GRAND DOSSIER : NOUS SOMMES TOUS SYRIENS

Ce lundi 26 mars avait lieu une rencontre entre Ankara et Bruxelles pour évoquer entre autres les actions meurtrières d’Erdogan en Méditerranée Orientale. Événement clés de la semaine mais loin d’être isolé dans cette guerre, l’opinion publique nous questionne. Après 7 ans de crise humanitaire, comment en est-on arrivé là ?

L’émiettement du monde fait que les guerres n’opposent plus un État à un autre mais naissent de la décomposition des sociétés. La guerre a changé de forme, moins d’acteurs étatiques et plus d’acteurs sociaux variés, anonyme de la politique internationale. Nous avons là des phénomènes de jeux social dont la com préhension nous échappe. C’est un conflit né de la décomposition des nations créées par une Europe omis présente au temps des colonies.

 

La littérature Syrienne, bénéficiant d’un espace d’expression plus libre que la parole politique, manifeste depuis 50 ans d’une dictature étouffante et cruelle responsable de l’effondrement du pays. Auteurs et poètes témoignent d’actions de répression sociales pouvant aller jusqu’à la torture et la mise à mort par pendaison dans les prisons. Contrairement aux idées reçues la guerre en Syrie n’est pas seulement fruit de la révolte de 2011, elle n’est pas isolée non plus et représente un mouvement plus général dans l’espace du Proche et Moyen Orient avec de nombreux dossiers : la sécurité en Israël, la reconnaissance d’un État Kurde ou bien la reconstruction politique et économique de l’Irak.  

 

Chateau "Krak des Chevaliers" situé dans l'Ouest de la Syrie, reconnu au patrimoine mondial de l'UNESCO Chateau "Krak des Chevaliers" situé dans l'Ouest de la Syrie, reconnu au patrimoine mondial de l'UNESCO

 La diversité des communautés religieuses et ethniques de la population liée à l’incompétence gouvernementale des Assad fut précurseur des premières étincelles depuis 2011. Ce peuple qui demandait au départ seulement de la dignité, est Sunnite à 70%, Chiite à 3%, Chrétien à 9%, Druze à 9 % mais aussi Alaouite, dont la famille Assad fait partie, à 13%. Les mouvements sociaux sont nées des prises de conscience d’inégalité de classe notamment entre les grandes villes industrielles comme Homs, Alep ou encore Damas et les régions délaissés par le pouvoir central. Cela se traduit donc par un chômage de masse, inégalités sociales et une population très jeune avec un bon taux de scolarisation de 95%. La Syrie, dont les activités agricoles et d’hydrocarbures représentaient 25% du PIB a donc développé son activité économique de manière centralisée délaissant les villes rurales comme de Deraa, lieu du début du soulèvement, le 15 mars 2011.   

Cette manifestation pacifique fut donc violemment réprimée. La guerre éclate entre le régime de Assad et les rebelles de l’Armée Syrienne libre qui progresseront dans tout le pays jusqu’en 2013. Damascus fut la ville conservé par Assad grâce au soutien du Hezbollah du Liban et des Chiite d’Iran en raison de leurs proximités religieuses.

Nous avons là une guerre de communauté ethnique mais également de territoire avec l’arrivée, en 2014, du groupe « Etat Islamique » s’attaquant aux rebelles pour récupérer des terres gagnées contre le régime.

Ce fut le début des guerres d’intérêts croisés, avec les bombardements à la fin de l’été, des Etats-Unis contre Daesh en Irak et en Syrie ; mais également en 2015 avec la prise de la ville de Kobané par les Kurdes.

En septembre 2015, Assad, en manque de moyen et de ressources, perd du terrain et obtient l’aide des Russes : début d’une série de bombardements à Alep et autres zones peuplés de civils et rebelles. 2015 fut également l’année d’une campagne d’attentats de Daesh en Proche et Moyen Orient, en Afrique mais aussi en Europe.

L’accord de cessez-le-feu du début de 2016 initiés par Washington et Moscow ne concernait uniquement Damas et les rebelles Syriens mais pas contre l’Etat Islamique. Mauvais prétexte donc pour ne pas interrompre les interventions.

   

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Les relations internationales ne se résument pas à la lutte contre Daesh, le monde n’est pas divisé en deux entre les mal et bien-veillants. Poutine et Assad on d’autres intérêts. L’argument pas sérieux du terrorisme ressort toujours, des années de bombardement seraient-elles justifiées par la présence d’environ 150 membres djihadistes contre 400 000 civils ? L’intérêt de Poutine figure davantage dans la stratégie sanguinaire d’Assad pour rester au pouvoir : détruire tout ce qui résiste, regrouper les opposants dans des enclaves et éliminer tout le monde quitte à perdre la moitié de sa population. Il prétend de toute manière que touts ceux qui ont fui ne sont plus Syrien.

