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Billet de blog 6 sept. 2022

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Réchauffement : et si Bernard devenait vegan ?…

Cette année a marqué la gravité et l’imminence croissantes du réchauffement climatique. Dans ce billet, je réfléchis au comportement de l'Humanité face à cette menace.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je pense à la planification écologique chère à Mélenchon : l’idée d’un pouvoir politique qui réorganise l’ensemble de l’économie en fonction d’objectifs de durabilité. En théorie, la notion n’a rien d’utopique : il arrive que les États mettent de côté la marche normale des affaires et réorganisent le fonctionnement de l’économie selon des motifs d’ordre public, dans le cadre d’économies de guerre, ou récemment pour lutter contre le coronavirus.

Mais le plus souvent, l’État se comporte comme une entité au service des grandes entreprises - désignés dans le discours journalistique sous l’euphémisme de « lobbies ». C’est aussi visible en matière de transport et de mobilité : le transport routier a beau être la première source d’émissions de CO2 sur le territoire français, aucune politique de report vers d’autres moyens de transport ni de restriction du trafic n’est menée à grande échelle.

Au contraire : d’Avignon à Rouen, de Castres à Montpellier, les projets de contournements autoroutiers, de barreaux routiers, d’entrepôts logistiques, sont légion. Ainsi, l'autoroute Toulouse - Castres est défendue par la Région Occitanie, mais aussi par l'Etat, qui l'a inscrite comme projet de priorité nationale dans la loi, les laboratoires Pierre Fabre (basés à Castres) le soutiennent, et avec eux, le petit monde du patronat local, la majorité des élus voire, sans doute, de la population. L'expérience montre pourtant que de nombreuses sous-préfectures, bien que « désenclavées » par une autoroute, n’en déclinent pas moins ; la desserte autoroutière peut même avoir un effet pervers, par exemple quand elle rend plus accessible la grande ville la plus proche, où l’offre commerciale est plus développée, ce qui ruine encore plus les boutiques des petites villes.

C’est ainsi : le réchauffement a beau poser des problèmes de plus en plus vertigineux, de l’approvisionnement en eau potable aux rendements agricoles voire au fonctionnement des centrales nucléaires, les milieux dirigeants poursuivent la construction d’autoroutes et d’aéroports. Sous le quinquennat précédent, certes, le gouvernement a abandonné deux grands projets : l'aéroport de Notre-Dame des Landes et l'autoroute A 45, entre Lyon et Saint-Étienne. En fait, ces décisions sont dues, pour la première, au risque politique qu’impliquait l’évacuation de la ZAD par la police, pour la seconde, à l’hostilité de Gérard Collomb, alors Ministre de l’Intérieur. Il s’agit donc de décisions rendus en opportunité plus qu’en principe, d’ailleurs, elles n’ont pas fait doctrine.

On évoque par ailleurs, un peu partout, un phénomène d’écoloanxiété qui gagnerait la population. Et une inquiétude diffuse se propage un peu partout, c’est vrai.

Mais ce qui me frappe c'est aussi une sorte d’écolo…inertie. Un ami praticien psychologue m’a confirmé qu’au sein de sa patientèle, le discours d’angoisse climatique émane pour l’essentiel de sujets de toute façon anxieux (sans le réchauffement, autre chose les inquiéterait). De fait, les gens qui pratiquent une modification substantielle de leur comportement pour diminuer leur empreinte carbone ne correspondent qu’à une fraction très limitée de la population, plus militante que la moyenne, ou d’éthique plus sévère.

Bien sûr, on ne saurait donner tort à la dite « fraction de population ». Mais au-delà des gestes individuels, c’est avant tout le volume de consommation global qui fait l’empreinte carbone d’un individu. Pour le dire autrement, même si Bernard Arnault était ou devenait vegan, il émettrait quand même plus de carbone qu’un ouvrier qui mangerait des steak-frites chaque jour à midi, du fait de la différence de train de vie. Le discours sur les petits gestes camoufle les différences de consommation selon la classe sociale, et de ce fait, aboutit à minorer la responsabilité des plus riches dans la crise écologique.

Il est d’ailleurs connu que la population aisée ne met que très peu en œuvre les petits gestes qu’elle aime tant prescrire aux petites gens ; ce n’est pas nouveau, le philosophe Sénèque raillait ces riches qui prêchaient à la plèbe un mode de vie austère, tout en vivant dans le luxe.

De fait, les trajets en jets privés qui ont fait scandale cet été sont un reflet extrême du mépris pour les considérations environnementales qui peut prévaloir dans la bourgeoisie, et, au-delà, dans l’ensemble de la population aisée. En effet, les gens qui avaient l’habitude de prendre l’avion commercial le reprennent, et si le trafic n’a pas encore rejoint celui de 2019, c’est surtout pour des problèmes d’offre – pénurie de personnel, prix du carburant, grèves. La consommation d’avion est une vigie du comportement de la population, car elle correspond le plus souvent à une clientèle aisée et à des déplacements de loisirs, qu’on peut facilement éviter, en allant moins loin ou en y allant avec un autre moyen de transport.

Quant à la jeunesse diplômée, une petite musique nous la décrit comme la plus écoloangoissée de l’Histoire. Pourtant, un article du site Reporterre nous montre des jeunes qui consomment plus de mode jetable, utilisent plus les nouvelles technologies, et selon une étude du CREDOC, la tranche d’âge entre 18 et 24 ans prend moitié plus l’avion que la moyenne de la population : la génération Greta, c’est souvent la génération Ryanair.

Il peut sembler désespérant qu’une génération plus éduquée que la moyenne, et, du fait de son âge, plus concernée par le réchauffement, ne modifie son comportement qu’à la marge, voire l’aggrave par rapport aux générations plus âgées.

Cela doit néanmoins nous rappeler que ce sont les paramètres économiques et sociaux, conséquences des grands choix d’aménagement et de la politique commerciale des grandes entreprises – dans l’exemple ci-dessus, compagnies aériennes et marques de vêtements, qui déterminent le comportement de tout un chacun. Il revient donc au pouvoir politique d’organiser une société plus sobre, et à la population de se mobiliser pour cela… cette même population qui, par son comportement, s’en fiche un peu : la quadrature du cercle ?

Bien cordialement,

Vincent Doumayrou,

Auteur du livre La Fracture ferroviaire - Pourquoi le TGV ne sauvera pas le Chemin de fer, Ed de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, d’articles pour Le Monde diplomatique et membre de l'association Ferinter.

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