Rosa Luxemburg et la Commune. Si jamais...

Si jamais, dans le chaos de la politique quotidienne, les prolétaires ... devaient se sentir épuisés sur la route poussiéreuse et monotone de la vie et durant un instant désespérer de leur force, il existe un moyen sûr de dépasser ce sentiment : jeter un regard sur le trajet déjà parcouru sur le chemin de leur histoire ... 18 mars 1912

Rosa Luxemburg, Stuttgart 1907 Rosa Luxemburg, Stuttgart 1907
Rosa Luxemburg écrit le 18 mars 1912 un article intitulé "Tempêtes de mars" qui commence par ces mots :

"Si jamais, dans le chaos de la politique quotidienne,  les prolétaires en viennent à perdre la mesure des choses, si jamais, ils devaient se sentir épuisés sur la route poussiéreuse et monotone de la vie et durant un instant désespérer de leur force, il existe un moyen sûr de dépasser ce sentiment : jeter un regard sur le trajet déjà parcouru sur le chemin de leur histoire, sur lequel s’inscrivent, tels de grands repères, les plus importantes luttes révolutionnaires du prolétariat. La classe ouvrière a toutes les raisons pour toujours accorder l’attention la plus sérieuse aux dates anniversaires de son histoire. Ne sont-elles pas pour nous le grand livre, qui nous donne des indications pour aller plus loin, qui nous permettent d’apprendre à éviter les anciennes erreurs et à détruire les nouvelles illusions."

Tempêtes au pluriel car si le 18 mars est  la date de la Commune, elle est aussi la date symbole du début de la Révolution de 1848 en Allemagne. Et en ce 18 mars 1912, Rosa Luxemburg se bat contre le réformisme politique et syndicale dominant, qui veut effacer des mémoires les commémorations révolutionnaires, comme aussi le 1er mai. Elle écrit ce long article pour dénoncer le silence, l'obstruction du parti - cela ne nous rappelle-t-il pas aujourd'hui . Elle rappelle aux prolétaires, auxquels s'adressent ses discours et ses articles, ce que cette date représente de combat, et ce qu'ils peuvent en tirer d'enseignement. L'article évoque la Commune par ces mots :

Le mois de mars a donné une autre importante leçon aux prolétaires en lutte. Le 18 mars 1871, le prolétariat parisien a pris le pouvoir dans la capitale française, abandonnée par la bourgeoisie, menacée par les Prussiens et a érigé la glorieuse Commune. L’action pacifique et bienfaisante des travailleurs à la tête de l’État précipité par ses classes dirigeantes dans le tourbillon du chaos criminel de la guerre et des défaites dévastatrices ne dura que deux mois. La bourgeoisie française, qui dans sa lâcheté, s’était enfuie devant l’ennemi étranger, se reprit pour mener, avec ce dernier, un combat à la vie à la mort contre « l’ennemi de l’intérieur », contre le prolétariat parisien. Lors de “la semaine sanglante” de mai, la Commune prolétaire fut anéantie, dans un terrible massacre, sous des ruines fumantes, des montagnes de cadavres, les  gémissements de vivants enterrés avec les morts, les orgies de la bourgeoisie avide de vengeance. Une pelouse sans ornement au pied du mur extérieur du cimetière parisien du Père Lachaise, où partout régnait le marbre, voilà tout ce qui semblait rester les premières années de la Commune. Mais de cette tranquille pelouse, surgit bientôt pour les prolétaires des deux mondes la grande tradition sacrée et un double enseignement acheté au prix du sang de dizaines de milliers d’entre eux. Il n’y a pas de place pour un pouvoir politique du prolétariat dans les conditions de l’ordre social bourgeois : mais il n’y a pas non plus de possibilité d’abolir ces conditions tant qu’elles n’auront pas atteint leur maturité. La classe ouvrière ne parviendra pas à défendre sa cause en suivant des rêves fumeux, en imaginant qu’un changement soudain de circonstances lui permettra d’occuper une place politiquement décisive, cela ne sera possible que par une opposition révolutionnaire constante à cet Etat.

Elle conclut ce passage  par cette leçon à ne jamais oublier

Et si la Commune de Paris, par la trace lumineuse de sa brève existence et de sa chute héroïque est restée à jamais un exemple de ce que les masses populaires révolutionnaires ne doivent pas reculer devant la prise du pouvoir même si l’heure de l’histoire n’a pas encore sonné pour assurer à ce pouvoir durée et victoire, elle est aussi un éminent témoignage de l’hostilité mortelle irréductible existant entre la société bourgeoise et le prolétariat, qui, gardant toujours à l’esprit le profond antagonisme qui l’oppose à l’ensemble de la bourgeoisie, ne peut remplir sa mission historique que par un combat décidé contre celle-ci toute entière.

Mon blog consacré à Rosa Luxemburg existe depuis décembre 2007 : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/

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Barricades à Berlin Barricades à Berlin

Barricades à Berlin 18/19 mars 1848

Traduction Dominique Villaeys-Poirré

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