Périple hors saison, par delà les confins de la côte sauvage. Instantanés de ces moments inouïs où seule la terre semble éternelle. Comme un grand bol d’air iodé, hors du temps, touché par la grâce des lieux.
De ce côté ci du ponant, la lumière jouit de cet attrait si particulier, que l'expression des mots passe avant tout par la curiosité du regard, associé à l'alchimie de chacun des autres sens. L'extravagance révélée dans toute sa subtilité, comme pour mieux décrire la splendeur de ce petit bout du monde emmailloté en des nappes de vents. Regards émoustillés qui nous sensibilisent à la démesure de ces si vastes étendues.
De l'ébauche du naissant jusqu'à la pointe du jour déclinant dans le soupirail des lointains, cette oasis, campée en son écrin sous la voûte toilée entre ciel et mer, reflète l'éclat d'un joyau aux multiples facettes. Perle océanique poudrée par l'essaim des embruns. Fragilité de ces ambiances qui ainsi baillent au fil de l’onde.
Presque irréelle, telle un songe qui sommeille en vous, la lumière reste difficile à capter, fugitive dans ses draperies d'intenses fresques picturales. Dès la toute première heure, l'éclat du jour se manifeste sous le halo des lueurs sauvagines propres aux bords de mer, en tout point semblable à l'évocation de la palette de ces peintres en quête de radieux. Ambiance océanique au charme désuet de la côte, presque un privilège qui pourrait paraître tel un luxe mirobolant. IØ, île lumineuse.
Combien de dérobades avant de s'esquiver de la nasse estivale, juste pour percevoir le caractère un tantinet sauvage de ce coin encore préservé des métamorphoses citadines. Lieu de délices poétiques, paradis d'insouciance doté de cette nature si dépaysante que chacun 'y laisse volontiers envoûter, bercé par le rythme des petits plaisirs distillés en douceur de vivre.
Idylle frivole pour ce petit bout de terre ancré face aux rivages de l'Atlantique, réputé pour la fièvre de son ensoleillement, ainsi que la clémence de son climat au tempérament méditerranéen. Pins maritimes, mimosas, lauriers-roses, eucalyptus, palmiers, agaves, yuccas, cistes, luxuriante végétation agrémentée de cette cascade de floraison rose poudrée exhibée des tamaris bousculés par la turpitude des vents du grand large. Comme une ode poétique à cet univers d’exception dont jamais l’on ne se lasse, épris par la féerie des éléments.
Voilà que l'on se retrouve envouté dans cette part de mystère, catalyseur de rêves en sommeil. Parée de son plus bel apparat, la nature y dévoile les splendeurs de sa prodigalité versée du haut du ciel. C'est le miracle de ce climat exceptionnel qui fit dire à Pierre Loti qu'Oléron demeure « l'île aux parfums."
Reliée à la terre ferme par l'étonnant cordon ombilical de plus de deux kilomètres de long, à la dense saison des cigales la voilà qui batifole sous la fulgurance de cet essor, au grand dam d'autochtones revêches, un temps privés de l'authenticité de leurs racines d'îliens.
Une île devenue presqu'île par la force des choses, raisons purement mercantiles. Rien ne pouvant museler cette marée saisonnière avide des bienfaits du grand air. Promesses estivales suspendues au flambeau des jours en costume d’été. À l'équinoxe d'automne, passée la saison des grandes migrations, lassés de ce vertige des abîmes, chacun retrouve sa quiétude coutumière qui réside dans l'âme de ce territoire maritime.
Aussi puissant que tumultueux, l’océan nous rappelle à quel point sa démesure, rythmée par les marées, reste à la fois tout aussi périlleuse qu’hasardeuse. Omniprésent au cœur de cet espace naturel, comment ne pas succomber face au charme de cette immensité capricieuse, qui poursuit les humeurs versatiles du domaine des dieux ? Pourquoi donc nous fascine-t-il de la sorte, au point de rester scotchés, les yeux rivés vers le large, abasourdis par cette entité brassée par la houle ? Lancinant spectacle bordé de roulements d’écume.
En toutes saisons, ici les couleurs s’altèrent et se métamorphosent sans que l’on puisse un instant s’en lasser. Le reste du temps, les arômes, les courants d’air, la houle, en perpétuel mouvement. Marée basse ou marée haute, flux ou reflux, au bout du voyage, le littoral, l’estuaire, les dunes, l’estran rocheux, le pertuis, les grands espaces, la nature belle et généreuse, les coquillages, les huitres, les marais, les arbres, les oiseaux, les vents, les cabanes de pêcheurs, les maisons basses peintes à la chaux, les roses trémières, autant de cartes postales glanées au fil des marées. Comme un art de vivre, cet esprit de liberté, l'envie d'ailleurs. L’appel du grand large.
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