INTERDIRE BRASSENS

#BalancetonJojo / Qu'en dirait donc l'ami Georges?

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La question se pose en ces temps de remise en cause. Faut-il interdire Brassens ?

Et, par-dessus le marché, brûler sa moustache, bien des féministes vous le diront. Difficile, me direz-vous, de faire un procès à cette institution de la chanson française – mais une bonne procureure trouvera aisément dans son répertoire de quoi nourrir un bon réquisitoire tant les chefs d'inculpation ne manquent pas.

1/ Violence faite aux femmes. Lorsqu'il justifie «La Fessée» :

« Retroussant l'insolente avec nulle tendresse,

Conscient d'accomplir, somme toute, un devoir,

Mais en fermant les yeux pour ne pas trop en voir,

Paf ! J'abattis sur elle une main vengeresse » !

2/Stigmatisation de la liberté (sexuelle) de la femme doublée d'injure dans «Putain de toi» :

« Le comble enfin, misérable salope,

Comme il n'restait plus rien dans le garde-manger,

T'as couru sans vergogne, et pour une escalope,

Te jeter dans le lit du boucher » !

3/Harcèlement moral où Brassens dénie à la femme la moindre parcelle d'intelligence :

« Elle n'avait pas de tête, elle n'avait pas

L'esprit beaucoup plus grand qu'un dé à coudre,

Mais pour l'amour on ne demande pas

Aux filles d'avoir inventé la poudre »

4/ Indulgence coupable envers le harceleur, ce sordide «Tonton Nestor» :

« Vous osâtes porter

Votre fichue

Patte crochue

Sur sa rotondité ».

5/ Hymne à la soumission de la femme, dont la seule «bonne action» se résume en une piteuse performance sexuelle, comme dans «Don Juan» :

« Gloire à la bonne sœur qui, par temps pas très chaud,

Dégela dans sa main le pénis du manchot » !

6/ Déclaration de guerre à toutes les femmes :

« Misogynie à part, le sage avait raison :

Il y a les emmerdantes, on en trouve à foison,

En foule elles se pressent,

Il y a les emmerdeuses, un peu plus raffinées,

Et puis, très nettement au-dessus du panier,

Y a les emmerderesses ».

7/Ode implacable au machisme triomphant :

« Et gloire à don Juan qui fit reluire un soir

Ce cul déshérité ne sachant que s'asseoir » !….

– Les preuves sont là ! martèle la procureure. Faudrait-il rajouter d'autres strophes à l'acte d'accusation ? Je demande qu'on le balance derechef sur le hashtag des porcs !

– Ce ne sont que des chansons…, plaide l'avocat.

– C'est une œuvre paillarde, franchouillarde, et tellement éculée ! répond la procureure.

– Mais le style, Madame…

–… Le style n'excuse en rien de tels outrages. Condamnons-le, morbleu !

Et c'est ainsi que Brassens écopa d'une peine posthume prononcée à l'unanimité par le Tribunal du temps qui passe.

par Jean-Claude Souléry

 

 

 

 

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