15 mai - Palestine toujours. Palestine avec les mots de Mahmoud Darwisch

Salue notre maison pour nous, l'étranger Les tasses de notre café sont encore en l'état Y sens-tu l'odeur de nos doigts?

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"Nous aussi nous aimons la vie quand nous en avons les moyens."

En ce 15 mai 2021, alors que les morts s'ajoutent aux morts

 

A côts des combats ouvriers, j'ai découvert la nécessité des engagements politiques très jeune, avec les morts de la 1ère guerre mondiale, et le fascisme et le génocide de la 2ème. A côté des combats ouvriers, j'ai découvert très tôt la Palestine . Ce combat a toujours été, est toujours pour moi accompagné des mots de Mahmoud Darwich.

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Jean Asselmeyer : Nous aussi nous aimons la vie quand nous en avons les moyens https://www.facebook.com/watch/?v=732039863524622

Les portraits sont de Mustapha Boutadjine et Ernest Pignon-Ernest

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Ernest Pignon-Ernest Ernest Pignon-Ernest

PSAUMES (extraits) - I

Ma peau s'est collée à ma gorge. Sous mes fenêtres passe
le vent vêtu de gardes. Et l'obscurité n'a pas d'heure.
Lorsque les soldats lâcheront mes mains,
J'écrirai quelque chose…
Lorsqu'ils lâcherons mes pieds,
Je ferai quelques pas…
Et lorsqu'ils tomberont de mes yeux,
Je te verrai… Je verrai à nouveau ma silhouette.
Je te chante ou ne te chante pas.
Tu es le seul chant, et si je me taisais, tu me chanterais.
Et tu es
L'unique silence.

La terre nous est étroite

Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l'aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, Ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu'ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts.

La terre nous est étroite

Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l'ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l'espoir.

Une mémoire pour l'oubli

Le vieil ami pakistanais, Fayez Ahmad Fayez, se préoccupait d'une autre question: où sont les peintres?
- quels peintres, mon cher Fayez? lui ai-je demandé.
- les peintres de Beyrouth.
- qu'est-ce que tu leur veux?
- qu'ils peignent cette guerre sur les murs de la ville.
- qu'est-ce qu'il t'arrive? tu ne vois pas qu'il n'y a plus de murs?

Une mémoire pour l'oubli

Châteaux et places fortes ne sont que tentatives pour conserver des noms qui craignent de ne pas survivre à l'oubli, pierres levées contre l'oubli, remparts dressés contre l'oubli. Personne ne souhaite oublier, ou plus exactement personne ne souhaite être oublié. Plus pacifiquement, on fait des enfants pour qu'ils portent un nom, pour qu'ils reprennent, de leurs pères, le fardeau d'un nom, ou sa gloire. Longue histoire que cette recherche d'une marque à poser sur le temps et les lieux, que cet effort pour donner un peu d'assurance aux noms et les aider à affronter les longues caravanes de l'oubli.
Pourquoi demande-t-on à ceux que les vagues de l'oubli ont rejetés sur les rivages de Beyrouth de faire exception aux lois de la nature humaine? Pourquoi leur demande-t-on tant d'oubli? Qui peut leur fabriquer une mémoire nouvelle, ombre brisée d'une vie lointaine dans un carcan de métal hurlant?
Y a-t-il au monde assez d'oubli pour qu'ils oublient?

La Terre nous est étroite et autres poèmes

LE MORT N° 18 Extrait 3

Je te donnerai tout.
L’ombre et la lumière,
L’anneau des noces et tout ce que tu désires,
Un jardin d’oliviers et de figuiers,
Et la nuit, je te rendrai visite, comme à l’accoutumée.
J’entrerai, en rêve, par la fenêtre… et je te lancerai une fleur de sambac.
Et ne m’en veux pas si j’ai quelque retard.
C’est qu’ils m’auront arrêté.
L’oliveraie était toujours verte.
Était, mon amour.
Cinquante victimes
L’ont changée en bassin rouge au couchant… Cinquante victimes,
Mon amour… Ne m’en veux pas…
Ils m’ont tué… Tué
Et tué…

 

En mars, l'année de l'Intifada, la terre
Nous a divulgué ses secrets sanglants. En mars, cinq fillettes sont passées devant les lilas et les fusils. Debout à la porte d'une école primaire, elles se sont enflammées de roses et de thym du pays. Elles ont inauguré le chant du sable. Sont entrées dans l'étreinte définitive. Mars vient à la terre des entrailles de la terre, il vient, et de la danse des jeunes filles. Les lilas se sont légèrement courbés pour que passent les voix des fillettes. Les oiseaux ont tendu leur bec en direction de l'hymne et de mon cœur.

