73 ans: n'appelez pas ça conflit

Il n'y a pas de conflit au moyen orient. Il n'y a qu'un programme cynique d'éradication

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73 ans que les Palestinien-nes - ceux qui "n'étaient pas là" à l'arrivée des colons, puisque" il n'y avait personne " selon la légende sioniste - résistent. Se battent. Alertent. Font des choix, parfois malheureux (Hamas , Hezbollah). Mais se battent.

73 ans bordel !

Ça ne touche pas les consciences ça ? Quand vraiment on a tort, ou qu'on est de mauvaise foi, ça ne dure pas 73 ans.

Il n'y a pas de conflit en Palestine-Israel. Il y a une occupation coloniale, indexée sur la politique moyen-orientale étasunienne et occidentale, sur une base sociale d'apartheid infâme avec le meurtre ciblé et l'enlèvement comme pratiques normales de la doctrine contre-insurrectionnelle israélienne, des frappes de missiles, un morcellement volontaire de l'espace vitale, la privation de l'eau, de la terre, des services publics les plus élémentaires fournis par l'occupant. Bref : un siège, une occupation, une politique territoriale coordonnée par des services secrets, une épuration ethnique qui parfois, n'hésite pas à dire son nom par voie des partis israéliens les plus religieux et/ou nationalistes.

Il y a même plus : Ben Gourion dés les années 1930 l'écrivait noir sur blanc : il n'y a pas de place pour les deux. Dans les années 30. 18 ans avant la création de l’État d'Israël. Le projet sioniste repose donc là-dessus. Un socialisme organisationnel (kibboutzim, hiérarchie sociale relativement plate), mais un impérialisme programmatique avoué, assumé, que la propagande appelle du nom de "guerre" pour justifier l'ensemble du projet sioniste, faire oublier le meurtre de Rabin, et les milliers d'autres...

Conflit ?

Massacre. Programme d'éradication et d'humiliation. Pour Israël : 3 milliards d'aide étasunienne annuels avec un appui étasunien diplomatique, stratégique, militaire, commercial. Un soutien saoudien, turc, européen. Pour la Palestine, un soutien frelaté, contradictoire et surtout contreproductif de l'Iran, aucun soutien arabe concret, quelques gauchistes de par le monde qui font ce qu'ils peuvent pour protester ...

Appeler cette situation du nom de conflit c'est non seulement perpétuer un non-sens, un mensonge, c'est encore faire le jeu des cyniques et des fascistes en repositionnant cette situation dans les termes de l'agresseur, et non ceux de l’agressé.C'est oublier aussi que le colonialisme israélien s'établit aussi avec l'aide de la sphère économique et tout le poids des entreprises internationales, notamment françaises.

Il n'y a pas de conflit, il n'y a aucunement une guerre entre Palestinien-nes et israélien-nes, il y a une agression unilatérale de l’État hébreu, vers la population palestinienne : au moyen de frappes et du siège de Gaza, et de morcellement, humiliation, colonisation de la Cisjordanie. On ne peut appeler ça une guerre que si on intègre des intérêts tiers, tels qu'évoqués plus haut. Il y a donc une résistance à l'agression, au morcellement, une situation d'apartheid. Dire qu'il y a une guerre c'est utiliser le terme employé par Israël pour justifier sa politique : guerre = défense. La guerre suppose une agression et justifie qu'on organise des frappes et autres tactiques offensives (l'attaque état la meilleure des défenses...).

Manuel Valls, dans sa furie d'exister médiatiquement ne s'y est pas trompé. Avec le même cynisme que celui d'un Netanyahu, il se fend d'un tweet aujourd'hui où il évoque le "droit" d'Israël à se "défendre" (ce qui suppose l'agression). Et plus grave, il encourage le gouvernement à interdire les manifestation de soutien au ... Hamas ! Alors que les manifestations sont toutes en soutien au peuple palestinien.

Évidemment.

Parler de guerre, c'est le langage israélien. Ça ne peut pas être le nôtre, si nous nous disons du côté des Palestinien-nes.

On admire, dans la Bible le "peuple à la nuque roide" qui se bat contre tous. David contre Goliath, celui qui se lève contre Pharaon.

On admire l'insolence et la détermination des Hébreux contre Babylone, la Perse, les Grecs, puis enfin les Romains.

A tel point que ces mythes - Misac, Sidrac et Abdendago résistant au roi de Bablyone, les Frères Macchabée guerroyant contre la Syrie - tous ces icônes, emblèmes, ont pu inspirer non seulement les juifs résistant aux oppresseurs de tous temps, mais encore, les cathares persécutés, les protestants persécutés, les esclaves noirs persécutés, inspirer les jacqueries anglaises qui ont essaimé du 14ème siècle jusqu'au temps modernes, les Hussites de Bohème, jusqu'à la culture rasta ...

Soit.

Sauf qu'Israël n'est pas le peuple hébreu persécuté, il est un état, avec une raison d'état, c'est à dire avec la violence comme instrument premier. Il est le tyran. Israël aujourd'hui c'est Babylone, c'est César, et Massada... eh bien Massada c'est Gaza. A une différence de taille prés. C'est qu'à Gaza et en Cisjordanie, il n'y a pas de suicide de masse à la fin. Non. Il y a une lutte qui ne finit pas, une résistance qui continue.

Le peuple à la nuque roide aujourd'hui, l'honneur de la résistance, le courage, les lions, les héros ce sont les palestinien-nes.

Et ça fait 73 ans que c'est le cas.

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