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Billet de blog 2 mars 2018

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HUMEUR POPULISTE

La discussion permanente autour de la définition du terme favorise le flou dans les débats démocratiques. Assurément, le vrai problème de son usage vient du fait qu’il n’est jamais utilisé par l’intéressé. C’est un mot fourre-tout devenant synonyme suivant les époques de nationalisme, protectionnisme, autoritarisme et véhiculant tous nos mécontentements. Rétrospective :

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Au sens étymologique le mot peuple, équivalent de Populus en Latin, est une notion ambiguë accueillant différentes significations. Ne faillant pas réduire le peuple à sa dimension ethnique, pour le définir, d’autre termes sont approprié comme ‘citoyen’, ‘communauté’ et ‘souveraineté’ s’opposant donc aux ‘classes’ et ‘groupes sociaux’. 

Le pouvoir du peuple est le fondement de la démocratie mais le populisme, en allant plus loin, défend une loisibilité constante qui donnerait raison au peuple de façons systématiques. Oui le peuple demeure légitime mais peut-il voir juste en toute occasion ?  

Les populistes affirment donc être porte-paroles d’un peuple qu’il protégerait contre les élites et le système qu’est la finance internationale, les politiques et les médias qui le priveraient de ses droits, de son identité et de sa liberté d’expression. Les élites du savoir comme les technocrates, les élites du pouvoir dont les élus font parti ainsi que les élites de l’argent, donc les banquiers auraient systématiquement tort face à une majorité silencieuse qui combat donc pour sa servitude, comme s'il s’agissait de sa liberté.      

Dans ce cas le populisme est bien l’adversaire du néolibéralisme. C’est le cas en Amérique Latine avec le Vénézuela de Chavez, l’Argentine de Perón mais également en Europe avec la France Insoumise, le Front national ou encore le phénomène Brexit. Cependant, aux USA, Donald Trump ne se place pas en tant qu’adversaire de la finance, Walt street s’étant par ailleurs félicité de son élection. La manière dont il a recruté son cabinet ne laisse pas non plus penser qu’il irait à l’encontre du marché. Nous pourrions évoquer le même exemple en Turquie, où Erdogan est très populaire chez les néolibéraux. Ces deux dernières figures s’incarnent plus dans le nationalisme et la xénophobie propre au populisme.   

Historiquement, il faut se rendre à l’époque de la Rome Antique pour analyser un premier mouvement populiste. Il n’y avait, dans l’organisation du pouvoir,  pas de soutien et d’union derrière le Sénat mais un dissensus et un contrôle des élites par l’institution des Tribun de la Plèbe. La plèbe est le populus, c’est-à-dire les citoyens romains de toutes classes. Sans approfondir, nous discernions déjà une réelle dimension populiste dans la politique contre les institutions aristocratiques.   

Au 19e siècle le mot populisme n’avait pas sa consonance péjorative qu’il a aujourd’hui. En Russie, le mot signifie narodnichestvo et désignait un mouvement populaire, anticapitaliste, antiautoritaire de protestation rural. Les jeunes intellectuels Russes avaient choisi d’abandonner leurs universités pour aller partager leurs connaissances avec les paysans qui détenaient selon eux la solution aux problèmes de la nation dans ses formes d’organisation économique et sociale.       

La fin du 19e siècle en France est également synonyme d’essor du populisme avec le mouvement Boulangiste. Le général George Boulanger, ancien ministre de la défense de droite avait ébranlé la IIIe République en faisant appel au peuple et en critiquant les élites, ce qui inquiétait évidemment le gouvernement. Une partie de l’extrême gauche avait alors rejoint les monarchistes.   

L’essor du populisme s’est construit au cours de la première mondialisation dans les années 1890-1914 au moment où l’Europe a connu un sommet de prospérité, de civilisation et de rayonnement dans le monde achevant le Cycle des Lumières et de la révolution industrielle.    