(Extrait de : "Le poème de la terre")

Le lieu n’avait d’autres attaches que les lilas de Chine
Lorsque les camions sont venus de la mer
Nous préparions la provende de nos vaches
Nous rangions nos jours dans des armoires fabriquées de nos mains
Nous recherchions l’affection du cheval
Et nous faisions signe
A l’étoile errante

Nous aussi, nous sommes montés dans les camions
L’éclat de l’émeraude dans la nuit de nos oliviers

Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin

Pense aux autres Extrait 1

Quand tu prépares ton petit-déjeuner,
pense aux autres.
(N'oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.
(N'oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d'eau, pense aux autres.
(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison,
pense aux autres.
(N'oublie pas le peuple des tentes.)
...

Au dernier soir sur cette terre

Un temps long passera avant que, pareil à nous-mêmes, notre présent devienne un passé. Nous irons tout d'abord à notre mort, et nous défendrons les arbres qui nous habillent et la cloche de la nuit, nous défendrons la lune que nous désirons au dessus de nos cabanes. Et l'étourderie de nos gazelles défendrons, la glaise de nos poteries et notre plumage dans l'aile des chansons dernières. Sous peu vous édifierez votre monde sur le nôtre. De nos tombes vous tracerez les chemins vers les satellites. Voici venu le temps des industries. Le temps des métaux. Du charbon jaillit le champagne des puissants. Et il y a morts et colonies, morts et bulldozers, morts et hôpitaux, morts et radars surveillant des morts qui plus d'une fois s'éteignent dans une vie, des morts qui survivent après trépas, des morts qui enseignent la mort au monstre des civilisations, et des morts qui trépassent pour transporter la terre au-dessus des restes des défunts. O maître des Blancs, où emportes-tu mon peuple et le tien? Vers quel gouffre ce robot hérissé d'avions et de porte-avions entraîne-t-il la terre? Vers quel gouffre béant montez-vous ? Et tout ce que vous désirez vous échoit. La nouvelle Rome, la Sparte de la technologie et l'idéologie de la folie. Et nous, nous fuirons un temps pour lequel nous n'avons pas encore apprêté notre obsession. Nous nous en irons vers la patrie de l'oiseau, volée d'humains avant-coureurs. Des gravats de notre terre, nous verrons notre terre ; des trouées dans les nuages, nous verrons notre terre; de la paroles des étoiles, nous verrons notre terre; et de l'air des lacs, du duvet du maïs fragile, de la fleur des tombes, des feuilles de peuplier, de tout ce qui vous encercle, ô Blancs, morts qui trépassent, morts vivants, morts qui ressuscitent, morts qui divulguent le secret. Laissez donc un sursis à la terre. Qu'elle dise la vérité, toute la vérité. Quant à vous, quant à nousQuant à nous, quant à vous.

Rien qu'une autre année

Je suis le témoin de la boucherie
et le témoin de la carte
je suis le fils des mots simples
j'ai vu pousser les ailes aux cailloux
et la rosée se transformer en armes
Lorsqu'ils ont refermé sur moi la porte de mon coeur
ont dressé des barrages dans mon corps
y ont instauré le couvre-feu
le quartier de mon enfance a ressuscité dans mon coeur
mes côtes sont devenues les pierres de ses maisons
les oeillets se sont ouverts
les oeillets se sont ouverts

Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude

C’est un présent hors du temps
C’est un présent privé de lieu

Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin

Et les mêmes journaux : les nouvelles d'hier, et un monde
qui flotte sur les morts comme d'habitude /

La trace du papillon

La fillette / le cri

Sur la plage, une fillette. La fillette a des parents, ses parents ont une maison, la maison a une porte et deux fenêtres.
En mer, un bâtiment de guerre joue
à la chasse aux piétons sur la plage:
quatre, cinq, sept personnes
tombent sur le sable mais la fillette en réchappe de justesse.
Une main de brume,
Une main providentielle, l’a secourue. Elle crie: Papa !
Papa ! Lève-toi et rentrons. La mer n’est pas pour nos semblables !
Gisant sur son ombre dans le tourbillon de l’absence,
le père ne répond pas.

La Terre nous est étroite et autres poèmes

Fresque sur le mur - Extrait 1

L’oliveraie était verte, autrefois.
Était… Et le ciel,
Une forêt bleue… Était, mon amour.
Qu’est-ce qui l’a ainsi changée ce soir ?

Ils ont stoppé le camion des ouvriers à un tournant.
Calmes,
Ils nous ont placé face à l’est… Calmes.
… 

Mahmoud Darwich

"Ma patrie est une valise."

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