Les oubliés de la République

Les enseignants sont les grands oubliés de la République: pouvoir d'achat en berne, mépris des politiques, c'est la nation qui se décompose, c'est la nation qui est menacée

Les réformes se succèdent, occasionnant chaque fois davantage de travail sans que le traitement suive, loin s'en faut. Le PPCR présenté comme la panacée qui devait redorer le blason de nos professions est un trompe-l’œil et de fait, les mesures les plus prometteuses ont été oubliées aussi vite que le PPCR était mis en place. A l’heure de ce billet, le point d'indice est de nouveau gelé depuis un an (à force on va entrer dans les périodes glaciaires), les enseignants perdent en moyenne 1000 euros par an du fait de la non prise en compte de leur carrière depuis très longtemps. Le 10 décembre, le président régnant a demandé aux entreprises un geste, l'Etat ne devrait-il pas s'appliquer la même règle?

Ce désintérêt manifeste envers les enseignants est étonnant: chacun d'entre nous est allé à l'Ecole et c'est bien l'Ecole qui a permis à nos hiérarques d'en arriver là... Dans ses voeux, le président régnant a salué la police, les pompiers, les soignants, il a totalement ignoré les enseignants: sans aucun doute avons-nous échoué quelque part! En réalité, le syndrome est reconnaissable entre tous: il est aisé de penser que l'on s'est construit tout seul, que l'on avait pour cela de grandes et de brillantes facultés et que les enseignants qui sont passés, n'ont fait justement que passer et que l'on aurait aussi bien réussi sans cela. La posture du président régnant, cette provocation permanente (il faut bien le dire lassante,stérile et contre-productive), cette suffisance, à défaut de hauteur car il ne suffit pas pour cela de se tenir debout pour s'adresser à la nation, voudrait nous inciter à penser qu'il y a là, dressé devant nous, le parangon du self made man. Cela cependant c'est pour le versant symbolique dans son amont car dans son avers, cela s’appelle l'hybris. 

Que penser de même du ministre de l'Education nationale? Il parle aux parents et il les trompe. On ne contestera pas que le lycée avait besoin d'évoluer, il est regrettable que cela se soit fait la calculette à la main.On payera très cher les effets de ces politiques délétères de l'éducation, non seulement en termes de démocratie mais encore en termes de développement car la politique qui vise à enrichir toujours  plus le capital au détriment du travail et de l'investissement, produira les effets qu'elle doit produire: l'affaiblissement de la nation sur le plan économique; le projet d'après 1945 qui a sorti la France d'une culture de rentiers au profit d'une culture en expansion et d'un mieux-être pour tous, ce projet est en train d'être enterré définitivement, il ne s'agit pas de "Révolution" comme on le clame depuis 2 ans maintenant, il s'agit d'une formidable régression: qu'importe comment le fruit de la mine est produit du moment qu'il enrichit le propriétaire de la mine! De ce point de vue, mettre à mal les enseignants, ces oubliés de la République, n'est que la première étape car dans les suivantes, c'est la nation tout entière qui est oubliée. Estimant que les enseignants eux aussi ont "mérité" une prime, la Fédération CFTC Enseignement et Formation a décidé d'écrire au ministre de l'Education nationale.

https://drive.google.com/file/d/1OYwQP4bfuvoV4H4TVz3tvyZFFRs9rDXB/view?usp=sharing

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