Le 20e siècle fut le début de l’apparition de grandes idéologies totalitaires accompagné d’une redéfinition du nationalisme. Redéfinition car avant cette date, le nationalisme était un modèle d’universalisme généreux, bien loin de l’idée d’identité nationale. Par ailleurs, le prix littéraire du roman populiste montre bien que le mot avait une signification joyeuse. L’idée était de récompenser une oeuvre romanesque favorisant les gens du peuple comme personnage ainsi que des milieux populaires comme décors. Le premier prix fut décerné en 1931 à Eugène Dabit pour « L’Hôtel du Nord ».

Plus tard, l’échec de la gauche radicale et des modèles soviétiques révolutionnaires qui furent les seuls horizons de contestations, n’ont fait qu’alimenter un populisme protectionniste   devenu propre à l’extreme droite. Étrange destin donc pour un mot qui concevait un socialisme en dehors du projet de collectivisation des terres et du culte de la modernité industrielle.  Il y a eu cependant un sursaut politique dans nos social-démocratie avec des idées neuves,  la naissance du Parti Socialiste le 4 mai 1969 en est un exemple. 

Rencontre organisée par Mémoire des luttes le 14 décembre 2017 avec Chantal Mouffe, Lenny Benbara, Charlotte Girard, Jorge Lago et Christophe Ventura.

Aujourd’hui les politiques et représentants populistes usent et abusent de formules chocs et démagogiques en instrumentalisant une partie de l’opinion du peuple pour se faire élire : « Make America great again », « on vous ment », « tous pourris», « rendre la parole au peuple ». La crise économique de 2008 a dégradé les conditions d’existence de beaucoup de gens qui furent la cible des politiques allant à l’écoute des laissés-pour- compte de la mondialisation. Ce n’est pas seulement de la crise économique mais aussi un essoufflement démocratique qui est la cause du monté du populisme. La démocratie représentative s’épuise et le sens du commun se défait. Cela est normal dans un monde où les puissants se sont alliés au-delà des États nation à travers des intérêts de classe. Leur attachement à la nation a disparu au profit d'intérêts pour des personnes appartenant eu même groupe social qu’eux, au détriment du peuple.     

Il suffit d’observer notre système dominant aujourd’hui en Europe Occidental pour comprendre : la Démocratie Libérale. Le premier pole, représentant le peuple, le collectif et la souveraineté n’entrevoit aucune perspective dans cette société individualisé par le pole libéral qui prône la pensée individualiste de l’espace sanctuarisé et privé. Ce deuxième pole prend évidemment le dessus sur la démocratie en atomisant le lien social. La contradiction réside donc à l’intérieur même des termes qui qualifient notre système social et politique.   

Le retour de bâton du populisme est donc inévitable, mais quel remède pour nos sociétés ?

Répondre à l’émiettement social et trouver les éléments qui définissent la solidarité dans une communauté. L’engagement de chacun dans sa cité sous la forme des instances qui font vivre le débat public comme le journal, les associations, internet ou encore le vote. Nous avons besoin de développer une démocratie plus vivante et plus complexe. Le changement de la constitution serait une décision efficace, la souveraineté du peuple de ne peut se réaliser uniquement à travers des élections tous les 5 ans et quelques référendums. Nous avons besoin de davantage d’ institution démocratique de contrôle et de surveillance.

Les discours europhobes d’aujourd’hui vont dans ce sens, en soutenant l’idée d’une rupture avec un système économie et social ayant confisqué le pouvoir au peuple au détriment du libéralisme et dont l’Europe est un agent actif. Selon Chantal Mouffe, inspiratrice du mouvement Podemos en Espagne, c’est plus précisément par la reconquête des mots que passera la reconstruction d’un véritable mouvement d’émancipation : elle souhaiterait redéfinir le mot populisme en promouvant un populisme de gauche. Chose difficile étant donné qu’il n’y a pas de réel populisme de gauche, mais une captation d’idéologie formant une radicalité qui se cherche sur des bases différentes de la gauche autoritaire qui a échoué, le modèle communiste.    

 V.V

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