«Je n'ai jamais pris l'avion de ma vie»

Les effets indésirables du tourisme contemporain ne sont pas un sujet à aborder lors des dîners en ville, surtout en cette période de vacances. L'irrésistible augmentation du trafic aérien apparaît toutefois difficile à concilier avec les bonnes résolutions en faveur d'une moindre dépendance aux carburants d'origine fossile et d'une limitation des émissions de gaz à effet de serre.

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Site d'origine : http://www.lowtechmagazine.be/
Traduit du néerlandais par Vincent Doumayrou
avec l'aimable autorisation de Kris De Decker, rédacteur en chef du site Low Tech Magazine
NB les photos qui accompagnent ce billet sont des ajouts personnels, qui ne figurent pas dans le texte d'origine.
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Ainsi, le Belge moyen consomme moitié autant de carburant en prenant l'avion qu'en roulant en voiture. Le nombre de passagers à l'aéroport national de Bruxelles a augmenté de 7 % en 2015, et ce chiffre se monte à 5,6 % à Amsterdam Schiphol. L'augmentation des croisières en navire est également une tendance dommageable du point de vue du développement durable.

Mais d'autres vacances sont possibles. Ainsi, jamais Dirk van den Berghe, originaire de la ville belge de Gand, ne s'est assis dans un avion et jamais il n'a quitté l'Europe. Détail significatif, il tient depuis cinq ans une boutique de guides de voyage à Anvers.

Des vacances sans l'avion ni la voiture de location c'est possible : ici la gare centrale de Plzen, en République tchèque © VD Des vacances sans l'avion ni la voiture de location c'est possible : ici la gare centrale de Plzen, en République tchèque © VD

Sur le plancher des vaches

Il propose une autre manière de voyager : plus près de chez soi, les pieds sur terre. Sa boutique propose, outre les guides de tourisme traditionnels, une impressionnante collection de cartes et de guides d'itinéraires de randonnées à faire à pied ou en vélo, dans toute l'Europe. On peut s'en faire une idée sur le site du magasin.

Une partie de ces routes part de Belgique ou des Pays-Bas, et des routes plus à l'écart sont toutes accessibles par les voie navigables, maritimes ou ferroviaires. (...)

La librairie est aussi un lieu de rencontre. Une grande table trône où les badauds peuvent feuilleter des livres et engager la conversation, et il s'y tient des conférences régulières.


...c'est même possible en transports publics (soyons fous !) : deux rames de tramway dans la même ville. © VD ...c'est même possible en transports publics (soyons fous !) : deux rames de tramway dans la même ville. © VD
Low Tech Magazine : pourquoi un tel concept ?
Dirk van den Berghe : une boutique de guides de voyage à visée écolo est presque une contradiction dans les termes, mais je fais une tentative en ce sens. J'ai 45 ans et jamais je ne suis sorti d'Europe. Je n'ai jamais pris l'avion de ma vie. Le développement de l'aviation à bas coûts est une aberration pure et simple, et il est curieux que des gens sensibilisés aux questions environnementales ne veuillent pas en avoir consience.
Les gens voient souvent midi à leur porte. Les mêmes qui critiquent volontiers les ouvrages sur les parcours à faire en 4X4 prennent l'avion pour passer deux semaines écolos au Pérou. Je me garde cependant d'une attitude de donneur de leçons, car cela ne sert à rien. Je souhaite juste être un exemple.

Avez-vous l'impression de passer à côté de quelque chose ?
Pas du tout. Quand je refuse de prendre l'avion, ma motivation principale n'est même pas liée au respect de l'environnement. En fait, cela ne m'intéresse pas d'arriver à un endroit de but en blanc. Je suis en voyage dès que je suis dans le pâté de maisons le plus proche de chez moi. Je ne veux pas être largué tel un extraterrestre au Pérou.

Vous vendez aussi des livres qui partagent votre approche. Comment vous situez-vous par rapport aux moeurs touristiques d'aujourd'hui ?
J'ai parfois du mal à comprendre. Des gens vont faire une randonnée en Nouvelle-Zélande pour y contempler le spectacle de la nature, lequel, pourtant, ne les intéresse pas dès qu'ils sont rentrés à la maison. Ils visitent des églises quand ils sont en voyage, sans connaître celles de leur terroir. A se demander ce qu'ils font habituellement...
Je visite des endroits qui m'intéressent, mais beaucoup de gens se disent plutôt : on le fait juste parce que c'est possible. Ainsi, j'ai eu beaucoup de questions sur la ville suédoise d'Abisko, que personne ne connaissait avant, puis qui est devenue une destination très recherchée parce... qu'une ligne d'avion a ouvert.

L'Hôtel de Ville de Plzen (toutes les photos qui suivent sont de Plzen aussi). © VD L'Hôtel de Ville de Plzen (toutes les photos qui suivent sont de Plzen aussi). © VD
La Grande Synagogue (l'une des plus grandes d'Europe centrale) © VD La Grande Synagogue (l'une des plus grandes d'Europe centrale) © VD
N'avez-vous pas d'intérêt pour les autres continents ?

L'exotisme ne me fait pas frissonner. Jamais vous ne verrez tout en Europe, tant ce continent recèle de diversité, tant vous pouvez vous y immerger dans la nature, la culture et l'histoire. Vous pouvez visiter le même endroit en différentes saisons, approfondir à l'infini la connaissance que vous avez d'un endroit. Les gens visitent chaque année un lieu différent. Mais s'ils le trouvent si beau que cela, pourquoi n'y retournent-ils jamais ? Par exemple, la Corse me fascine, je m'y immerge, j'y retourne et c'est à chaque fois une expérience renouvelée.

Propos recueillis par Kris De Decker, le 11 juin 2016.
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Mon commentaire : je partage la démarche de Dirk van den Berghe, non parce que je refuse l'avion en soi, mais parce que je refuse ce qu'il est devenu, à savoir le véhicule technique des moeurs touristiques des couches moyennes supérieures diplômées, qui méprisent les vacances du "beauf-en-marcel-au-Cap-d'Agde" alors qu'elles sont finalement aussi consuméristes (et polluent beaucoup plus) que lui. Il n'y aura pas de développement socialiste durable sans mise en question drastique de l'usage de l'avion.

 

La Cathédrale (sur la place centrale) © VD La Cathédrale (sur la place centrale) © VD
Une Maison à Plzen © VD Une Maison à Plzen © VD
L'usine de mon breuvage préféré (ne le dites pas à mon correspondant de Sécu) © VD L'usine de mon breuvage préféré (ne le dites pas à mon correspondant de Sécu) © VD
Bien cordialement,

Vincent Doumayrou,
auteur de la Fracture ferroviaire, pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill. Les Editions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007.
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Pour aller plus loin :
"Plus on est diplômé, plus on émet de CO2 en se déplaçant" : http://transports.blog.lemonde.fr/2014/11/03/plus-on-est-diplome-plus-on-emet-de-co2-en-se-deplacant/
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Ce blog est écocitoyen. Par conséquent, il utilise rarement des photos, et uniquement en format réduit. Les billets sont supprimés au bout d'une durée maximale de deux ans, à moins de présenter un intérêt particulier.
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J'ai pris toutes les photos jointes au mois d'avril à Plzen, où je suis allé... en train, en traversant l'Allemagne. Dans toute l'
Europe centrale, je me suis déplacé exclusivement en train, en transports urbains et à pied.
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Pour me contacter : vincent-doumayrou{a}laposte.net
Pour suivre mon gazouillement (photo de fond personnelle) : https://twitter.com/VDoumayrou
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