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Billet de blog 15 févr. 2018

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FONCTIONNAIRES, LE MALAISE

Le rapport alarmiste de la cour des comptes du 7 février ne fait qu’alimenter et encourager une promesse de campagne d’Emmanuel Macron : la réduction massive de la dépense publique. Comment ? En s’attaquant à la fonction publique.

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Selon Edouard Philippe lors du 1er comité interministériel de la transformation publique à Paris du 1er février « quand les métiers, quand les besoins se transforment, il faut accompagner ces transformations, accompagner les reconversions, accompagner les mobilités au sein des différentes fonctions publiques ou au sein des différents versants de la fonction publique, parfois accompagner des départs vers le secteur privé ». L’exécutif ne s’en cache pas, le but est d’alléger les couts du service public en accompagnant ses agents vers le secteur privé. Première mesure, le développement des agents contractuels accompagné d’une rémunération au mérite. Statut qui ne garantit pas la sécurité de l’emploi. Olivier Dussolte (PS), ancien grand défenseur de la fonction publique et actuel secrétaire d’Etat gère quant à lui un plan de départ volontaire qui fera l’objet d’une concertation  entre Gerald Darmanin, ministre de l’action des comptes publics, et les syndicats. L’occasion d’étudier les besoins et utilités réelles de cet amendement qui devrait entrer en vigueur pour 2019. 

Pas de surprise, cette réforme historique de par son amplitude est le résultat d’une volonté d’ Emanuel Macron depuis 2015 lorsqu’il était ministre de l’économie. Les débats autour du sujet n’avaient abouti à aucun remaniement de la part du président Hollande, surement par respect pour ses convictions et valeurs socialistes. Aujourd’hui, en accord avec les promesses de campagnes, l’ objectif du quinquennat est la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires.

Il est cependant important d’examiner la fonction publique de manière détaillée, celle-ci ne représentant pas un bloc uniforme soumis aux mêmes exigences.

Didier Migaud lors de la présentation du rapport de la Cour des comptes

Le service public est la première activité menée par une personne public ou moral étant  toujours sous le contrôle de la personne moral. Nous distinguons deux types : le service public administratif, employant des fonctionnaires en charge des comptes publics ou des droits administratifs comme le secteur de la santé, l’éducation ou de l’administration diverse. La 2ème catégorie est le service public industriel et commercial. Cette dernière a un fonctionnement semblable à celui de l’entreprise puisqu’elle réclame une redevance à l’usager. Par exemple, l’accès à la piscine municipale ou bien à un ticket de métro. Ce sont donc des services de ventes de production et de prestations de services. Cependant, quel que soit son type, le service public n’est pas payé par le marché, il est à l’opposé de la production capitaliste. Ce système alternatif représente des valeurs de gratuité, d’égalité, de continuité et d’adaptabilité. Il est la richesse de ceux qui en ont le moins. Une forme de société rejetant toute discrimination, avec des services à valeur constitutionnelle évoluant en fonction de l’intérêt général.

Ces valeurs sont défendues selon le projet de société que l’on porte, dans certains pays comme au Royaume-Unis, le fonctionnaire a seulement pour but de faire fonctionner l’Etat régalien, il sera donc policier ou magistrat par exemple et certainement pas médecin puisque le système de santé NHS a été privatisé. À l’extrême, nous pourrions parler d’une société ou l’Etat serait omniprésent par son interventionnisme. Concernant l’Europe en 2016, la France est le pays ayant le plus de fonctionnaires, environ 5,500 millions. L’Allemagne est deuxième avec 5 millions puis suit les 3,5 millions de la Pologne en troisième place.

