Les « e-sans-culottes » en gilets jaunes, bientôt un mouvement politique ?

Les gilets jaunes - ces « e-sans-culottes » - intriguent, étonnent, effraient.

Quand je m'avance tu recules. Comment veux-tu, comment veux-tu... Quand je m'avance tu recules. Comment veux-tu, comment veux-tu...

  Quand je m'avance tu recules, comment veux-tu, comment veux-tu...

 

Leur inorganisation les rend inefficaces ? Ou plutôt cette auto-organisation est le moyen d’être puissants sans être récupérés par les partis, syndicats et autres institutions en place ou enfumés par de fausses négociations avec le pouvoir.

Un pouvoir qui – après des semaines de panique - se rassure devant la baisse de mobilisation des GJ. C’est oublier que si les gilets jaunes aspirent tout naturellement à passer, eux aussi, les Fêtes en famille, un simple mot d’ordre sur les réseaux sociaux peut relancer totalement le mouvement. Sur des cibles et des modes d’action pas forcément identiques.

Mais sauf à renverser le pouvoir par un coup d’État, ce mouvement devra bien s’organiser afin d’exister sur le plan électoral. Et on revient à la case départ ? Avec des « porte-parole » auto proclamés aussi éphémères que représentatifs que d’une facette d’un mouvement par essence très large. Avec le risque de dérive classique de toute démocratie représentative qui générera une oligarchie, une aristocratie, une caste, une tribu qui disposera de tous les pouvoirs ? Qui lo sa ?

Certains veulent présenter une liste aux Européennes. Une ou plusieurs listes forcément concurrentes, affaiblissant d’autant la force du mouvement. Sauf à les fédérer et à constituer une liste unique. Par tirage au sort entre les volontaires ?

Dans la démocratie d’Athènes au siècle de Périclès, ce n’étaient pas des professionnels qui faisaient la politique mais des amateurs : ils étaient tirés au sort, ils devaient être volontaires et avoir plus de trente ans. Ils étaient choisis au hasard pour un an seulement, on les appelait les bouleutes, et l’on ne pouvait être bouleute que deux fois en tout et pour tout dans sa vie. C’est ce qui explique que les riches n’ont jamais gouverné à ce moment-là à Athènes puisque le tirage au sort ne favorise évidemment aucune classe particulière de citoyens. Cet exemple historique prouve que la politique n’a absolument pas besoin de partis politiques ni de professionnels de la politique, ces derniers, de par leur statut, empêchant d’ailleurs toute vraie politique puisque in fine, ils ne roulent que pour eux-mêmes et se contrefoutent royalement du pays.

Une exigence particulièrement positive surnage dans le torrent des revendications de GJ, c’est ce fameux RIC pour référendum d’initiative citoyenne. RIC… Ces trois lettres donnent des boutons aux professionnels de la politique, bien à l’abri derrière des systèmes de vote générant cet accaparement de la politique par une caste. Sarkozy - dont les énormes capacités en matière d’enfumage ont toujours fait l’admiration des connaisseurs – a, en son temps, tué cette demande de démocratie directe en l’assujettissant à des conditions ubuesques : « un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ». En Sarkoland, l’initiative appartient aux parlementaires, le soutien de simples électeurs n’étant qu’une condition supplémentaire à cette initiative. Il existe toujours dans la Constitution mais n’a jamais été utilisé.

Edouard Philippe laisse entendre que le RIC pourrait être un bon sujet de débat. Pour l’enterrer façon Sarko probablement. Les Gilets Jaunes ne doivent donc pas se laisser enfumer. Le seul modèle de Référendum d’initiative citoyenne que revendiquent les GJ, c’est celui de nos voisins et amis Suisses. Il ne sera efficace que s’il permet de proposer l’adoption ou l’annulation d’une loi, d’une disposition constitutionnelle ou la révocation d’un élu, voire même la destitution du président pour non-respect du mandat délivré par les électeurs.

Là, la démocratie serait réelle en France, pas comme actuellement où elle a été déformée en monarchie élective où le pouvoir est exercé par une oligarchie énarco-financière au profit d’une caste de privilégiés sur le dos du Peuple. Un système où même lorsque ce Peuple décide une chose avec son bulletin de vote, l’oligarchie s’assoit sur son choix démocratique comme ce fut le cas lors du référendum de mai 2005 sur le traité pour une Constitution en Europe. Ce véritable coup d’État n’a pas été oublié et explique la grande méfiance, voire le rejet de cette démocratie indirecte où les délégués – députés et sénateurs - ont joué sans vergogne une partition exactement contraire a celle voulue par les électeurs.

Ce qui nous amène à réfléchir sur les effets pervers de notre système électoral.

On peut nous dire : « Vous n’êtes pas contents de Macron ? Vous avez pourtant voté pour lui ! » Et non. « On » n’a pas voté POUR MACRON mais CONTRE LE PEN. Comme, précédemment on avait voté non pas pour Hollande mais contre le retour de Sarkozy.

Cette tare de notre système électoral est-elle inéluctable, inhérente à la démocratie élective ? Pas du tout. J’ai découvert dans Médiapart sous la plume d’Alexis Braud un mode de scrutin qui permet de choisir sa ou son candidat non pas pour barrer la route à l’autre mais par adhésion sinon à l’ensemble de son programme du moins à une partie acceptable. Ce système, c’est le « vote alternatif ».

Qu’es aco ? On demande simplement à leurs électrices et électeurs pour qui ils auraient voté si leur champion avait été éliminé. On prend donc le bulletin du candidat que l’on préfère mais il y a plusieurs cases à cocher pour le deuxième choix voire le troisième, en fait tous les autres candidats à classer dans l’ordre de ses préférences en cas d’élimination de son champion. Le vote se fait donc en un seul tour, on ne vote qu’une seule fois, mais le dépouillement s’opère par comptages successifs, en éliminant le dernier des candidats en lice et en reportant ses bulletins sur les autres, selon la volonté des électrices et électeurs, jusqu’à ce qu’un ou une candidate obtienne la majorité absolue. Simple et clair. Utiliser ce mode de scrutin à grande échelle constituerait une innovation démocratique majeure de nature à faire avancer la France bien au-delà de cette simple désignation puisqu’il s’agirait d’ouvrir les portes d’une démocratie en mouvement.

Contrairement à celle de Macron qui, elle, progresse surtout en mode « moonwalk » de Michaël Jackson : on fait comme si on marchait en avant, mais en fait on recule !



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