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Billet de blog 5 avr. 2022

Métaphore physiologique - de la Russie et de la rupture

Les massacres russes en Ukraine rajoutent à l'unanimité anti-russe. Pourtant aucune des politiques en cause - Occident-OTAN, russe, Ukrainienne - n'est innocente de quoi que ce soit, mais toutes coupables. Comme nous le sommes toustes de confirmer par notre participation à ce monde qu'il perdurera tant que nous ne le quittons pas politiquement.

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Regardez bien la carte du monde. Avec la Russie au milieu du regard.

Vidal C Photography - Bénin 2018 © Vidal Cuervo

Pressée des deux côtés.

De l'un : l’Occident et ses missiles depuis 30 ans pressurant ; de l'autre : la Chine et sa finance depuis trente ans avançant.

L’occident sourcils froncés, la Chine qui lui sourit.

Le premier qui veut contenir une menace qui lui est nécessaire, la seconde qui veut acquérir de quoi tenir tout le monde – posséder la dette de tous.

Par où la Russie – à la fois victime et bourreau – peut-elle s’écouler, sinon vers le bas, vers le sud, là où la résistance physique est la plus faible ?

Jaillir en Biélorussie ? Le front occidental est continu de la Baltique à l’Ukraine. Repousser la Chine en Sibérie méridionale ? Trop d’acteurs, trop de barrières naturelles et pas assez d’expérience de cette partie-là du monde, nul tropisme historique.

La Russie est pressée entre l’Occident et la Chine. Pressé au sens physique du terme. Elle ne peut gicler que vers le sud : en Crimée et en Ukraine. Sa participation à la guerre en Syrie est déjà un mouvement physique, un épanchement. Dire qu’il y a une volonté politique serait en partie faux : la volonté politique est subordonnée aux possibilités physiques des terrains et de l’histoire. La Russie a tenté pendant plus de cent ans de prendre pied par des points durs, impassables, tels que l’Afghanistan ou le Caucase. Ça ne lui a jamais profité. Pas plus aux anglais et leurs descendants étasuniens en Afghanistan.

Tout n’est pas question d’opportunisme politique, ou de volonté. Il n’y a que les occidentaux pour penser ça. Les Russes aussi, qui poivrent leur virilisme, très occidental, de spontanéité, de capacité à couler avec le flot. Mais à vouloir marier ces deux « instincts », la Russie n’a jamais abouti qu’à des non-décisions fatales, corrigées par du volontarisme de dernière minute, le plus coûteux en vies humaines, dont par ailleurs, elle se fout. « Si un chien peut passer, un soldat russe peut passer » disait je ne sais plus quel général russe dans sa guerre contre Chamil dans le Caucase au 19ème siècle.

Comment s’étonner des massacres par les Russes ? D’ailleurs comment s’étonner que la guerre produise des massacres de civils ? Il faut vraiment ne pas être allé à l’école pour avoir oublié : tout, de Babylone à Oradour-sur-Glane. De Napoléon en Espagne, à l’Algérie française, Daech…

Comment s’étonner des massacres par les Russes ? Ce serait s’étonner du continuum Nord qui va de Washington à Pékin, tous intoxiqués par la croyance unique que la menace est une nécessité dynamique, une inertie impérieuse, au danger, croient-ils, de perdre de leur élan et choir. Et en ce sens, cette croyance - qui est l'idéologie précise du capitalisme - est coextensive, superposable, cellule à cellule, à la dynamique capitaliste. Le paradigme est total.

Ce serait s’étonner du Sud ressource et pillage, Sud géographique et Sud humain, Sud d’Afrique ou latin, et Sud de nos dépotoirs de villes, ouvriers, exploité-e-s, relégué-es-, étouffé-e-s.

C’est sûr que la marge est une solution, mais seulement temporaire. La marge : ZAD, Quilombos, alternatives. Mais sans une dose d'agressivité, sans qu’elles aussi s’épanchent en dehors des frontières politiques ou programmatiques qu'elles se sont fixées, comment penser que la domination puisse ne pas reprendre le dessus ?

Notre culpabilité – au sens réel, criminel du terme – est sans cesse sous nos yeux. Quand allons-nous quitter ce monde-ci ? Cesser ? Rompre ? Partir ? Le fuir ?

On me dit qu’en attendant il faut voter pour Mélenchon. Enfin, on me dit qu’en attendant il faut voter. C’est pour temporiser me dit-on.

En effet, c’est pour temporiser. Laisser encore du temps à ce foutoir paradigmatique et planétaire de reprendre souffle.

Il ne suffit plus de se retrancher dans les forêts (fors, fora : dehors), il faut presser, du dedans, le pus à sortir, qu’il nous quitte la peau, que nous ne soyons pas toujours entre-deux, en attente de, dans l’espoir que, à tenter de… mais que la marge déborde sur le territoire occupé, et chasse le retour continuel de la domination. Cet esprit qui se justifie par la peur qu’il a des menaces qu’il s’invente, pour se justifier par la peur des menaces qu’il s’invente, pour se justifier …

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