Benalla – Griveaux ou la tête à l'envers de la révolution macronienne

Deux hommes, deux vidéos. Benalla tabassant des manifestants affublé d'un casque de police. Griveaux se masturbant dans un cadre on ne peut plus légal. Deux destins opposés qui montrent ce que signifie la "révolution" macronienne.

Deux hommes, deux vidéos.

Dans l’une, révélée par le Monde le 18 juillet 2018, deux manifestants sont violemment tabassés par Alexandre Benalla, le « Monsieur sécurité » du candidat puis du Président Macron, coiffé pour l’occasion d’un casque de police, lors du rassemblement du 1er Mai. On apprend dans la foulée que ce comportement barbouzard pourtant connu en interne quasi immédiatement et potentiellement délictueux – coups et blessures volontaires, exercice créant la confusion avec une fonction publique, etc. – était couvert depuis plus de deux mois par tout l’appareil d’État, de la Présidence au Ministère de l’intérieur, en passant par la Préfecture de police. Une mise à pied de quelques jours, et personne n’avait saisi la justice, se foutant comme de l’an 40 de l’article du même chiffre du code de procédure pénale qui oblige « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l’exercice de leurs fonctions » à signaler à la justice les crimes ou délits dont il aurait connaissance. Il faudra que l’affaire soit rendue publique et que le scandale se propage comme le coronavirus pour que Benalla soit finalement licencié. Et il faudra attendre quasiment une semaine après les révélations de cette fameuse vidéo pour qu’Emmanuel Macron sorte de son assourdissant silence en jouant les bravaches.

Dans l’autre, publiée le 13 février 2020 par l’artiste russe Piotr Pavlenski, relayée par un ex-député LREM puis bientôt par le tout-Paris numérique, un sexe en érection est masturbé par son propriétaire, le candidat LREM aux élections municipales parisiennes Benjamin Griveaux, s’adressant à une femme dont on apprend qu’elle était consentante et se trouve être également la compagne de l’artiste en question. Le lendemain, dès potron-minet, la fête des amoureux est gâchée par la conférence de presse d’un Griveaux grave et défait, se mettant en scène comme bon père et irréprochable époux qui annonce son retrait – de la campagne – pour « protéger sa famille ». Il n’a pourtant commis aucun délit et bien au contraire, se trouve victime d’une pratique illégale pouvant être punie de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Victime atypique cependant – les cibles du revenge porn étant plutôt de jeunes, voire très jeunes femmes dénuées de la position et du réseau de cet homme politique influent – qui, comme le suggère la réalisatrice Ovidie, aurait pu utiliser sa notoriété pour défendre cette cause et assumer le caractère privé et hors sujet de sa sexualité dans ces élections. Il a préféré démissionner fissa quand personne ne le lui demandait. Et si tous ses anciens collègues et soutiens s’empressent de clamer leur indignation devant la diffusion de cette vidéo, grande affaire de « violation de la vie privée », de « menace grave pour notre démocratie » ou de « vie publique et démocratique [ayant] franchi un cap aujourd'hui dans l'ignominie », il n’échappe à personne que c’est pour mieux cacher leurs soupirs de soulagement que Griveaux lâche si facilement l’affaire et s’efface, la queue entre les jambes. Stanislas Guerini, le délégué général de la République en marche, l’avoue sans gêne aucune : le sacrifice de Griveaux est « un choix collectif ».

Dans son livre Révolution (2016), Macron soutenait que dans le registre politique, « certaines fautes vous disqualifient radicalement ». En république macronienne, en 2020, ce qui disqualifie radicalement, ce n’est pas la violence d’Etat et la barbouzerie, mais la masturbation et l’adultère. Une révolution assurément !

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