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Je ne suis qu'un rêveur...

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Billet de blog 22 mars 2022

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VAGABONDAGES, TOURBILLONS

« Je suis à la recherche de la vérité, mais je sais que je ne l’atteindrai jamais complètement. Si un jour je pensais y être parvenu, je devrais me dire que ce n’est pas possible, que quelque chose a dû m’échapper et que je dois partir à sa poursuite. » Hugo Pratt

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Illustration 1

Revenu d’effrois polaires à la poursuite de rugissants noircis d’épouvante, un vent glacial vociférait ses dantesques tempêtes, balayant l’immensité des océans en geysers d’écume. Chargée d’une fâcheuse tension, l’atmosphère contrastait avec l'insolente impassibilité des cieux brodés d’imaginaire. Nul port d’attache où larguer les amarres.

Au terme de cette filandreuse errance maritime, il s’était retranché à l’autre bout de ce territoire, isolé à la lisière de récurrents parfums de souvenirs. S’efforçant d’échapper à l’emprise des nécessités de la vie, cet exil propice à chevaucher les chimères, le tenait à l’écart des tours d’ivoire qui irradient le morne jardin de désirs éperdus. Illusions oniriques.

Par-dessus tout, il affectionnait ces instants d’intense solitude, à l’écart du tohu-bohu ambiant. Pensif, évasif, contemplatif, ici, en toute quiétude, il rêvait éveillé à la fugue du poète aux semelles de vent, qui avant lui, sur son frêle esquif avait sillonné le silence qui entoure les mots. Mi ange ni démon, maudit soit-il, la fugacité du temps restait palpable, dissoute dans le sillage des voiles de ce bateau ivre, à travers les arcanes des limbes. Sensations de liberté, plaisirs de l’insouciance. L’aventure, cet îlot  désertique où l’on s’éclipse quand on a calfeutré tous les mots.

Illustration 2
© Vent d'Autan

Sa silhouette effilée s’estompait dans les replis d’un mirage évanoui à travers les récits aiguisés par l’âpre oxydation des temps. Dans la nébuleuse de ses yeux invariablement mi clos, se mirait le camaïeu des nuances outre-mer de chaque  océan qu'il avait un jour chevauchés, au long cours de ses innombrables péripéties. Le regard d'écume un peu flou, les yeux perdus dans les vagues du grand large, défiant les lignes de fuite de l’horizon. Indispensable évasion à la légèreté de la vie. Secret des tourbillons du labyrinthe de l’intime.

Sur son visage tanné par la salinité des embruns, aucune trace, aucune stigmate, ni aucune ridule ne laissaient deviner l'amplitude d'un âge devenu incertain. Marqué dans sa chair par les affres de l'implacable destinée de tout à chacun, la persistance des temps n'avait point façonné l'empreinte du poids de toutes ces années d’errances à travers ce parcours de l’ombre.

En guise de patine, d'infimes plis de complaisance soulignés par quelques pattes d'oie à la commissure de son énigmatique regard, un brin intemporel, à fleur d’'innocence avec cet air de fausse gravité, affublé d'une inconditionnelle légèreté. Énigmatique personnage, tout à la fois taciturne, taiseux, empreint de ce flegme qui force le respect.

Non sans heurt, il avait traversé les époques de sa vie, gardant intact la fraîcheur de cette jeunesse révoltée. La résignation étant la pire des trahisons. Pour ne pas sombrer, happé, englouti par les vicissitudes du quotidien, il rebroussait chemin à contre courant, à l'assaut des flots les plus impétueux. Choix assumé que bien peu ne pouvait comprendre. Ne pas faire comme tout le monde, s'affranchir de la masse, s'extraire de la nasse, exister, subsister, être, différent. Voir et regarder le monde d'un point de vue différencié.

Illustration 3
© Vent d'Autan

Au plus profond de son for intérieur, il avait pris  conscience qu'un jour ou l'autre il s’en irait  là bas, du côté de l'autre bord des étoiles. Rien ni personne ne pourrait changer la donne. Cette petite voix intérieure prenait de plus en plus d'ampleur, ainsi que la fugacité de l'existence façonne la destinée humaine.

Vieux loup des mers désormais assigné à terre ferme, il rêvait éveillé à ce prochain voyage qui allait clôturer le fil de ses audacieux vagabondages. L’âme légère, il partirait  vers l’inconnu, en ce lieu proscrit, en marge de la création. Indomptable navigateur en quête d’îles au trésor inexplorées.

Bien avant lui, d’autres s’étaient aventurés sur cette transat en solitaire. Où donc mène cet ultime voyage ? Sont-ils tous arrivés à bon port ? Certains se sont-ils risquer à franchir les infernales  rives du Styx ? L’Enfer ne dure t’il qu’une saison ? Combien d’entre eux coulent des jours paisibles en ce jardin paradisiaque ? Combien se sont égarés en chemin, errant à travers les arcanes de la voie lactée ?  Au théâtre du grand soir, le dernier souffle peut-il être salvateur ? Insondables mystères de la faillibilité humaine.  Impalpable impression dont le sens profond bouleverse l’énigme de la genèse du monde.

 Ni spleen, ni amertume, juste un regard lucide et apaisé, inspiré de notes, de vécus, de réflexions griffonnées sur de petits bouts de papier. Expansion de ressentis, d’émotions  d’impressions, de sensations. Et de s’enfoncer à corps perdu dans le démiurge d’un monde inconnu. De là haut la vue y est superbe. La magie des mots ricochent sous l’aspect prophétique du tourbillon des desseins.

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