https://blogs.mediapart.fr/eric-louis-69/blog/310522/des-prolos-au-championnat-des-patrons
"Même le mot colère apparaît incongru à Frédéric Foli [un des patrons]un si beau jour. Stéphane a beau s’user le tempérament à lui expliquer que l’association est née à la suite d’un drame. La mort au fond d’un silo de Quentin Zaraoui-Bruat, cordiste de 21 ans, en 2017. Frédérique, la marraine de Quentin, n’est pas encore arrivée. Dommage. Elle aurait pu lui expliquer les raisons de la colère. Et au-delà, la rage éprouvée par les proches des victimes d’accidents du travail, confrontés au silence, à l’indifférence, au mépris, au cynisme des employeurs. Lui aurait-il opposé la responsabilité des victimes, antienne entêtante des chefs d’entreprises, pourtant responsables légaux de la santé et la sécurité de leurs salariés au travail ?"
"Les cordistes ne vous aiment pas. Frédéric Foli le sait. La sentence est lâchée. Vérité énoncée. Définitive. Sauf que les cordistes semblent lui donner tort. Tout au cours de ces deux jours, les cordistes passent. Et s’arrêtent. Beaucoup manifestent leur soutien. « Vous avez raison, on en a marre de se faire entuber ! » Les discussions s’engagent. Relatent des situations vécues. Et revécues, au fil des entreprises fréquentées. S’étale alors le ferment de la lutte. De la rébellion. Les sujets sont légion. L’hyper précarité, les salaires relativement bas, les déplacement insuffisamment indemnisés, les situations de travail insalubres ou dangereuses…"
"Martine est la mère de Régis, décédé en 2018 sur un chantier de la CAN, la plus importante entreprise de travaux en hauteur du pays. Émilie, la femme de Régis étant souffrante, elle est venue avec sa belle-fille, Jennifer, compagne de Wilfried, le frère de Régis.
Régis a été amené à utiliser un article pyrotechnique de catégorie P2 pour lequel il n’avait absolument aucune formation. Un explosif, pour faire court. Ceci afin de fracturer un rocher encombrant un chemin forestier. Il a reçu un fragment de roche à la tête, il est mort sur le coup. L’enquête du parquet est toujours en cours. L’affaire sera vraisemblablement renvoyée en audience pénale.
Durant 6 minutes, posément, calmement, dignement, Martine explique les raisons de l’accident de son fils. Pourtant, l’exercice est compliqué pour elle. Elle se fait violence. « Je vais vous apporter un témoignage très douloureux. Et c’est très douloureux pour moi aussi d’en parler. » annonce-t-elle en préambule."