TERRE D'EXIL

Parti à l’aventure aussi loin que son baluchon avait pu l’entraîner, il avait entamé ce périple sans fin, dans le sillage d’horizons plus lointains. Un voyage sans frontières, sans limites, sans port d’attache, quelque part au bord de ses rêves de brumes.

Terre d'exil © Vent d'Autan Terre d'exil © Vent d'Autan

 

Le ciel contrarié venait d’accoucher d’aurores avortées. Parti à l’aventure aussi loin que son baluchon avait pu l’entraîner, il avait entamé ce périple sans fin, dans le sillage d’horizons plus lointains. Un voyage sans frontières, sans limites, sans port d’attache, quelque part au bord de ses rêves de brumes.

Sa vie n’était qu’un gigantesque puzzle désaccordé, sans cesse recomposé. A force de tâtonnements et d’erreurs, il n’avait fait que fuir, en quête d’ailleurs, libre, sans attaches, sans entrave, sans racines. Avec violence et abnégation, il n’avait cesse de traquer son passé, comme un immense défi à relever, cherchant une réponse tangible aux multiples questions en suspens. Quel était ce vide insondable, qui piétinait ainsi son âme ?

Son avenir restait flou et incompréhensible, perdu dans la grisaille de ce paysage sauvage qui le fascinait par son improbable beauté. Territoire monochrome de lumières fanées et délavées, dilué dans des pans de mélancolie, imprégné de mysticisme exalté. Le silence des grands espaces, la rusticité des terroirs reculés, une météo capricieuse soumise à l’ardeur des éléments et l’air du grand large qui cinglait sa peau et l’enivrait des embruns vaporisés de paquets de mer. En ces lieux, il apprenait à s’enraciner au plus profond de son être, à y puiser une force nouvelle, quasi animale, qui semblait guider son instinct.

Un peu ermite, un peu rêveur, un peu bohème, certains le prenaient pour un fou. A l’écart de la foule, le silence lui permettait de pénétrer le sens profond de sa présence au sein de ces endroits d’intense solitude, où s’ouvraient des portes secrètes et se libéraient des forces sacrées. Touché au plus profond, il se sentait renaitre de ses propres cendres, là où bat l’âme du monde.

Grisé par la brise, il s’assoupit un instant, au pied d’un mégalithe érigé à la conquête du ciel. Enclin à la rêverie, son esprit vagabondait dans cet ailleurs lointain, où les temps et les origines s’entrelaçaient sans fin, conjuguant la temporalité de façon utopique, presque jubilatoire. Au royaume des limbes, une multitude de rêves, peuplés de cauchemars, de fuites en avant, de courses poursuite, de quêtes éperdues entre ruptures et abandons, entremêlés de visages inconnus, un peu flous et confus, à demi confondus dans les méandres de ses souvenirs épars.

Qui connait les vagues amères et moroses de la vie ? Qui peut lire entre les fils emmêlés tissés par les Parques, fileuses de destinées ? Une présence presque palpable le drapait comme une étole veloutée, un baume pour son âme. S’il avait presque oublié ce qu’il était venu chercher, il était conscient de ce qu’il avait pu trouver : un sens à la vie… à sa vie!

 

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