Il est tout de même plus pertinent d’observer le nombre de fonctionnaire des pays par habitant : première place, le Danemark (14,5%) ensuite la Finlande (12,9%) ainsi que la Suède (12,3%). Non, la France avec sa huitième place (8%) derrière la Belgique (11%), n’est pas ce pays de fonctionnaires que tout le monde pense. C’est un pays dans la moyenne dans lequel une personne sur cinq exerce un emploi public. Il y en a 2,4 millions qui travaillent pour l’Etat, donc à l’Education nationale, au ministère de l’intérieur, de la défense ou bien de la finance ; 1,100 million pour la fonction publique hospitalière et 2 millions sont des agents de la fonction publique territoriale. Malgré ces chiffres, les clichés persistent. En effet, 57% des français pensent qu’il y a trop de fonctionnaires dans leur pays alors que 78% sont satisfaits de leurs services de santé, 74% de la police et 67% de l’éducation national (IFOP).

Évolution de la fonction publique Française

M. Philippe et ses collègues ont du boulot. Le secteur hospitalier connaît une cure d’austérité depuis longtemps avec ses suppressions de postes et de lits depuis 10 ans. Pour l’actuelle ministre de la santé, M. Buzyn « Ce n’est pas qu’il manque des lits, mais des malades sont inutilement gardés pour faire du chiffre ».  Selon elle, « de nombreuse personnes pourraient partir de l’hôpital plus tôt » mais sont forcées à rester pour des raisons de parts de marché. Ce sont ces secteurs où les effectifs n’ont pas intérêt à être réduit. Surtout avec la volonté de M. Blanquer, ministre de l’Education nationale,  de diviser par deux les classes de CP et CE1. Il y également la promesse de création de 10 000 postes de police supplémentaires sur le quinquennat par M. Collomb, ministre de l’Intérieur. Il y a des secteurs en souffrance : les surveillants pénitencier sont en sous-effectifs et subissent leur travail. Tout comme les infirmières débordées qui ont une espérance de vie de 7 ans inférieur à la moyenne des autres femmes françaises. Par ailleurs, la fonction publique territoriale est un secteur qui lui est en hausse, résultat d’une politique de décentralisation permettant une extension des services de loisirs ou bien de garde d’enfant dans les communes.

Il ne faut donc pas réduire le nombre d’agents publics sans prendre en compte leurs utilités réelles. S’il y en a trop, il faut s’attaquer aux mécanismes qui ont abouti à cela, c’est-à-dire les tentations clientélistes, les dépenses inefficaces ou bien la complexité administrative française.

Le 22 mars  prochain, a lieu une journée de mobilisation organisé par 7 syndicats dont la CFTC, Solidaire et la CGT. L’objet de cette journée est entre autres la contestation des fiches de paies en baisses dues à la hausse de la CSG, impôt prélevé sur tous les revenus servant à financer la protection sociale qui est passé de 5,1% à 6,8%. La hausse de cette contribution est bénéfique aux salariés du privé qui voit leurs cotisation chômage baissé et leur cotisation maladie supprimé. Le malaise est du coté des fonctionnaires qui ne profitent pas de ces baisses. L’inégalité de salaires entre le privé et le public existe donc bien.

La fonction publique subit une image négative en France. En plus des inégalités de salaires, toutes ces polémiques entrainent un manque de considération des fonctionnaires. Des candidats au concours FARDO seraient même inquiets pour la suite de leurs carrières et renonceraient à la poursuite d’étude. Les critiques pèsent au quotidien, les statuts sont régulièrement modifiés, laissant une impression d’inutilité voire de mésaise. Les plus à l’aise du lot, sont sans doute ces 150 cadres de Bercy qui perçoivent des rémunérations sidérales atteignant 300 000 € par an. Même s’il est difficile d’opposer les « haut » et « petit », leur mission d’intérêt général et de service public étant commune, nous comprenons mieux les 40% de budget d’Etat destiné aux salaires. Le journaliste Vincent Jauvert, dans son livre « Les Intouchables d’Etat » dénonce ce « caste » qu’est devenu la haute fonction publique française. 600 hauts fonctionnaires seraient mieux payés que le président de la République. Lorsque l’on se rend compte que Bercy pensait garder ces informations secrètes, c’est définitivement une loi éthique et morale prônant la transparence d’un système, qui se ment à lui-même, qui devrait être mis en place.

  V.V

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