Le sacre du printemps

C’est un spectacle dont il ne faudrait rien dévoiler, laisser la divine surprise au spectateur de découvrir ce sacre du printemps, performance visuelle et sonore sur les 34 minutes de la musique de Stavinsky menée par des robots dirigés par Roméo Castellucci. L’artiste  est maître dans l’art de  l’électrochoc. Depuis vingt ans qu’il met en scène, créé des installations, spectacles, performances, il provoque des chocs esthétiques, remue les formes de la  représentation comme personne. Son sacre du printemps ne fait pas défaut. « C’est une pièce pour les nerfs, pas pour la conscience. Cela va tellement vite qu’au niveau épidermique tu peux ressentir toute l’énergie, c’est presque une électrocution »  dit Roméo Castellucci dans l’interview que l’on peut lire dans le programme. 

  A PARTIR DE CETTE LIGNE ATTENTION SPOILER !!

La scène , une boîte noire que l’on voit à travers un film de plastique est surplombée de machines et projecteurs. A la première mesure de la musique, les voyants rouges des robots s’allument et tout à coup les machines se mettent en mouvement et crachent une poussière blanche, qui danse dans les les airs, tourbillonne, s’écrase au rythme de la musique, répondant aux directives précises du chef d’orchestre Roméo Castellucci   On pense tout à la fois à star wars et aux fours crématoires . Ce printemps de poussière ,dont l’horizon lumineux est tracé par un trait  en fond de scène n’a plus de saison que le nom. La poussière est celle de cendres d’os d’animaux,  utilisées  par ailleurs comme fertilisant, pour les terres agricoles. Un engrais qui demande un traitement technologique très pointu, comme son épandage par ailleurs. Le sacrifice est celui de 75 bovins. Et dans l’ancien abattoir qu’est le site  Villette, cela résonne particulièrement. La mort contenue dans la vie « Poussière tu es , poussière tu redeviendras ». Transformée en urne géante, la scène nous laisse le paysage désolé d’une fin d’humanité.La musique de Scott Gibbons , travaillée à partir de ce que serait le bruit des atomes prend le relais, tandis que des hommes équipés de masques et combinaisons blanches ramassent la poussière. La jauge de salle de la grande Halle de la Villette est réduite de moitié, elle semble être l’exacte réplique de la scène. Les spectateurs sont serrés les uns contre les autres, une attention particulière, il nous faut faire corps ensemble, pour recevoir ce sacre de cendres.

Jusqu'au 14 décembre à 13h et 20h

Dans le cadre du Festival d'Automne à Paris à la Grande Halle de la Villette.

www.villette.com   / 01 40 03 75 75

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