Détruire la Vie pour boire un verre entre potes

Tel un lac évaporé laissant apparaître la décharge qu'il était sous la surface, le virus parti, ou pas, a surtout révélé la société de déchets que nous sommes. Modèle à suivre d'après certains, l'Occident n'a rien à proposer d'autre que consommer pour essayer de se convaincre du bonheur.

C'est que nous sommes juste des sales gosses égoïstes et singulièrement stupides. 

Patauger dans une flaque plastique de 5m2 posée dans le cagnard prêt d'un pavillon quelconque dans un lotissement sans âme, voilà le rêve sans imagination de tant de membres de la classe moyenne, pourtant supposés éduqués. Boire un verre en terrasse pour raconter ses vacances, ses exploits, ou encore pour cracher sur ses collègues de bureau, voilà comment doit se finir une bonne journée. 

Aller en bord de mer est le privilège qu'on se souhaite, alors qu'on ne sait plus écouter les vagues et que, à nos pieds, le sable est jonché de plastique. Bronzer à s'en cramer le corps, voilà la seule forme d’ascétisme que l'Occidental a encore envie de s'infliger. 

"Il faut se contenter des petits plaisirs de la vie" scandent les faux sages, ces imposteurs qui vont vous expliquer pourquoi vous n'avez aucune raison de les déranger dans leur périple minable de bons vivants.

Soit. 

Mais voilà, nous ne sommes pas seuls. Nous n'avons pas le droit d'affirmer crétinement qu'on peux faire ce qu'on veut, puisqu'on est libres. Nous n'avons pas le droit de construire notre morale comme on choisit les ingrédients d'un repas gourmand. 

Entre temps, nous autres qui avons tout, sauf l'essentiel, c'est-à-dire l'émerveillement, nous avons réussi à pratiquement tuer la vie sur Terre, du moins telle qu'elle nous a précédé. Oui, à vingt ans beaucoup ne savent même plus ce que c'était. Il faut venir de derrière le rideau de fer pour que, à quarante ans, on se rappelle de la Vie pas encore totalement étouffée. En Occident, il faudrait certainement avoir soixante dix ans, au bas mot. 

Il reste les caniches, les chats, les rats et les pigeons, ou quelques arbres de décoration pour nous donner l'illusion de la Vie. Les seules endroits mimant encore vaguement le monde sauvage, on les saccage à chaque pont de mai, ou à chaque vacance. 

Le tourisme, donc l'emploi, doit nous survivre. Certainement un panneau Gîtes de France souhaitera un jour, quelque part, la bienvenue aux cafards, finalement bien plus malins que nous. Ailleurs une plaque commémorative rappellera aux absents que, tout prêt de la fin, nous avions enfin atteint le plein emploi grâce à une consommation gargantuesque enfin digne de l'appétit ogresque de Bezos, Musk et tous les autres timbrés qui nous trouvaient timides et manquant d'ambition. Macron: poussière. Il restera de lui... rien. Juste un con comme les autres, un de ces gars qui auraient pu juste essayer de changer l'histoire, même si peut-être impossible, par panache, parce que Français. La vérité est qu'il nous ressemble tant: des discours, puis le vide. Pas le vide de la sagesse, plutôt le vide de l'esprit du tueur qui vient d'abattre un être vivant sans même s'en rappeler pourquoi. Le vide du gars qui se regarde dans le miroir et qui croit ainsi que le monde c'est lui, puisqu'il ne voit que ça.

Mais méritons nous que quelqu'un nous sauve ? Méritons-nous que quelqu'un essaye ?

Buvez les gens, fêtez les gens. Mais ne regardez pas vos enfants dans les yeux. Laissez-les à l'école, à la crèche, n'importe où ailleurs qu'en face de vous, pour ne pas avoir à leur rendre des comtes. 

Crachez les gens votre venin: haïssez ceux qui vous disent que vous êtes fous, un jour vous en arriverai à vouloir les faire taire, quitte à leur ôter la vie, comme ces malades qui tuent leur femme parce qu'un jour elle a osé leur dire non.

Oui, on en est là. 

Des grappes de crétins tyranniques s'assemblent pour s'indigner de l'bêtise des autres crétins. Le premier clown qui passe est un génie parce qu'il a le nez rouge et, c'est bien connu puisque sur Facebook, les génies ont le nez rouge. La sagesse est confondue avec la faiblesse, l'amour des autres êtres vivants passe pour une lubie de mélancolique et les cons se rassurent en formant des meutes. Tout geste noble est piétiné par des hordes d'incompétents. Tout le monde se veut fort, donc on commence par écraser les autres, au cas où.

Et à la fin on boit un verre entre potes. Cela fait combien de temps qu'on n'a pas eu d'autres idées ? 

Tout ça pour ça.

Bonne chance à ceux qui ont encore de l'espoir.

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