A la quinzaine, Darwich en deux films - De J. Asselmeyer et de S. Bitton
22 sept., Cinémathèque de la Tarentaize, 19h. Deux films : "Nous aussi nous aimons la Vie". Lorsque Metropolis était encore cette émission culturelle unique, un sujet put être consacré par Jean Asselmeyer à Mahmoud Darwich. Une de ses seules apparitions sur le petit écran! Il sera suivi du film de S. Bitton, Mahmoud Darwich et la terre comme la langue. 23 sept. Table ronde, lecture D. ZEGHBAB
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Mahmoud Darwich dans "Nous aussi, nous aimons la vie", de Jean Asselmeyer
Agrandissement : Illustration 1
Jeu 22/09 à 19 h : LA CINÉMATHÈQUE DE TARENTAIZE. De l’aube au crépuscule s’égrènent les heures rythmées par l’habitude : la toilette, la préparation du pain, le soin porté au linge et les histoires qu’on aime à se raconter encore et encore. Une mère, son fils et la voisine Rita se croisent, s’entraident, ignorant la guerre, comme un acte de résistance, comme un hymne à la vie. Lecture par la compagnie Les Montures du Temps avec Anaîs CINTAS, Yanis AÏT-KAKI, Sabrina LORRE et Béatrice TREILLAND. Lecture suivie de la projection des films "Nous aussi nous aimons la Vie" en présence de Jean ASSELMEYER, réalisateur. Et de "Mahmoud Darwich, et la Terre comme la Langue" réalisé par Simone BITTON..
Et :
Ven 23/09 à 19 h : CHOK THÉÂTRE. Table ronde en présence des membres des collectifs BDS et UJFP, ainsi que de Jean ASSELMEYER, réalisateur et membre de Artists for Palestine. Pour le grand public, ce qu'il est convenu d'appeler le "conflit israélo-palestinien" est une question complexe. Pourtant la cause palestinienne est assez simple : il s'agit d'une lutte pour l'égalité des droits, contre l'occupation et la colonisation, pour l'abolition de l'apartheid. Rencontre suivie d’une lecture de textes par Djamila ZEGHBAB, comédienne.
Nous aussi, nous aimons la vie ... Si on nous en donne les moyens de Jean Asselmeyer.
En la présence du réalisateur.
Arte annonce ainsi le samedi 2 mars 2002 la programmation à 21.40 du sujet sur Mahmoud Darwich dans son émission culturelle phare, Métropolis coordonnée alors par Pierre-André Boutang et Peter Wien :
"Il est la voix de la Palestine et l’un des plus grands poètes arabes contemporains. Invité au Salon du livre et de la jeunessse de Montreuil, il a accordé un entretien à Jean Asselmeyer. Sa vie et son œuvre sont m arquées par l’exil. A l’image de son peuple, il n’est pas tout à fait libre de ses mouvements. Récemment, il n’a pas pu se re n d re au Festival du livre à Ta n g er. Pourtant, pas de haine dans les propos de Mahmoud Darwich, qui lit et parle couramment l’hébreu, mais une aspiration à vivre l i b re dans son pays. « Nous aussi nous aimons la vie », dit l’un de ses poèmes, qui conclut : « Nous aussi nous aimons la vie… quand nous en avons les moyens !" Ce qui n'empêchera pas Arte de programmer dans la même émission ... un sujet sur un auteur israélien! Donner la parole au seul Palestinien Mahmmoud Darwich, était-il impossible? Ce sera d'ailleurs une des seules apparitions de Mahmoud Darwich à la télévision française.
Il convient ici de rendre hommage à Pierre-André Boutang dont l'émission fut confiée un jour ... à d'autres, et qui est aujourd'hui disparu.
Ce court film a ensuite accompagné nombre d'hommages, de lectures et de luttes pour la Palestine. Souvent en la présence du réalisateur. Souvent aussi avec celle d'Abeer Hamad présente sur cette quinzaine.
