ET LES NOMINÉS SONT...

Juste quelques mots clés, empruntés ça et là, au hasard de billets sélectionnés, chapelets de passeports, précieux sésames pour déverrouiller les portes du Graal, de quoi flouer la tyrannie de la sélection, reflet de ce perfectible miroir aux alouettes. Accrochez-vous, c’est parti ! Algorithmes, au boulot !

 

La quête du Graal © Franck Godwin La quête du Graal © Franck Godwin

Juste un billet comme ça, sans queue ni tête, quelque peu à l’emporte-pièce, d’un ton volontiers ironique, sous de faux airs de provocation assumée, un brin désinvolte, voir pousse au crime de lèse majesté.

Formidable coup de pied dans la fourmilière pour aguicher les précieux algorithmes, garants d’une intelligence dite artificielle, calibrée et soumise aux diktats de l’impitoyable sélection de la Une, fleuron et florilège de la pensée du participatif de Médiapart. Succession binaire de zéros et de Huns qui se terrent dans les tréfonds de serveurs surchauffés, où fourmillent des nuées de mille pattes, petits morceaux de silicium, voués corps et âme à l’ardue tâche qui leur incombe, sans jamais ni se plaindre, ni revendiquer quelconque protestation.

Sous la férule d’une unité centrale en rut, la ruche s’active jour et nuit, dans un perpétuel labeur soutenu et de longue haleine. Les voilà qui, inlassablement, sélectionnent, trient, décident et anticipent en lieu et place d’humains patentés. Le style littéraire, qui se veut encadré, policé, n’est plus qu’une complexe équation aux multiples variables d’ajustement version 2.0. La sélection du Club, version édulcorée de faux semblants. « Algorithme, algorithme, est ce que nous avons une gueule d’algorithme.. ! »

A force de voir toujours les mêmes têtes d’affiche squatter la colonne de droite, la lassitude finit par envahir tout élan de spontanéité, lassant l’auditoire avide de fraîcheur et de nouveautés. Faudrait penser à changer d’air, aérez, purifiez, ventilez ! Un grand courant d’air pour une once de changement, de renouvellement, essentiel à la vie d’un club que l’on pourrait croire atone, aveuglé par les aruspices qui encombrent l’espace si peu commun.

Point d’envie et surtout point de jalousie, juste un constat légitime qui interpelle et interroge un tant soit peu, et tant pis si ça dérange. Sous le vernis du journal d'information en ligne participatif, indépendant, sans publicité ni subvention et qui ne vit que des abonnements de ses lecteurs, le vernis participatif se craquèle et les langues se délient ça et là, au fil des messageries privées, chacun exprimant ses rancœurs et ses amertumes teintées de profondes désillusions. Ne serions nous point devenus de simples cochons de payants ?

Certains obtiennent un petit soleil bleu (recommandé par les abonnés), quant d’autres affichent le soleil vert de la rédaction.  Quoique Soleil vert, me laisse pantois quant à ce choix emblématique, peut mieux faire !  Qui se cache derrière cette impitoyable sélection, qui tire les ficelles, qui œuvre en coulisses, qui décide de qui, de quoi, en fonction de quels critères, de quels intérêts, de quel courant de pensée ? Autant de questions sans réponse qui interpellent et interrogent sur l’illusion entretenue d’une idéologie  fraternelle où les abonnés sont acteurs d’un collectif contrit.

Tant de billets sublimes, exaltants et exaltés, à la verve inépuisable, au flamboyant embrasement. Tant de pépites tombées dans  le fatras quotidien de publications oubliées. Et autant d’auteurs remarquables qui mériteraient d’être mis en lumière et qui continuent leur ouvrage anonyme, sous l’ombre des projecteurs. Fouillez d’un peu plus près, égarez vous dans les méandres tentaculaires du Club, vous y trouverez des perles qui y sommeillent, des irréductibles qui continuent leur infatigable labeur de fortune, des indignés au grand cœur qui se battent avec leurs mots, des écorchés vifs à la plume ébouriffée. Tout un panel de styles littéraires divers et variés, loin des diktats d’une ligne éditoriale soumise aux lois du sensationnel, rançon d’une gloire pernicieuse. Inutile de les nommer, ils se reconnaitront sans peine au travers de ce pamphlet. Le poids des mots, le choc des photos, autres temps, mêmes mœurs.

L’entre soi focalise et facilite le manque d’ouverture. L’esprit critique, paré de louables intentions,  finit par s’enliser dans des postures d’immobilisme larvé, emprunt d’un hypothétique pouvoir décisionnel, dérive d’intentions souhaitées louables. Les récompenses et les titres honorifiques sont l’apanage de castes embourgeoisées, où l’art  confisqué au nom de la Culture sacralisée, s’étale en infinies couches de paillettes.

Sans tambour, ni trompettes, les véritables artisans de l’alchimie artistique restent tapis dans les coulisses de l’ombre. Ce sont ceux là, ces anonymes sans gloire, ces précieux loin du ridicule, qui méritent l’attention d’une conscience éthérée, légère, impalpable, aérienne, emportée.

Alors juste quelques mots clés, empruntés ça et là, aux billets sélectionnés, chapelets de passeports, précieux sésames pour déverrouiller les portes du Graal, de quoi flouer la tyrannie de la sélection, reflet de ce perfectible miroir aux alouettes. Accrochez-vous, c’est parti ! Algorithmes, au boulot !

Et les nominés sont….

PS : Si ce billet est sélectionné, peu m’importe, le prochain sera en braille. Sérieux s'abstenir!

 

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