Une des enclaves en périphérie de Damascus, la Goutha Orientale est assiégé depuis 8 mois mais fait l’objet d’attaques à l’arme chimique depuis 2013. Les civils affamés ne peuvent accéder aux convois humanitaires bloqués à l’extérieur de la zone où le régime Assad contrôle les entrées et sorties.

Cette stratégie de terrification de la population se développe en 3 phases : encercler, assiéger et bombarder. Assad sait qu’une seule concession peut le faire disparaitre. Il est prêt à régner sur un champ de ruines et tuer toutes personnes, avec l’aide de la Russie et l’Iran, qui s’oppose à lui. Obama lui a délivré le permis de tuer lorsque le dictateur a franchi la ligne rouge en utilisant l’arme chimique contre les civiles. Hollande était prêt à intervenir mais le président Obama s’était dégonflé. 

  

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À présent, l’influence de la France sur la guerre en Syrie est nul. Les belles déclarations et paroles indignés, elles, sont nombreuses. Macron veut perdurer l’illusion de grandeur diplomatique sans doute pour jouer du prestige international et se restaurer sur le plan de la politique intérieure, en d’autre termes, pour raison électorale. Plus globalement, on pourrait parler de désintéressement de l’Occident avec un peuple indifférent et des dirigeants qui ne respectent pas les lignes rouges. Le non-respect des orientations diplomatiques se traduirait la part crainte d’un conflit généralisé.

Ce conflit offre plusieurs niveaux avec les grandes puissances, les puissances régionales comme la Turquie, l’Iran ou l’Irak ainsi que la Syrie avec sa société. Une guerre sociale qui opposent d’abord une campagne pieuse, pratiquante contre une bourgeoisie Sunite et Alaouite. Des sujets hors de portés donc des organisations internationales qui souffrent également de dysfonctionnement au sein même de leurs organisations : la Russie bloque de manière systématique les résolutions aux conseils de sécurité de l’ONU et la Turquie, membre de l’OTAN, mène une guerre contre Kurdes dans le Nord de la Syrie et se retrouve confronté à des forces soutenues par les État-Unis et la France.

Ces Kurdes alliés au PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan fondé en 1978 par Abdullah Öcolan, lutte plus généralement pour la création d’un État Kurde, région présente en Turquie, Irak, Syrie, Iran et Arménie. Le plus grand groupe ethnique sans Etat est majoritairement Sunnite et compte environ 35 millions personnes, répartit dans la région mais aussi en Europe.

Erdogan qui ne peut admettre un projet d’indépendance à sa frontière prend le contrôle total de la région d’Afrin, une offensive qui devrait se prolonger jusqu’à Tal Riifat, deux grands bastions Kurdes.

Ces guerres de camps ne sont plus à la portée de rebelles, en manque de soutiens et de moyens. Ils possédaient 40% du territoire Syrien, ils sont maintenant coincés au Nord Ouest et à la Goutha Orientale. Ces combattants viennent de milieux populaires, ils sont salafiste, conservateurs, plutôt islamiste mais pas terroriste. 

   

Bachar Al-Assad en visite dans la Goutha Orientale Bachar Al-Assad en visite dans la Goutha Orientale

Le constat catastrophique se résume à 400 000 morts de guerre et 1 500 000 morts « indirects » de maladies et problèmes sanitaires suite aux bombardements de 13 hôpitaux : les unités de chirurgies, pédiatries, urgences, maternités sont fermées selon Médecins Sans Frontière.

Malgré l’appel des ONG à un cessez-le-feu, Assad continue de pilonner à l’aveugle les endroits où sont soignés les civils qui n’ont plus que les caves pour espérer. Ceux-là ne distinguent pas l’espoir d’une nouvelle vie comme ces 4 millions de Syriens ayant fui la misère pour la Jordanie, le Liban, la Turquie et l’Europe.

Le tissu social économique, sanitaire et éducatif du pays est détruit, la  Syrie représente la plus grande catastrophe humanitaire depuis la guerre mondiale d’après un rapport de la commission européenne. 

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Chaque nation de l’ONU devrait jouer un rôle dans les instances multilatérales et travailler à une solution diplomatique, politique et humanitaire débouchant sur des élections sous contrôle des instances internationales. Chaque soutient d’Assad pourrait être poursuivie avec des sanctions économiques et la suppression du droit de veto. La négociation n’est plus d’actualité et cache un rapport de force en vue d’un partage des zones d’influence. 

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Les puissances militaires n’apportent aucune réponse et les leçons du passé semblent sans effort sur la manière de raisonner des dirigeants internationaux. Cet interminable désastre Syrien nous rappel les principes des tragédies Grecques : Nous savons que les choses vont mal se passer, ça arrive et ainsi apparait notre affreux aveu d'impuissance. 

  

« La violence d’Assad, Poutine et de l’Iran est le manifeste contre révolutionnaire écrit en lettres de sang à destination de toutes celles et ceux qui auraient l’idée de se révolter » Raphael Glucksmann. 

 

 

 

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