en boucle et plébiscité par une poignée de penseurs patentés est une atteinte fondamentale aux principes et aux fondamentaux de notre démocratie. Des mots crassi

Pouvoir politique et pouvoir médiatique ne font qu’un, intrinsèquement liés et reliés l’un à l’autre, l’un pour l’autre. La quasi-totalité des groupes de presse et de chaines télévisées sont la possession des plus grands magnats de la finance, tous ardents contributeurs du CAC 40. Le tout financé à grands renforts d’aides publiques, avec l’argent des contribuables, sans leur accord tacite !

La presse indépendante réduite à sa plus expression reste forcément minoritaire, une infime goutte d’eau noyée dans cet impétueux océan de dénis collectifs. Ainsi la parole est confisquée, truquée, manipulée pour diffuser en boucles ininterrompues ce funeste discours officiel et officieux de propagande médiatique.

A chaque nouveau quinquennat une nouvelle réforme de l’audiovisuel, le pouvoir de l’image et le pouvoir des mots aux mains de ceux qui l’incarne. Ainsi la presse bâillonnée est au service du diktat des puissances libérales. Le besoin de toujours s’accroitre, propre à l’impérialisme barbare.

Distiller au quotidien la pensée unique comme unique pensée, multiplexée sur tous les écrans connectés H 24. Le bourrage de crâne est la force de frappe insidieuse qui germe dans le restant de nos trop peu de réflexion. Nous pensons pour vous, nous réfléchissons pour vous, dormez tranquilles, soyez… dociles !

Les derniers pans de nos libertés individuelles sont attaqués de toutes parts, prêts à sombrer dans la déchéance de leur vocation de soumission absolue. Cet incessant matraquage en masse conduit inexorablement à l’abrutissement et à l’asservissement collectif des peuples. La manipulation sème le doute et la terreur, tout en soufflant le chaud et le froid, manipulant les esprits les plus perspicaces, érigeant des remparts de barbelés jusque dans nos cœurs au plus profond de nos têtes.

Le seul et unique dessein de ce verbiage à la langue de bois est l’anéantissement pur et simple de toute pensée et de toute réflexion, la destruction programmée de l'individu profond devenu insignifiant et l'asservissement global et total du peuple. Orwell nous avait pourtant averti, la novlangue est un instrument de destruction intellectuelle.

Face à l’endormissement intégral des foules, quelques voix s’élèvent ça et là, nous signifiant la voie d’autres possibles, nous invitant à suivre d’autres pistes de réflexions sur le pouvoir des mots.  « Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. (…) Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. (…) La révolution sera complète quand le langage sera parfait. » George Orwell 1984

Longtemps confisquée, la parole accordée à Edwy Plenel sur le plateau de BFM (partie extravertie de l’empire immergé de Patrick Drahi) a déstabilisé l’ordre établi face au dédain et à l’arrogance si caractéristique de journalistes emprunts de déclarations sibyllines

Une belle et courageuse leçon de démocratie en direct live, à une heure de grande écoute. Après le temps des maux voici venu le temps des mots, des mots simples, ceux dits avec le cœur, avec courage, avec passion, conviction et détermination. Des mots de cette ampleur fraternelle qui rassemble ainsi les humains au lieu de les diviser. La coalition et la coagulation des préceptes républicains remis à l’ordre du jour. Le signifié et le magnifié de ces simples mots honnis, bannis du langage médiatisé : Liberté, Égalité, Fraternité.

Une belle leçon de démocratie et un magnifique pamphlet philosophique au service d’une cause commune. Brillante et puissante rhétorique de toute la sagesse d’un grand homme. Un grand moment de  journalisme, un souffle nouveau, le courage affirmé et déterminé de clamer haut et fort une pensée partisane, écho des petites gens, avec brio, conviction et détermination. Des mots dignes de Jaurès.

Edwy Plenel, Thomas Piketty, Thomas Porcher, Edgar Morin, François Ruffin, Manon Aubry, Adrien Quatennens, de nouvelles voies, et tant d'autre encore, dignes héritières de celle de Stéphane Hessel, qui s’élèvent dans le brouhaha ambiant. Tous à la rescousse de nos idéaux pour un sursaut démocratique. Puisse t’il être salvateur, puisse t’il nous interpeller, puisse t’il faire basculer ce système totalitaire, non pas pour changer le monde mais pour changer ce monde!

Un monde où chacun trouverait la place qu’il mérite...

 

 

 

 

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