Celui qui tombe

Yoann Bourgeois fait partie de ses artistes circassiens qui travaillent l’épure. Chercher la confrontation essentielle entre un élément, agrès ou dispositif scénographique, une démarche presque zen, à l’encontre de tout volontarisme productif. Dans l’Art de la fugue, il faisait chuter ses interprètes, avec Celui qui tombe, il les engage dans un ballet vertigineux dans lequel  « tenir debout » se révèle d'une complexité extrême.

Yoann Bourgeois fait partie de ses artistes circassiens qui travaillent l’épure. Chercher la confrontation essentielle entre un élément, agrès ou dispositif scénographique, une démarche presque zen, à l’encontre de tout volontarisme productif. Dans l’Art de la fugue, il faisait chuter ses interprètes, avec Celui qui tombe, il les engage dans un ballet vertigineux dans lequel  « tenir debout » se révèle d'une complexité extrême.

Le dispositif qu'il a créé pour éprouver leur sens de la solidarité, du risque et de l'équilibre est d'une beauté sidérante . Un plateau, de bois, six mètres sur six, descend lentement des cintres. Les poulies grincent, le bois craque. La structure se balance doucement, semble hésiter  puis s’arrête à quelques mètres du sol. On devine des corps allongés,  comme rescapés d’un voyage lointain. Trois  hommes, trois femmes, lentement, se lèvent. Avec précaution, ils  appréhendent leur sol mouvant, cherchent l’équilibre. Ensemble ils prennent confiance, apprivoisent leur environnement. La structure vient alors se poser  sur un cylindre , elle se met à tourner telle une toupie géante.La plaque prend de la vitesse, les corps prisonniers de la force centrifuge se rassemblent, s’inclinent , jusqu’à presque se coucher. Les hommes et femmes penchée s’enlacent, les tableaux se font et se défont au rythme de  My Way, la jupe d’une jeune femme vole joliment, dans cette ronde infernale.  De brutales secousses en  oscillations régulières,  le plateau exprime  la puissance tellurique face à une humanité. en fragile équilibre. Délesté de son cylindre, c'est sur ue balncelle géante que les équilibristes doivent évoluer. Le sol s'incline,  au gré de la répartition du  poids des corps  Les lois de la  physique sont implacables, pour tenir il faut   être ensemble, on ferait bien de s’en souvenir sur le plancher des vaches ! Naufragés, poupées figées, amants unis et séparés par des forces qui les dépassent  ou gamins.  tout  à la joie du risque, les corps se laissent aller à la volonté du dispositif, s’en échappent pour mieux y revenir. Ils  tombent  , glissent, se relèvent , emportés dans ce jeu qui les chavire, et les oblige sans cesse à réévaluer leur esprit de groupe.  On est tout aussi sublimé par la danse de l’objet,  sculpture vivante qui traverse les airs s’incline, tourne, s’envole ,  que par celle des  corps. Yoann Bourgeois et sa folle équipe  nous amènent  à réfléchir sur la place de l’homme , «  …de même que nous pensons que l’homme n’est pas au centre d e l’univers , il n’y a pas de raison qu’il soit au centre de la scène ».  A méditer !

 

Au théâtre Montfort jusqu’au 10 octobre

Tél 01 56 08 33 88

 

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