Jean Asselmeyer parle ainsi de Mahmoud Darwich : "Ce portrait de Mahmoud Darwich que j'ai eu la chance de réaliser en 2002, se compose d'une interview que l'on pourrait résumer ainsi : "La Palestine comme métaphore" pour reprendre ses propres termes, ainsi que de lectures de ses poèmes par la comédienne Behi Djanati Ataï . C'est Elias Sambar qui a assuré la traduction des propos de Mahmoud Darwich. ... Il fut un grand Artists for Palestine, mais aussi un grand Artist From Palestine. Sa poésie et ses réflexions sur celle-ci touchent à l'universel et n'ont rien perdu de leur actualité. Mahmoud Darwich appartient à la mémoire de ce peuple qu'Israël tente de détruire de Jenine à Ghaza et qui résiste sous les bombes assassines». https://www.djazairess.com/fr/latribune/108123
2002, c'est aussi l'état de siège à Gaza Mahmoud Darwich écrit le poème du même nom
Le texte complet est en fin d'article.
"Le siège est attente Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête
."
"Seuls, nous sommes seuls jusqu’à la lie S’il n’y avait les visites des arcs en ciel."
"Dans l’état de siège, le temps devient espace Pétrifié dans son éternité Dans l’état de siège, l’espace devient temps Qui a manqué son hier et son lendemain."
"Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit pas, en toute liberté !!"
Mahmoud Darwich et la terre comme la langue
Très beau film de Simone Bitton
Synopsis du film
On a du mal à se représenter, en Occident, l'immense popularité dont jouissent les poètes en Orient. Du Moyen-Orient à l'Afrique du Nord, non seulement on lit plus de poèmes que de romans, mais aussi on considère la poésie comme un art vivant et devant être déclamé sur scène par les auteurs. Lorsque Mahmoud Darwich donne un récital poétique au Caire, à Beyrouth ou à Alger (mais aussi à Paris ou à Londres), des foules considérables viennent scander ses vers avec lui. Il arrive même (ce fut le cas récemment à Casablanca) que la voix du poète doive être retransmise par haut-parleurs dans les rues avoisinantes pour satisfaire l'ardeur des amateurs. Notre ambition est que ce film réussisse à faire comprendre cette ferveur populaire, à faire partager l'émotion née des mots et du rythme inimitable de Darwich, tout en permettant au spectateur d'appréhender son œuvre dans sa globalité, dans son contexte historique et culturel.
Il nous fallait trouver une langue pour dire l’exil. Celle forgée par le poète palestinien Mahmoud Darwich donna voix pour tout un peuple à la blessure collective qui le sépare de sa terre perdue. De la Russie, au Liban, de l’Egypte à la France, puis aux États-Unis où il décéda en 2008, la langue était devenue pour Darwich cette maison où il devait faire de l’étranger qu’il découvrait en lui un art vivant. Par-delà les engagements de l’homme, Simone Bitton éclaire la vigueur d’une parole incarnée. Elle su rencontrer dans le monde arabe et au-delà une résonance et une ferveur populaires incomparables, faisant de sa poésie un lien entre l’expérience intime et sa réception universelle. JB
2002, il y a 20 ans donc , c'était l'état de siège à Gaza
Le Monde diplomatique publie un poème inédit de Mahmoud Darwich écrit à Ramallah, en janvier 2002 par Mahmoud Darwich
Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps Près des jardins aux ombres brisées, Nous faisons ce que font les prisonniers, Ce que font les chômeurs : Nous cultivons l’espoir.
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Un pays qui s’apprête à l’aube. Nous devenons moins intelligents Car nous épions l’heure de la victoire : Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage. Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière Dans l’obscurité des caves.
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Ici, nul « moi ». Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.
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Au bord de la mort, il dit : Il ne me reste plus de trace à perdre : Libre je suis tout près de ma liberté. Mon futur est dans ma main. Bientôt je pénètrerai ma vie, Je naîtrai libre, sans parents, Et je choisirai pour mon nom des lettres d’azur...
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Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison, Pas de temps pour le temps. Nous faisons comme ceux qui s’élèvent vers Dieu : Nous oublions la douleur.
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Rien ici n’a d’écho homérique. Les mythes frappent à nos portes, au besoin. Rien n’a d’écho homérique. Ici, un général Fouille à la recherche d’un Etat endormi Sous les ruines d’une Troie à venir.
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Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez, Buvez avec nous le café arabe Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons Sortez de nos matins, Nous serons rassurés d’être Des hommes comme vous !
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Quand disparaissent les avions, s’envolent les colombes Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel Avec des ailes libres, elles reprennent l’éclat et la possession De l’éther et du jeu. Plus haut, plus haut s’envolent Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel Etait réel [m’a dit un homme passant entre deux bombes]
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Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant Le ciel de l’affaissement. Derrière la haie de fer Des soldats pissent — sous la garde d’un char - Et le jour automnal achève sa promenade d’or dans Une rue vaste telle une église après la messe dominicale...
