L'écologie est de gauche. Point.

Les imposteurs de l'écologie existent depuis le début. Nouvelle facette de cette imposture, aujourd'hui, de Jadot à Batho, les voilà déclarant l'écologie adaptable à tous les courants, ou encore au dessus du lot, donc ni de droite ni de gauche. Il faut dire que se déclarer de gauche semble devenir un boulet, alors il faut chercher les clients ailleurs, là où il y en a assez pour exister.

Quelque part pas loin de là où j'habite, il y a un ENS: Espace Naturel Sensible pour les "non-initiés". C'est un chemin en boucle d'environ 250 mètres. Les écolos du coin en sont très fiers, expliquant à qui veut l'entendre que, grâce à eux, on va enfin faire comprendre aux gens de par ici l'importance de la Nature, tout en la protégeant. Je vous épargne la destruction systémique et systématique sur des dizaines de kilomètres carrés à la ronde, un bocage en train de mourir à coup de pelleteuse, ou encore la pollution du cour d'eau qui borde l'ENS. Non, c'est une victoire majeure et, dans 15 ans, tous les touristes belges et hollandais qui traînent dans les parages viendront visiter cette magie et créeront  de l'emploi en y bouffant des frites dans une baraque à frites montée par un échoué du Brexit (les anglais savent s'adapter).

L'écologie politique est depuis longtemps une supercherie servant à quelques uns à soulager leur conscience, à d'autres de strapontin pour le pouvoir. A bien comprendre la complexité de la Nature, on comprend vite que même un parc national, ou régional ne sont qu'un pis aller, servant en même temps économiquement (tourisme, de plus en plus de masse même dans ces parcs) et stratégiquement dans l'entreprise marketing que constituent les partis politiques s'étant emparés du sujet. 

Oui, c'est mieux que rien. Peut-être est-ce mieux de rester tétraplégique, que de mourir (pardon pour cette comparaison violente).

Regardons maintenant la réalité. Vous parlez aux écolos et autres affiliés, ils vont vous égrainer toutes leurs réussites depuis vingt ans, vous déclarer que si l'écologie est LE sujet aujourd'hui c'est grâce à leurs luttes et leurs sacrifices. Au niveau national, ou local associatif, le discours sera le même et j'ai pu le constater régulièrement, en y participant. Mais que se passe-t-il réellement depuis ces vingt dernières années ? La destruction non seulement a continué de plus belle, mais s'est accélérée, a même certainement explosé. Au contraire de ces discours, tous les combats, (pour beaucoup, d'ailleurs, très nobles, j'avoue) ne sont que des vaines piqûres de moustiques, comme dirait Mateo Salvini, l'ami des bêtes. Il est vrai, que c'est grâce à certains de ces combats que des gens ont pris conscience du problème, mais si l'écologie est devenu LE sujet, c'est plutôt parce que le système Terre est en train de se disloquer de manière visible, provoquant des conséquences immédiates sur la vie de chacun. Il ne faut pas être écolo pour le comprendre, mais il faudrait être véritablement écolo pour en comprendre les conséquences et les actions à entreprendre.

Revenons, enfin, au titre. "C'est quoi être de gauche, papa ?". C'est défendre toujours le plus faible. (Pour les éventuels indignés de tout et acharnés du commentaire: attention métaphore). Défendre l'Arabe ou le Roumain lorsque victime de xénophobie en Occident, défendre le Sénégalais ou le Tzigane lorsque victime de racisme en Afrique du Nord ou en Roumanie. Défendre le cheval du Tzigane, l'âne de l'Arabe ou la vache du Roumain si par malheur ils se font frapper. Défendre la terre, lorsque trop de vaches. Défendre l'Homme contre lui-même. Toujours observer et comprendre. Le faible d'aujourd'hui, pourrait être le fort d'ailleurs ou de demain.

On y est. Tout en bas de la hiérarchie de domination que nous avons créée, il y a ceux qui ne peuvent se défendre: les autres être vivants. La Nature, elle, elle le fait. Elle est en train de mettre fin à notre domination au profit de ces autres, du moins sur le long terme. De fait, chaque geste porté contre eux, est un geste contre nous, Humains, à travers les mécanismes complexes d'entrelacement du monde du vivant. Tout en haut de l'échelle des dominants, nous ne sommes que des être fragiles à la merci de nos propres destructions. Dans cette chaîne invisible, tenter de participer toujours à l'équilibre en défendant le plus faible est presque puéril. Mais c'est cela être de gauche. Avoir des idéaux qui vont au delà de son propre individu, voir plus grand que soi, mais, surtout, plus petit, du moins plus faible.

Dans la mesure où l'écologie c'est défendre la Nature contre l'Homme, donc l'Homme contre lui-même, elle consiste exactement dans cet exercice à la fois inutile et salutaire.

Je ne me leurre pas. Le combat est perdu d'avance. Mais il est beau et pur.

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