vent d'autan
Je ne suis qu'un rêveur...
Abonné·e de Mediapart

200 Billets

4 Éditions

Billet de blog 22 nov. 2022

vent d'autan
Je ne suis qu'un rêveur...
Abonné·e de Mediapart

ÉCOUTE QUAND IL PLEUT

« La pluie pose à terre des miroirs à étoiles. » Jules Renard

vent d'autan
Je ne suis qu'un rêveur...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© Vent d'Autan

Subissant l’inéluctable loi de l’attraction terrestre, quelques gouttes de pluie intrépides glissent en liesse sur la surface vitrée, comme une invitation à la mélancolie des jours de traîne. Céleste saveur édulcorée de nos vies calfeutrées à l’intérieur, blotties en catimini au coin du feu qui crépite dans la cheminée. Somnolence désaccordée, bienséance retrouvée.

Tout a coup, plus rien n’a grande importance, au sein de ce refuge confidentiel, le temps semble soudain désuet, débarrassé de son emprise carnassière. Et l’on se surprend à savourer la plénitude de cet instant de solitude avec soi même, ponctué de ces lancinants silences qui en disent bien plus long que n’importe quelle allocution de circonstance.

Alors le dialogue s’installe, minimaliste,  intériorisé, cristallisé à l’encontre de territoires secrets, dévoilés au bout du bout de l’évasion effervescente. Ce peu, champ infini d’interstices à la délicatesse de palette d’émotions.

© Vent d'Autan

Intrinsèquement qu’en est-il de cet insaisissable personnage aux multiples facettes ? Que sait-on de cet alter égo qui, de temps à autre apparait et transparait dans l’interligne au bout de cette sensation de sentiments retrouvés ? Qu’en est-il de toutes ces attentes, de ces aspirations, de ces convictions, de ces certitudes et de ces errements dans les couloirs du destin ?

La vie qui grésille comme une illusion, dans le collimateur de l’insoupçonné, étreignant la poésie des photomatons. Que faire de ces après-midi de résonance quand se calfeutrent les mots ?

Loin du miroir que chacun se tend au petit matin face à la glace de la salle de bains, le regard intérieur ressemble plus à une épreuve de force qu’à un examen de conscience. Difficile face à face semblable à une rencontre avec un inconnu qui passe dans le brouillard des déchirures. La lumière, crue et blafarde, dévoile les fragilités humaines, entre ferveurs et désenchantements.

© Vent d'Autan

Précipitée par les orgies de novembre, voilà que la pluie, redouble d’attention. Si hier le temps était bien plus clément, le gris éméché a remplacé le bleu du ciel, intempéries pour certains, temps pourri pour tant d’autres. La pluie, des cieux précipités, caprice des dieux, bienfaitrice qui lave toute la crasse urbaine et purifie le tourbillon des affronts, tout en faisant la part belle des verdoyantes prairies, des pâturages d’altitude et des intrépides de l’ondée.

Mais qui donc peut bien jouir sans entrave de ces giboulées de précipitations, qui une fois trempé jusqu’aux os exhalent en vous cette senteur de chien mouillé ? Qui donc, sinon impers  et parapluies, grenouilles  et escargots, futaies et fourrés, arbres et forêts, Gaïa et ses divinités ?

Calé en son for intérieur, le nid se fait aussi douillet qu’une couette de duvet de plumes. Invitation au lâcher pris, à l’écoute de la petite musique intérieure, aux retrouvailles avec cet être cher que l’on malmène de but en blanc sous la contrainte de nos agendas surchargés de ministre à plein temps, prisonniers des rouages internes du temps.

Étendard si rare et si précieux qui nous file entre les doigts sans crier gare, qui fait que la vie file et défile comme un éclair un soir d’orage. Futilité des instants. Entre gloire et désillusion.

© Vent d'Autan

Dans l’ardeur de l’âtre rougie, le scintillement des flammes accompagné de cette incomparable senteur de bois consumé, héritage de l’accomplissement des hommes des cavernes. Déployée en augustes arabesques, la fumée s’évanouit sitôt  engloutie dans l’immense avaloir de vielles foraines patinées par l’usure des âges.

Au coin du feu, la vie prend une tout autre dimension, comme si enfin l’on s’autorisait le privilège de savourer l’instant fugace de cette rencontre avec  la nostalgie de ceux qui bien avant nous, se sont assis autour de ce lieu de vie, de convivialité. Une lueur luit tout là haut, nos hôtes nimbés de lumière.

Au rendez-vous de ces retrouvailles, parents, grands-parents, ascendants, aïeuls et ancêtres d’antan. Autant de fratries rassemblées, autant d’histoires partagées, autant de destinées noir et blanc qui encombrent les albums photos oubliés dans les greniers des masures familiales.

