Villaeys-Poirré
Je cherche à comprendre.
Abonné·e de Mediapart

114 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 mars 2021

Villaeys-Poirré
Je cherche à comprendre.
Abonné·e de Mediapart

Sabrina Lorre lit Rosa Luxemburg. "La Commune trahie par la "République".

On m'écrit après écoute "Un texte superbement actuel, dis-moi vite quand vous le publiez pour le faire circuler". Le texte est en effet des plus importants pour aujourd'hui. Et la lecture sensible par Sabrina Lorre en permet l'accès à ceux que lire peut freiner. Ne devrait-on pas plutôt d'ailleurs intituler ce texte : "La Commune assassinée par la République".

Villaeys-Poirré
Je cherche à comprendre.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Commune trahie par la République. Lecture Sabrina Lorre. Captation Seghir Zouaoui. © Villaeys-Poirré

Un message ce matin : "un texte superbement actuel". Deux mots qui conviennent aux textes de Rosa Luxemburg de manière générale, mais en particulier à celui-ci. Et il faut ajouter précis et juste. L'utilisation d'une pseudo République, d'une pseudo Démocratie pour tromper et pacifier les exploités et asseoir le pouvoir des exploiteurs ne reste-t-il pas de mise? Et ne leur faut-il pas pour cela réprimer et assassiner hier comme aujourd'hui. Vous trouverez le texte  dans le précédent billet du blog et plus bas dans celui-ci. Rosa Luxemburg l'écrit en 1908.

Mais je voulais vous parler avant de la lecture. Il y a presque dix ans maintenant, je rencontrais Sabrina Lorre. L'une de ces rencontres sensibles que mon travail sur Rosa Luxemburg  m'ont permises . Elle avait initié en avril 2014 (on s'apprétait à commémorer alors la boucherie que Rosa Luxemburg a tant combattue), à Saint-Etienne une "Quinzaine Rosa Luxemburg".

Qu'est-ce qu'une Quinzaine selon Sabrina Lorre. Je le découvris : un événement auquel chacun pouvait participer, des chercheurs à unE inconnuE qui venait de découvrir à cette occasion les lettres de prison et en lisait une maladroitement devant tous. Pièce de théâtre au Chock théâtre, conférences, débat sur la traduction, un jardin éphémère, un débat sur la prison, un film (celui poétique et politique de Valérie Gaudissart), des poèmes, des tableaux, des ateliers et ... de la musique sous toutes ses formes, classique, rap, chansons et concours de slam ... Tout cela avec une idée de base : le prix libre, tant pour les repas préparés par tous que pour les prestations. Il m'a semblé à moi qui ne connaissait pas la ville, que tout Saint-Etienne sensible et qui pense s'était réuni là.

Alors quand en décembre, je me lance dans la recherche sur Rosa Luxemburg et  la Commune, sachant combien lire des textes est pour certains peu évident, nous avons décidé de leur lecture. 12 enregistrement existent déjà, les lectures publiques sont souhaitées. Je la remercie pour ce nouveau travail en commun. Pour voir la Quinzaine et ce qui a suivi, visiter le site : http://quinzainerosaluxemburg.blogspot.com/2014/06/detranges-citations-fleurissent-les.html 

Dominique Villaeys-Poirré

https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/ 

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/10-rosa-luxemburg-et-la-commune/ 


Le texte de Rosa Luxemburg :

Rosa Luxemburg avait participé auparavant à la révolution de 1905. Y avait été emprisonnée comme son camarade Leo Jogiches. Une nouvelle fois, la révolution avait été vaincue. Les réflexions de Rosa Luxemburg sur la révolution sont très nombreuses, elles portent sur ce siècle de révolutions qui part de 1789 en passant par 1848 et 1871 : déroulement, cause de leur échec, ce que l'on peut en tirer comme enseignement. De la "République", elle dit ici que la "République" n'est pas née comme par enchantement de la guerre avec la Prusse, mais de causes bien plus profondes, de la Commune elle-même et d'un siècle de révolution. Surtout que c'est la République, confisquée par la bourgeoisie, qui non seulement a trahi la Commune, mais l'a assassinée, sur son chemin vers la prise du pouvoir qu'elle veut cette fois définitive. Et pour cela il lui faut habiller son exploitation de mots "magiques" que les exploités peuvent accepter et qui doivent leur faire oublier leurs fantasmes de subversion et de justice sociale. La IIIe République, dit-elle, est une République sans Républicains, une supercherie qui maintient les exploités, les prolétaires dans l'espoir.

"Mais l’histoire appela pour la troisième fois le prolétariat français à accomplir la révolution bourgeoise et fit de lui l'initiateur de la Commune de Paris de 1871 - et de l’actuelle république française. La Troisième République que l’on explique de la façon la plus simple comme une conséquence naturelle, née d’elle-même sur les ruines morales et militaires du Second Empire lors de la guerre contre la Prusse, était en réalité le résultat de causes bien plus profondes, avant tout de la Commune de Paris ainsi que de tout un siècle de révolutions. La constitution républicaine et le gouvernement républicain de la France actuelle - il ne faut pas l’oublier – sont issus d'une Assemblée à majorité monarchiste. Et tout comme les élections de février 1871 ont donné la majorité aux monarchistes, la réaction la plus sanglante et la plus sauvage a régné sur toute la politique de cette honorable Assemblée qui a tenu pendant quatre ans la barre politique de la France, surtout après l'anéantissement de la Commune. Le climat politique de cette France bourgeoise, de la France de Thiers et de Favre, a été décrit de façon classique par Jules Guesde dans son remarquable pamphlet de 1872, dans lequel il dénonce le crime de Versailles et qualifie la France de " République sans Républicains".  La France bourgeoise de 1871 était une République sans Républicains, tout comme celles de 1792 et 1848. Et si néanmoins cette même bourgeoisie réactionnaire et monarchiste a fondé la Troisième République et cette fois pour toujours, la raison essentielle en était d’une part la peur qu'elle avait du prolétariat, la conviction donc après un siècle de révolution que le prolétariat momentanément vaincu ne pouvait être pacifié que par une constitution républicaine, et d’autre part la certitude que le prolétariat vaincu cette fois ne pourrait reprendre la barre de la République pour semer le désordre avec ses fantasmes « sociaux » et ses volontés de subversion dans cette société bourgeoise. Le journal “Rappel” a dévoilé clairement ce secret de la Troisième République dans son numéro du 4 avril 1874. On peut y lire : les travailleurs supportent leur misère dans le calme parce que le gouvernement se nomme républicain. « Ce mot exerce une influence magique sur l’esprit des travailleurs, cette supercherie les maintient dans l’espoir ». Rosa Luxemburg, Les enseignements des trois Doumas, 1908."

Merci de recommander sur ce site et de partager autant que vous le pouvez cette lecture. Villaeys-Poirré.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte