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Billet de blog 8 nov. 2015

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les chemises blanches sont impeccablement repassées, les sourires carnassiers. Ils sont les quinze hommes et femmes employés d’une entreprise de consulting. l’I Pad à la main, le mot « dossier »  en permanence sur les lèvres , ils évoluent dans leur « open space », boîte transparente vitrée, à travers laquelle nous les regardons, comme nous regarderions des souris de laboratoire. Ils sont  filmés en direct et les images sont retransmises sur grand écran, au-dessus de la scène. La caméra fait office de microscope, détaille les visages , travaille en gros plan, ne laissant rien échapper du moindre rictus.

Nobody s’annonce comme une « performance filmique » et nous sommes les spectateurs en temps réél du  tournage, montage , mixage du film. Nobody est né de la rencontre en 2013 du metteur en scène Cyril Teste qui travaille depuis ses premiers spectacles à associer image et scène, et la promotion de quatrième année des élèves de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier à partir de textes de l’auteur et metteur en scène allemand ,Falk Richter. La proposition avait rencontré un joli succès au printemps des comédiens. C’est ce qui a déterminé les  jeunes acteurs à se  constituer  en collectif et poursuivre l’aventure avec le metteur en scène pour créer la version scénique de  Nobody.

Nobody, c’est Jean Personne, chargé de restructurer l’entreprise, en clair, de virer un maximum d’employés et notamment son voisin de bureau. En voix off, il  livre ses états d’âmes, au bord de la dépression , en live il n’arrête pas de dire «  je suis désolé ». Les textes Falk Richter dénoncent le monde sans pitié où les  mots rentabilité, motivation, produit, client sont le b.a.b.a du lexique. Les phrases sont courtes, sonnent comme des slogans publicitaires. 500 mots maximum. Pas de grossièreté, tout le monde est très poli, a l’haleine fraîche et pas de marque de transpiration sous les bras.  Pas de débordements, pas de sentiments. Anesthésiés,sans désir, dénués d’empathie, on se demande si ce sont des robots humanisé ou l’inverse. Le travail de l’équipe est virtuose. L’image est impeccable, cadrée, montée  magnifiquement. le jeu des comédiens aussi, le son parfait.  Oui,  mais voilà, que l’on s’enfonce confortablement  dans l’état de spectateur passif de ce qui devient une forme de sitcom de la vie cruelle de l’entreprise. Lisse  et sans mystère, le spectacle  nous glisse dessus, comme glissent les mots production, éviction. Le monde glacé, propre, désincarné de Falk Richter et Cyril Teste nous tient à distance. Mais peut-être est-ce là cela la vraie force du spectacle, nous montrer à quel point nos protections individuelles se sont renforcées pour ne plus être atteinte par le souci collectif.  De quoi s’inquiéter.

Nobody

Jusqu’au 21 novembre au Montfort à Paris

Tél : 01 56 08 33 88

http://www.lemonfort.fr

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