Comment sauver la démocratie ?

Un monde où l'innovation est le maître mot, et qui ne peut innover dans le domaine démocratique, est un monde qui meurt. Le débat national, le RIC, Nuit Debout, toutes des idées intéressantes pour répondre au seul problème profond : sauver la démocratie. La gouvernance est archaïque, mais notre manière de faire la révolution l'est aussi beaucoup. Il faut aller plus loin, car le blocage est là.

Comment sauver la démocratie  ?

Le grand débat national, le RIC, Nuit Debout, toutes des idées intéressantes pour répondre au seul problème profond : sauver la démocratie. De belles idées qui rassemblent, qui ont fait avancer, mais à quelle vitesse ? Nous sommes à une époque où au delà du bien-fondé de nos idées, se pose la question du temps nécessaire pour que ces idées germent, poussent et fleurissent. La gouvernance est archaïque à bien des niveaux, mais notre manière de faire la révolution l'est encore beaucoup. Même si toute forme de résistance est absolument nécessaire et on ne peut que encourager cette force humaine, seule, elle ne suffit plus. Il faut aller plus loin, car le blocage est là.

La démocratie aujourd'hui se moque du temps qui passe, car le monde change rapidement, le vent tourne, la température fluctue et la pression atmosphérique nous compresse ou nous dépresse. Alors comment ne pas gaspiller toutes ces paroles, ces accords et ces belles idées ? Comment faire que les citoyens soient écoutés, écoutables et inoubliables ? Comment faire que le peuple trouve des trésors démocratiques, ne les oublie pas, les fasse prospérer et qu'elles viennent ensoleiller notre vie de citoyen avant que le ciel nous tombe dessus ?  

Il faut se poser cette question, et y répondre là, tout de suite. Plus par nécessité que par empressement, une nécessité de trouver et appliquer une solution avant qu'elle ne devienne dépassée. La démocratie d'aujourd'hui est fanée depuis bien longtemps, car elle n'a pas su s'adapter à une nouvelle atmosphère. La démocratie est lente, pauvre, saturée, parasitée et, il faut le dire, difficile à lire et à écouter pour nos dirigeants, d'où le fait qu'ils soient depuis des décennies à côté de la plaque.

Un monde où l'innovation est le maître mot, et qui ne peut innover dans le domaine démocratique, est un monde qui meurt.

Les sondages ? Demandez autour de vous : "As-tu déjà participé à un sondage ?". Il est certain que 99,9% diront non. Un instrument obsolète et facilement manipulable qu'il faut arrêter de prendre pour argent comptant, car créé dans une période où la représentativité était difficile. Notre démocratie est un vieux papyrus usé, alors visons à la transformer non pas en minitel mais en information quantique approchant la vitesse de la lumière. Un monde où l'innovation est le maître mot, et qui ne peut innover dans le domaine démocratique, est un monde qui meurt. Nous en sommes là. Et les solutions qui se diffusent sont déjà dépassées.

Un monde où on ne cesse de parler de rentabilité, d'efficacité, de trading haute fréquence, devrait donner à la parole et aux idées une valeur pour que nous la fassions fructifier. Ne le faisons pas, certains risquent d'enrichir leur vocabulaire, mais l'idée est là.

Cette démocratie a tout ce qu'il faut autour d'elle pour (re)devenir une forêt dense bien enracinée. Il suffit de prendre nos trésors pour en faire un usage démocratique. Un trésor, c'est une découverte sublime que tout le monde s'arrache et qui a tendance à devenir une beauté dénaturée.

Ce trésor, nous l'avons. Cet outil qu'est internet et le smartphone. Une véritable révolution sur la vie sociale humaine qui me révulse quand j'y vois qu'une utilisation vide de sens. Je me demande ce que serait le monde si lors de la création de la roue on ne faisait qu'y accrocher des chats pour les faire tourner à des fins de divertissements.