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[A un tueur] Si tu avais contemplé le visage de la victime Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre A gaz, tu te serais libéré de la raison du fusil Et tu aurais changé d’avis : ce n’est pas ainsi qu’on retrouve une identité.
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Le brouillard est ténèbres, ténèbres denses blanches Epluchées par l’orange et la femme pleine de promesses.
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Le siège est attente Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.
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Seuls, nous sommes seuls jusqu’à la lie S’il n’y avait les visites des arcs en ciel.
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Nous avons des frères derrière cette étendue. Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et pleurent. Puis ils se disent en secret : « Ah ! si ce siège était déclaré... » Ils ne terminent pas leur phrase : « Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. »
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Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour. Et dix blessés. Et vingt maisons. Et cinquante oliviers... S’y ajoute la faille structurelle qui Atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.
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Une femme a dit au nuage : comme mon bien-aimé Car mes vêtements sont trempés de son sang.
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Si tu n’es pluie, mon amour Sois arbre Rassasié de fertilité, sois arbre Si tu n’es arbre mon amour Sois pierre Saturée d’humidité, sois pierre Si tu n’es pierre mon amour Sois lune Dans le songe de l’aimée, sois lune [Ainsi parla une femme à son fils lors de son enterrement]
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Ô veilleurs ! N’êtes-vous pas lassés De guetter la lumière dans notre sel Et de l’incandescence de la rose dans notre blessure N’êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?
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Un peu de cet infini absolu bleu Suffirait A alléger le fardeau de ce temps-ci Et à nettoyer la fange de ce lieu
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A l’âme de descendre de sa monture Et de marcher sur ses pieds de soie A mes côtés, mais dans la main, tels deux amis De longue date, qui se partagent le pain ancien Et le verre de vin antique Que nous traversions ensemble cette route Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes : Moi, au-delà de la nature, quant à elle, Elle choisira de s’accroupir sur un rocher élevé.
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Nous nous sommes assis loin de nos destinées comme des oiseaux Qui meublent leurs nids dans les creux des statues, Ou dans les cheminées, ou dans les tentes qui Furent dressées sur le chemin du prince vers la chasse.
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Sur mes décombres pousse verte l’ombre, Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre Il rêve comme moi, comme l’ange Que la vie est ici... non là-bas.
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Dans l’état de siège, le temps devient espace Pétrifié dans son éternité Dans l’état de siège, l’espace devient temps Qui a manqué son hier et son lendemain.
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Ce martyr m’encercle chaque fois que je vis un nouveau jour Et m’interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires Toutes les paroles que tu m’as offertes Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l’écho.
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Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie Sur terre, parmi les pins et les figuiers, Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.
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Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m’as-tu précédé. Moi d’abord, moi le premier !
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Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meubles frustes. J’ai posé une gazelle sur mon lit, Et un croissant lunaire sur mon doigt, Pour apaiser ma peine.
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Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit pas, en toute liberté !!
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Résister signifie : s’assurer de la santé Du cœur et des testicules, et de ton mal tenace : Le mal de l’espoir.
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Et dans ce qui reste de l’aube, je marche vers mon extérieur Et dans ce qui reste de la nuit, j’entends le bruit des pas en mon intention.
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Salut à qui partage avec moi l’attention à L’ivresse de la lumière, la lumière du papillon, dans La noirceur de ce tunnel.
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Salut à qui partage avec moi mon verre Dans l’épaisseur d’une nuit débordant les deux places : Salut à mon spectre.
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Pour moi mes amis apprêtent toujours une fête D’adieu, une sépulture apaisante à l’ombre de chênes Une épitaphe en marbre du temps Et toujours je les devance lors des funérailles : Qui est mort...qui ?
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L’écriture, un chiot qui mord le néant L’écriture blesse sans trace de sang.
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Nos tasses de café. Les oiseaux les arbres verts A l’ombre bleue, le soleil gambade d’un mur A l’autre telle une gazelle L’eau dans les nuages à la forme illimitée dans ce qu’il nous reste
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Du ciel. Et d’autres choses aux souvenirs suspendus Révèlent que ce matin est puissant splendide, Et que nous sommes les invités de l’éternité.
Mahmoud Darwich
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