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Il est un nom commun de notre langage coutumier dont la prononciation demeure à ce jour quasi impossible tant la résonance, murée dans le silence des infamies, persiste malgré tout, verrouillée sous cette épaisse chape de plomb.
Un nom dont l’anagramme insecte, désigne au sens figuré du terme un être sans valeur, personne méprisable. Un nom pas si commun à la consonance de souffre, vautré dans les plis et les replis de cette orgie honteuse et avilissante de la pire des conditions humaines.
Relation prohibée. Intimée bafouée. Innocence déflorée. Attentat à la pudeur. Indécence d’esprits malsains. Débauche invasive liée par le stupre du plus bas. Le crime parfait, inqualifiable, verrouillé de l’intérieur par qui l’abusé se terre et se tait.
Nul ne peut réellement se rendre compte de l’impact physique et moral dû à cette capacité de lente destruction. Tous ces êtres outragés à l’âme frêle et fragile, soumis aux démons de la tentation de leurs bourreaux avides de pulsions mortifères. Déflagrations intérieures. Vies en lambeaux, éparpillées aux quatre coins de l’ignominie.
On ne peut songer sans effroi à supporter l’intolérable dans la torpeur des nuits qui remuent les pires cauchemars. L’œil féroce de l’aigle noir fasciné par l’affront des silences, lové sur lui-même, lui qui envahit l’atmosphère et réclame sa parcelle de jouissance. La bombe humaine. C’est toi elle t’appartient…
Contrairement aux apparences, le drame se joue invariablement au sein du cercle familial, labyrinthe des nœuds filiaux dont la possession git par le fond d’on ne sait quoi. Microcosme de la famille classique incapable d’entendre et de dire le tsunami qui risque de faire vaciller les fondements de l’édifice.
Des pères, des grands-pères, des oncles, de cousins, des frères. Tous issus du même panier de crabes, ceux à qui l’on donnerait aisément le bon Dieu sans confession, à grands coups de goupillon et de génuflexions. Prédateurs en herbe tenant dans le creux de la main le petit oisillon tombé du nid, devenu par la force des choses objet vulnérable, marionnette désarticulée extraite de sa carapace. Sordide cruauté de la prédation sans foi ni loi. Profanation de l’innocence, transgression de l’interdit.
Enfance flouée dans les marécages de l’abject.Entre soi, derrière les murs à l’abri de tous les regards, pour que rien ne transpire, que rien ne sorte de la boite de Pandore. Le linge sale se lave en famille, socle sacré, indéboulonnable, indécrottable. L’infamie, le déshonneur, l’opprobre, tout qui détruit l’entourage par indigestion.
Préserver la bonne image, propre sur soi, reflet d’un idéal frémissant dans les brumes de l’impudeur. Qui pu bien le croire ou l’imaginer ? Seul remède tangible à la folie des évènements : l’omerta, silence des agneaux voués au sacrifice de la chair. Tous si parfaits, si remarquables, si agréables, si louables soient-ils. Et pourtant.
Si l’horizon pouvait enfin arracher quelques éclairs de lucidité, faisant fi aux vertiges du néant. Incapable de voler de leurs propres ailes, voilà les martyrs qui déambulent sur les cordes de la puanteur, les bras ne trouvant personne à enlacer, privés d’affect, la tendresse, vaste champ de friches. Et chacun assiste impuissant à la désolation de ce simulacre guindé d’inépuisables louanges.
Autant d’enfances éperdues dont on perçoit la sève par transparence, à l’intérieur des corps noirs comme un bout de charbon consumé par le feu intérieur. Au loin la parole résonne, seule au milieu des bruits dans la nuit de l’éther. Juste un chuchotis, un clapotis sur l’eau qui dort, incapable de sortir de ses gonds. Muselé, bâillonné, étouffé. Se taire, à terre.
Tant de non dits frappés d’interdit. Comment démêler le vrai du faux quand la parole de l’adulte est faussée, maquillée sous ses immondes pulsions jubilatoires ? Dans la noirceur des encombres, qui croire et que croire lorsque les insidieuses promesses de l’ombre exaltent la pestilence du désespoir?
Sans pour autant qu'ils s’amoindrissent ou qu'ils se dissolvent, il reste toujours ces infinis de solitude, fermement ancrés en temps de silences opaques que l'on ne saurait raconter. A perte de mot, la parole confisquée par le truchement des frissons qui cheminent en soi, ne trouvant jamais d’émotions à exprimer, dénudés de sensations à effleurer. Spleenuosité des âmes vagabondes.
Entendons-nous la voix de la raison qui sonne le glas aux portes des Enfers ? Chaque jour à la pâleur plus exsangue, la violence et la rage harassent les âmes rétrécies. Comment trouver une forme de sérénité quand le venin pénètre au cœur tel un démon que l’on porte en soi jusqu’à la fin des temps, campé dans les tréfonds de son intimité ?
Certains mécanismes de protection se mettent en place, brouillant les pistes jusqu’à enfouir les traumas pour ne pas sombrer dans la folie. Parfois ce qui était cadenassé au plus profond de l’intime se réactive sous l’effet d’un élément déclencheur. L’impossible réapparait au moment où l’on est capable de l’écouter, de le voir, de l’entendre. Un long chemin encombré de culpabilités castratrices sous la perversion des sentiments.
Inceste, les maux de ceux que l'on anéantit.
Abus par intrusion, des chiffres à la dimension de l’horreur :
- 10% des Français en seraient victimes.
- 80% des agressions sexuelles sur mineurs ont lieu au sein de la famille.
- 1 victime sur 5 est un garçon.
- La moitié des victimes ont une amnésie traumatique
- 6 victimes sur 10 ne sont pas soutenues lorsqu’elles parlent.
- La moitié des victimes fait une tentative de suicide…
« Inceste, le dire et l’entendre », le documentaire qu’il faut absolument regarder