Que les optimistes ferment leur gueule

Tous les cons le disent, il faudrait cesser de s'alarmer inutilement et faire peur aux gens. Les messagers sont la cause de nos turpitudes, puisque tout va bien et qu'il suffit d'attendre les solutions qui ne vont pas tarder à sortir des chapeaux des génies que nous sommes.

Pour cette année, j'ai eu quelques vœux. Moi, qui vois le monde en noir, je me devais évidemment d'être repris par des optimistes, des vrais. Et un en fut particulièrement gratiné.

Le patron et heureux propriétaire d'une petite entreprise d'informatique relativement florissante, m'envoya ainsi une petite vidéo faisant l'apologie du monde merveilleux dans lequel on vit. Paraît-il cela n'a jamais été mieux, ni même aussi bien. Ok. Il se trouve que le gars, blanc, norvégien, un compte en banque bien garni et une vie à cheval sur deux continents, est aussi, accessoirement, végan. Pas végétarien seulement, mais végan ! C'est parce qu'il aime les animaux, dit-il. What the fuck, pour utiliser une expression dans sa langue d'adoption, celle des vainqueurs.

C'est que cela m'est resté en travers de la gorge. Ce gros crétin m'écrit dans le même message sa fierté d'être végan et son optimisme face à un monde qui n'a jamais été aussi beau. What the fuck !

Car mettons-nous deux minutes à la place des animaux, ses nouveaux amis. Le monde n'a-t-il jamais été aussi bien pour eux ? What the fuck !

Ainsi, avais-je rencontré les optimistes techno-béats ("la technologie va nous sauver"), les optimistes méchants ("nous les blancs on va s'en sortir si on arrive à buter tous les noirs"), les optimistes incultes ("c'est quoi le problème ?"), mais je n'avais pas encore vu les optimistes tarés, qui se mordent la queue en criant "que j'aime l'odeur de mes fesses".

Comment dire ?... J'aimerais pouvoir croire qu'on puisse en discuter, mais c'est un peu comme dans les commentaires des articles de presse: on a vraiment l'impression d'être en face de trolls, même quand les gens expriment juste le plus profond de leur pensée malade.

A l'heure où croiser un sanglier c'est devenu une rencontre du troisième type, voir un hérisson donne l'impression d'être béni des dieux, un enfant qui a pu voir des animaux sauvages est un client régulier des zoos, on en a qui te disent les yeux dans les yeux que le monde n'a jamais été aussi beau pour les humains. Et c'est un grand amoureux de la nature qui parle. What the fuck !

Je pourrais ressasser le truc des années dans ma tête, je pense simplement qu'on est en face d'une folie. Le pire, c'est que si on creuse un peu, un tout petit peu, ces crétins-là pensent la même chose de nous autres, ceux qui sommes effarés. Pour eux nous sommes les fous.

Alors trêve de discussion. A quoi cela servirait-il ? Il ne reste plus qu'à espérer que quelque chose, je sais pas moi, une météorite, fasse fermer les gueule des optimistes.

Oui, je sais: s'il en restait un après ça il dirait: tu as bien vu, ce n'était pas la faute des humains.

Ta gueule.

 

 

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