Qu'est ce qui nous fait courir ?

Pourquoi vouloir acquérir des richesses illimitées est-il absurde et dangereux pour autrui dans une vie qui elle est limitée.

Une vie dans un pays en paix peut sembler un long parcours sans embûche. Bienheureux sommes-nous, qui profitons d'un rythme biologique assez peu contrarié par les maladies et les morts violentes. La durée moyenne de l'existence est constituée de quatre grands pavés à peu près les mêmes pour tout le monde, une jeunesse d'apprentissage qui s'étale de 20 ans pour les travailleurs manuels à 30 ans pour les étudiants, une vie active qui se poursuit plus ou moins continûment  durant 30 à 40 ans selon l'état de santé, une retraite en condition d'autonomie de 20 à 30 ans suivie ou pas d'une période de grand âge sans autonomie n'excédant généralement pas 10 ans, le tout s'étalant  sur un laps de 70 à 100 ans, un laps, un instant qui dure à titre individuel mais un épiphénomène pour la planète.

Intéressons nous donc à la partie active, celle qui dure le plus longtemps mais qui n'en est pas moins assez courte, même si l'on se place du point de vue de l'individu. C'est dans cet intervalle que va se jouer l'essentiel de la création de richessse . Un être pauvre peut s'enrichir ou rester pauvre,  un riche peut devenir plus riche ou manger son capital. Selon les individus, le rapport au travail va pouvoir revêtir des enjeux totalement différents. La majorité, se fixant des objectifs mesurés, ne cherchera pas plus qu'à acquérir une maison ou un appartement et à pouvoir élever dignement ses enfants. Si toute la société se comportait ainsi, les conflits sociaux ne devraient pas être aussi nombreux, ni les guerres aussi répandues. Une catégorie, numériquement peu nombreuse, installe malheureusement les germes de la discorde et de l'inégaité. Il s'agit d'un certain type d'individus, insatiables, perpétuellement en quête de reconnaissance sociale et ou d'accumulation de biens. La soi-disant inéluctable course aux profits n'a pour certains pas de limites  en dépit de l'évidence du caractère borné de la vie, et encore plus borné de la période active de celle-ci. Mais qu'est qui les fait donc courir, comme les hamster dans leur roue ?

A bien y réfléchir, sans plagier monsieur Rabhi, la sobriété heureuse s'impose à nous comme la prose de monsieur Jourdain. Même si les cimetières exhibent certains mausolés extravagants signe d'une volonté de puissance au delà de la mort physique, peu nombreux sont celles et ceux qui pensent réellement pouvoir garder quoique ce soit de leur trésor acquis ou hérité en dehors du petit intervalle de lucidité et de maîtrise de ses moyens. De quoi est donc fait le bonheur de chaque jour, sinon de bons repas, de chaleur, d'amour,de vie intellectuelle et d'observation de son environnement ? En quoi, le pouvoir, les accumulations d'objets, de lieux de résidence, les voitures et ou les avions peuvent-ils rivaliser avec l'amour par exemple  ? Et la richesse n'a t-elle pas tendance à fausser les relations avec autrui, rendant ainsi plus dure et sèche l'existence ?

Et pourtant, les cas de délire de puissance abondent. Les petits patrons qui rêvent de créer de grands groupes industriels, les petits vignerons qui veulent devenir  crus classé de petits maires se muer en ministre, des curés en évêque, des présidents en président à vie etc...

Si nous arrivions à percer le mystère de cette insatisfaction chronique, la société ne s'en porterait que mieux, les élus seraient choisis parmi les meilleurs et on irait les trouver là où ils sont au lieu de ne pouvoir choisir qu'entre les ambitieux. Si on parvenait à expliquer aux milliardaires qu'ils ont accumulé du vent et que leur vie est presque fini sans qu'ils aient pu faire le tour d'eux-même, on éviterait peut-être aux pauvres d'être obligé de gâcher leur vie dans des conditions insalubres et à ne jamais obtenir le confort minimum pour profiter dignement de l'existence.

Avoir peu c'est risquer de manquer. Il y a peut-être d'anciens traumatismes vécus par nos ancêtres, par nous-mêmes parfois dans l'enfance, qui sont la source de cette inextinguible soif d'accumulation. Mais c'est un mal dont il faut nous guérir. Le dire, ne suffit pas, l'expliquer sans doute non plus. Il faut le montrer par l'exemple, car l'exemplarité est l'ossature de tout bon enseignement, car l'exemplarité est contagieuse, car la vertu qu'elle soit républicaine, religieuse ou humaniste, si elle est bien pratiquée, ne peut qu'infuser et diffuser autour d'elle. Si au lieu de redistribuer une partie de sa fortune une fois la concurrence piétinée, Bill Gates avait laissé s'épanouir une myriade de société informatiques partout dans le monde, sans chercher à atteindre cette hégémonie, combien d'emplois dans tous les pays auraient pu être crés avec un équilibre et une répartition harmonieuse de la création de richesse ? Les grands patrons pensent-ils vraiment que sans eux, les emplois n'existeraient pas ? Les excès de puissance créent frustration et inégalités. Les tentatives pour légiférer, empêcher les groupes de former des "trust" , limiter les héritages sont toujours contournées. Il ne peut donc y avoir qu'une solution collégiale, émanant de la société, désireuse de donner à chacun toute sa place mais rien que sa place. Cela se fera par l'enseignement à l'école, au lycée technique, général, à l'université, aux beaux-arts comme en école d'ingénieur,  cela se fera si l'on trouve le moyen de promouvoir les valeurs et non la démagogie dans nos fonctions électives, si l'on cesse de donner en exemple les gens qui ne vivent pas comme le comun des mortels mais comme des dieux qu'ils ne sont pas.

 

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