L'intégralité de ce chapelet d’insignifiants qui mis bout à bout reconstitue le puzzle de parcours dissolus, à jeter des passerelles entre les différentes épopées depuis la nuit des temps. Voyage à travers les coulisses à la saveur de souvenirs.

© Vent d'Autan

Ombre humide contrainte à durer dans le spectacle de jour, la pluie semble s’être mise sur pause, le temps d’une brève accalmie.  Voguant sous les arches, le plafond du ciel redescendu d’une tonalité de gris. En arrière plan, de longs paysages monochromes emmaillotés dans une langue syncopée. Mornes couleurs déteintes sous le lavis de cette aquarelle détrempée. L’image se fige sur ralenti.

Assoiffés de giboulées, de la cime jusqu’à leurs racines, les arbres transpirent de tout leur saoul. Il flotte comme un parfum de nouvelle saison. Faisant fi des contrariétés du temps maussade, quelques piafs intrépides qui s’ébrouent dans la boue des flaques. Tout ceci semble paraître incroyablement romantique.

Juste avant de sombrer dans les replis de la nuit, le jour s’évanouit progressivement dans les alcôves. Trouvant refuge à l’arrière des vitres embuées, la vie se met au ralenti. Peut importe. Gouttes de pluie, belle endormie, belle Ophélie. A la lisière de nos rêves, le voyage peut commencer. Écoute quand il pleut….

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
Affaire « Paul Bismuth » : Sarkozy prend ses distances avec les autres prévenus
L’ancien président conteste avoir commis la moindre infraction, malgré des enregistrements diffusés par la cour d’appel de Paris indiquant le contraire. À l’entendre, il n’était « pas passionné de procédure pénale », à l’inverse de Thierry Herzog, son ami avocat, et de l’ex-magistrat Gilbert Azibert.
par Michel Deléan
Journal — International
Opération « Sauver Sarko » : un diplomate libyen rattrapé par la justice
Un diplomate libyen en lien avec les services secrets français a été mis en examen pour « corruption de personnels judiciaires étrangers ». Il a reconnu avoir servi d’intermédiaire pour essayer d’obtenir la libération d’un des fils de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi dans le but de servir les intérêts de Nicolas Sarkozy.
par Fabrice Arfi, Karl Laske et Antton Rouget
Journal
Drones, « exosquelettes » et nouvelles brigades : comment Darmanin va dépenser ses milliards
Les députés ont adopté mardi la version sans doute définitive de la Lopmi, ce texte qui fixe les objectifs et moyens des forces de l’ordre pour les cinq prochaines années. Elle prévoit une augmentation de leur budget de 15 milliards d’euros, dont la moitié sera consacrée à la numérisation de l’ensemble de leurs activités.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Éducation et enseignement supérieur
Prof harcelée par l’extrême droite : « Maintenant, il faut une protection policière pour réfléchir sur la fraternité ? »
Sophie Djigo, enseignante de philosophie en classe préparatoire à Valenciennes, a été la cible d’une campagne en ligne parce qu’elle organisait une sortie pédagogique auprès d’une association d’aide aux migrants à Calais. Dans un entretien à Mediapart, elle demande à l’Éducation nationale de « protéger les collègues ».
par Célia Mebroukine

La sélection du Club

Billet de blog
L’art nous empêche-t-il de construire un monde meilleur ?
L'art peut-il être un outil politique pour surmonter les crises environnementales et sociales que nos sociétés traversent ? A-t-il vraiment le pouvoir de créer de nouveaux récits pour amener une mutation profonde et nécessaire ? Non. Car dans un monde profondément individualiste, l'art est fondamentalement du côté des forces réactionnaires.
par Sébastien Piquemal
Billet de blog
Dominique Blanc porte haut « La douleur » de Marguerite Duras
L’actrice dit vouloir jouer encore et encore ce spectacle, « jusqu’ au bout ». Elle a raison. Ce qu’elle fait, seule en scène, est indescriptible. Thierry Thieû Niang l’accompagne dans ce texte extrême de Marguerite Duras créé sous le direction de Patrice Chéreau il y a bientôt dix ans.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Sans couronne se relever
Au cours de sa formation théâtrale, Suzanne de Baecque répond à un travail d’immersion en s’inscrivant au concours de Miss Poitou-Charentes. Avec Raphaëlle Rousseau pour complice, elle narre son expérience à partir des coulisses, observant ses concurrentes, les racontant pour mieux donner naissance à « Tenir debout », docu-fiction entre rire et larmes, premier spectacle magnifique.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Avec Francesca Woodman et Vivian Maier, « Traverser l’invisible »
Chacune à sa façon, les deux photographes, comme l'écrit Marion Grébert, « ont mené leur existence en échappant à la moindre possibilité d’être saisies. »
par Jean-Claude Leroy