«J'ai décidé» de te dire merde

La République, devenue une religion qu'on veut imposer à mes enfants, est supposée garantir la liberté de penser par soi-même. Cela est même un droit fondamental et on devrait avoir le droit de combattre par les idées la République, a minima celle dévoyée au service des élites. Mais voilà, par le truchement de l'incompétence d'un homme, l'école va devenir un camp de rééducation.

Commençons par le début: tu n'es pas mon président. je vais donc t'appeler au mieux Emmanuel. Je vais te dire pourquoi. D'ailleurs je vais essayer de t'apprendre la vie, puisque ton arrogance en appelle à la mienne.

Tout d'abord, être président n'est pas une raison suffisante au respect. Le respect, cela se gagne et dans la démocratie illibérale que tu as commencé à mettre en place, tu n'as plus que le respect des tes dévoués. Je te donne ma définition de "démocratie illibérale": c'est une "démocratie" où un petit clan ayant gagné les élections impose des lois bafouant les droits fondamentaux de la population, en particulier des perdants. Par exemple, dans un seul objectif électoral, tu comptes m'empêcher d'élever moi-même mes enfants pour que, n'ayant pas les tiens, tu leur imposes ta vision de ce qu'est la France. Pour que tu les formates en sorte.

Ensuite, nous avons le même âge et, accessoirement, j'ai fait bien plus de choses dans ma vie que toi. En vrac, pour le plaisir de te voir petit: j'ai vécu dans quatre pays différents, j'ai dû me battre pour arriver en France (c'est un cliché, mais j'y suis venu avec l'amour de Voltaire), j'ai créé mon entreprise, bâti ma maison de mes mains, créé des logiciels sophistiqués, bâti aussi mon bureau des fondations, appris à travailler la terre, le bois et un peu le métal, je parle quatre langues et je discours aussi bien que toi. En résumé, je sais faire plein de choses de mes mains, contrairement à toi, qui ne sais que parler et, accessoirement, mentir. 

Bien qu'immigré, je suis plus Français que toi: bravache jusqu'à ce que cela devienne grave, furieux et combatif quand je n'ai plus le choix, dans mes veines coulent à la fois le sang de la Commune et celui des révoltes Vendéennes. Oui, le monde est bien plus complexe que l'envergure de ton esprit ne peut l'imaginer. De là où je vis, en Pays de Gâtine, je comprends l'Histoire de la France en observant avec attention le présent, mais voilà quelque chose qui n'est pas à ta portée, puisque tu ne connais pas ton pays.

Tu crois qu'avoir été élu fait de toi un méritant. A l'étroit dans ton costard de banquier, tu veux laisser ta trace dans l'Histoire. Mais du temps ou tu te tâtais le prépuce pour trouver un chemin de gloire, je me battais pour trouver un avenir. Aujourd'hui, l'ironie fait que l'avenir de mes enfants dépend en partie d'un moins que rien déguisé en prince. 

Richard, ton dévoué, a traité récemment d'imbécile un autre de tes dévoués pour avoir soulevé un débat philosophique, dans le pays des Lumières, sur la cause animale. Tu ne m'en voudras pas donc si je prends exemple sur lui et je t'insulte à mon tour. Je te dis, je ne te dois rien, même pas le respect.

Alors venons-en aux faits: tu veux laisser à mes enfants un champs de ruines comme seul avenir. Soit. Tu veux que ce pays rattrape rapidement mon pays d'origine en matière de corruption, créer donc un pays fait d'arbitraire où la lois du plus fort est la seule qui vaille. Soit. Mais là, mon ami, tu veux m'empêcher de faire en sorte que mes enfants ne soient pas aussi inconsistants que toi. Là, mon ami, tu t'en prends à ma progéniture. Là, mon ami, tu vas m'obliger à entrer en rébellion. 

Comme tout bon Français, disais-je, je ne me révolte qu'à partir du moment où je suis directement, immédiatement et irrémédiablement touché. Et qu'il ne te vienne pas à l'idée de demander à tes sbires de me ficher S, alors que c'est toi qui devrais l'être. Combien de temps avant qu'on ne tue au nom de la République, ce concept devenu sectaire depuis qu'on le détourne faute d'avoir des communs à proposer ? Combien de temps d'ailleurs avant que tu n'envoies à la guerre nos enfants, après avoir fabriqué des ennemis, faute d'avoir trouvé le moyen d'unir le pays sur des sujets pacifiques ? Combien de temps avant que tu ne mettes la peine de mort sur la table, la voyant monter comme un désir dans les sondages, ton seul vrai guide ? Combien de temps avant que tu ne détruises la République définitivement, faute d'arrêter de te mirer en train de discourir et, donc, de divaguer ?

Contrairement à toi, j'ai des convictions. C'est surtout cela qui nous différencie. Je ne doute pas que, acculés, de plus en plus de Français auront ou ont déjà eu la même réaction que moi. Et finalement peu importe de quels bords ils sont, pourvu qu'ils ne soient pas du tien. 

Tu pourras gagner petitement toutes les élections que tu veux. Cela ne fera pas de toi un président légitime. Ta violence, cette violence typique des âmes frustrées et vides de tout émerveillement, se retournera contre toi. Tu as fait de moi ton ennemi, mais si je devais perdre ce combat, j'ai au moins l'assurance que l'Histoire me donnera tout de même raison. Les vainqueurs écrivent, certes, l'Histoire, mais le chemin que tu fais prendre à ce pays ne peut être que celui des perdants. 

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