Nous avons un outil qui, de surcroît, est à la source de cette révolution forte et citoyenne des Gilets Jaunes, à la source d'actes nécessaires mais, malheureusement, encore trop archaïques et lents. C'est un outil magnifiquement utilisé par de nombreux Lanceur d'Alerte et Whistleblower. Un outil que les états et les grandes entreprises se font retourner contre nous pour y chaparder nos informations, les vendre et orienter nos vies et nos votes. Un outil parfois bien mieux utilisé par des gens mal intentionnés pour préparer des actes effroyables. Et si on l'utilisait pour la plus belle chose qui soit ? Rassembler les paroles, et lui donner un poids et une force démocratique.

Dans une époque où les impôts sont payés via internet, où les GAFA peuvent cibler nos habitudes de consommation, où en moins de 24h on peut recevoir une commande e-commerce, il est temps d'utiliser cette avancée de communication pour avoir un poids dans chaque loi. Il est vrai, 17% n'ont pas accès à internet mais statistiquement ils connaissent au moins une personne qui peut les aider, ou faire procuration. Facebook permet d'organiser des marches ou des mouvements de millions de personnes en 24h. Ces foules sont là et discutent. Cela balbutie très bien.

La tendance "donner pouvoir à" peut maintenant et doit être, elle, en voie d'extinction.

La parole peut technologiquement être entendue et rassemblée, pour mieux être lue et comprise. Se déplacer à l'urne pour élire présidents, députés et maires n'est pas au rythme de la vie d'aujourd'hui. Une assemblée avec des représentants date d'une époque bien lointaine. On peut doucement impliquer les citoyens au jour le jour via des votes et référendum sur des plateformes et applications dédiées et sécurisées. Le peuple à la source des décisions qui régissent sa vie, enfin entendu, sans représentant, c'est possible.  La tendance à donner pouvoir peut maintenant et doit être, elle, en voie d'extinction.

On peut facilement imaginer une application open source dont tout un chacun peut vérifier son code et son éthique (avec les compétences afférentes) afin d'assurer la véracité, le partage et la protection des idées de chacun. Des référendum numériques quotidiens ? Des votes citoyens directs ? Des écritures collaboratives de loi ? Ce n'est pas de la science fiction, mais une réalité déjà présente dans de nombreux domaines mais absente de l'une des plus importantes : la démocratie.

Il est facile d'imaginer, sur son trajet du matin, la lecture d'une proposition de loi sur des thèmes choisis et de donner son approbation ou non. Nous avons un accès inimaginable à l'information, nous sommes renseignés comme jamais dans l'histoire de l'humanité. Tout un chacun peut avoir un avis éclairé sur un sujet et accéder à ce qu'il lui faut pour approfondir sa pensée.

Il est agréable de penser qu'un gouvernement peut accéder directement à un avis vérifié, donné volontairement, et anonymement s’il le souhaite, par la population en fonction des classes sociales, âges, niveau d'études et autres…  Je préfère que des instances dirigeantes écoutent mon avis en fonction de ma classe sociale, plutôt que le e-commerce devine avant moi que ma copine est enceinte... Le débat humain, en chair et en os, doit rester vivant malgré tout. Le tout numérique et la distanciation ne peut être la solution parfaite mais poserait une base solide où une conclusion efficace à divers groupes de travail et débats.

Evidemment certains auront peur, vont crier au scandale, au piratage et à la manipulation alors qu'ils donnent leur numéro de Carte Bleue où de sécurité social à des multinationales. Toute révolution est un mélange d'espoir et de peur, cela bouscule et c'est pour le bien.

Il est question ici d'utiliser un outil formidable que nous voyons aujourd'hui seulement comme le danger de nos adolescents, les ficelles de nos gouvernements, les dollars des multinationales et les mensonges de nos amours. Nous oublions sa force pure, celui de rassembler, relier, partager, sécuriser et archiver débats, idées et discussions puis de notifier, si besoin, aux 8 milliards de citoyens du monde. Il est question ici d'espoir car tout est là, très proche. Une révolution puissante et pacifique est accessible juste là, aux bout des millions de doigts qui font défiler les caractères et les timelines des réseaux.  Nous manquons d'espoir, alors que les espoirs sont là. Et après, nous pourrons enfin regarder des vidéos de chats tranquillement. A moins qu'une loi numérique citoyenne l'interdise...

 

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