Fin d'année : la SNCF a des problèmes de trains complets

Voici quelques leçons a tirer du long week-end des Fêtes de Noël.

Une petit petit clin d’œil à défaut du bonheur, mais en ces temps troublés, on se contente de peu... j'ai réservé un déplacement de Nancy à Paris pour samedi, début du week-end de Noël, traditionnellement très chargé, un peu comme celui de la journée d'actions de grâces (en français : Thanksgiving) aux États-Unis... voici ce qu'affichait le site Oui-SNCF.com dans la matinée du 22 :

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Le site propose des TGV, des autocars et un train Intercités 100% Eco (lequel, pour rappel, est un train anciennement dénommé "Corail" et emprunte la ligne classique et non la ligne à grande vitesse). Eh bien le seul train (pardon, le seul véhicule) complet est l'Intercités 100% Eco.

Pendant des années, les milieux établis ont présenté le TGV comme le seul avenir pour le train de grandes lignes, et depuis la loi Macron, une petite musique en provenance des mêmes milieux nous assure que l'autocar serait une solution meilleure que le train (moins chère, plus confortable et même plus écologique, selon le Président François Hollande). L'anecdote ci-dessus n'a aucune valeur statistique mais semblerait-elle établir que la clientèle préfèrerait spontanément un train moins rapide mais moins cher qu'un TGV, et plus rapide et un peu plus cher qu'un autocar ?

L'Intercités en question est constitué de sept voitures Corail, dont cinq de seconde classe et deux de première, soit une capacité de l'ordre de 560 places, qui équivaut à presque dix autocars. Il permet un temps de parcours entre les deux villes de 2 h 50, un bon compromis entre le TGV (1 h 30 à 1 h 40) et l'autocar (plus de 4 h). On peut légitimement se demander pourquoi la SNCF n'a pas développé ces services d'Intercités 100% Eco plutôt que les autocars Macron.

En cette veille de Noël la SNCF a également reçu une volée de bois vert à cause des grands départs en gare de Paris-Bercy. La foule s'est présentée trop nombreuse d'où une cohue... qui concerne notamment des TER à destination de Dijon, en concurrence avec des TGV (tiens tiens...). La SNCF a mis en place des trains supplémentaires, mais en dernière minute, à l'arrache semble-t-il.

La première leçon à tirer est qu'en période de fêtes, les gens sont plus nombreux à voyager, surtout lorsque le 25 décembre forme un week-end prolongé qui correspond lui-même au premier jour des congés scolaires. La SNCF a assuré, circonstance atténuante semble-t-il, que cette configuration calendaire ne s'était pas produite depuis 2001... mais cela signifierait-il qu'elle oublie ce qui s'est produit il y a seize ans ? Ce serait un symptôme d'amnésie plutôt inquiétant dans une activité où tout se joue sur le long terme, en particulier le savoir-faire du personnel.

Certains voyageurs se sont plaints de "surréservation", or la notion n'a pas de sens à propos d'un TER, où la réservation n'est pas obligatoire (et est même souvent impossible) : sans réservation, pas de surréservation, ça tombe sous le sens.

Le problème concerne la gestion de foule dans une période très chargée. Il n'a rien de récent : dans mes archives, j'ai la mention d'une cohue à la gare Saint-Lazare qui s'est terminée en émeute, suite à un problème de gel, au mois de janvier... 1908. L'événement a nourri le débat sur le statut des Chemins de Fer de l'Ouest, qu'une loi promulguée au mois de juillet devait nationaliser.

Je reviens à mes moutons (qu'il convient de ne pas confondre avec les voyageurs). D'une façon générale, la SNCF a résolu le problème de la suraffluence en pointe en rendant la réservation obligatoire sur ses trains de grandes lignes. Dans ce contexte, lorsque la demande est plus forte que l'offre, le prix augmente pour inciter le voyageur à se reporter sur une période moins chargée, mais surtout, le système affiche "train complet", les voyageurs en surnuméraire ne peuvent pas réserver de place et n'ont pas la possibilité de voyager, par conséquent ils ne se présentent pas en gare.

En lui épargnant la mise en place de nombreux trains supplémentaires, cette solution constitue une sorte de commodité pour l'opérateur, mais c'est aussi une complexité supplémentaire pour le voyageur : certes, celui qui réserve est assuré d'avoir une place assise, mais le voyageur surnuméraire constate que le train est complet, il ne voyage donc plus du tout, ou est obligé d'avancer ou de reporter son déplacement ou de le faire avec un autre moyen de transport. Il est en quelque sorte renvoyé sur ses roses.

Tout à sa singerie du transport aérien, la SNCF commence à faire courir le bruit de la possibilité de réservation obligatoire y compris sur des TER, une solution aberrante qui serait une contrainte supplémentaire pour le voyageur... et que n'applique aucun autre pays d'Europe sur ses trains régionaux et assimilés. Cela montre que la SNCF ne sait pas gérer l'affluence en heure de pointe, qui fait pourtant partie de la base de son métier.

Cela rappelle l'obligation de présence à quai deux minutes avant le départ du train, imposée au voyageur depuis quelques années : la SNCF transforme la gestion d'un voyageur arrivé en dernière minute, un problème traditionnel de l'exploitation ferroviaire, en contrainte supplémentaire pour le voyageur. De la même façon, la généralisation de la réservation obligatoire à certains trains TER constituerait un symptôme supplémentaire de la perte de compétence au sein d'un système ferroviaire qui s'est longtemps voulu un modèle d'excellence.

Joyeuses Fêtes de fin d'année, avec ou sans cohue...

Bien cordialement,

Vincent Doumayrou,
auteur de La Fracture ferroviaire, pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill. Les Éditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007.
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Voici la reprise de l'actualité sur le site de France TV Info :
https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/sncf-pagaille-en-gare-de-paris-bercy_2528667.html
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