Et si on transposait le lexique de la sécurité au thème de l'écologie?

En réponse à la demande de Ségolène Royal de "réprimer très rapidement" le mouvement Extinction Rebellion.

Et si on transposait le lexique de la sécurité au thème de l'écologie?

En réponse à la demande de Ségolène Royal de "réprimer très rapidement" le mouvement Extinction Rebellion.

 © Banksy © Banksy

"Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent." George Orwell.

Le choix des mots employés pour caractériser une situation peut nous en révéler beaucoup sur les intentions réelles d’une personne. D’un côté, la force, l’ordre, la fermeté, un parti pris affiché en faveur de la police et du gouvernement. Pas de négociation, la situation est intolérable et doit cesser immédiatement. Tant pis pour les libertés, la sécurité prime, c’est pour le bien de tous.

De l’autre, un dilemme: l’environnement c’est mignon, mais il ne faudrait pas trop entraver nos bons citoyens, encore moins nos admirables entreprises! Il faut expliquer, inciter, proposer, mais jamais forcer, jamais contraindre. Il ne faut pas non plus culpabiliser, ce n’est quand même pas de leur faute si? Et puis ce n’est pas si urgent le réchauffement climatique… Un an de plus ou de moins après tout, ça change quoi? Bref, bienveillance, acceptation, respect du droit de tout à chacun de pourrir la planète tranquillement.

D’un coté, un empilement fordiste de lois sécuritaires, de l’autre, la stratégie des petits pas. D’un côté ça ne va jamais assez vite, de l’autre on ne saurait agir plus lentement.

Toutes ces réflexions soulèvent ainsi la question suivante: Mais que se passerait-il si on transposait le lexique de la sécurité au thème de l’écologie?



    La dépêche du Lundi Soir, le 08/10/2019:

 

Visiblement éprouvé par ces derniers mois, le président Français Emmanuel Macron, dans une allocution surprise au 20h de France 2, a déclaré hier qu’il avait entendu les défenseurs de l’environnement. Se voulant rassurant, celui ci s’est posé en défenseur du peuple français face à ces pollueurs qui saccagent la planète depuis trop longtemps. “Vos peurs, je les comprends” a t-il ainsi affirmé. Aux pollueurs, il a assuré qu’il se reprochait d’avoir mal expliqué, et leur a promis de faire preuve de plus de pédagogie. D’un ton plus martial, il s’est ensuite employé à affirmer que L’État français saurait se montrer à la hauteur de l’enjeu, qu’il ne laisserait pas pour autant quelques radicaux “dérégler le climat”. 

Il est du devoir de L’État Français de sécuriser la biodiversité et de garantir l’ordre naturel des choses, sur ce sujet nous serons intraitable.” a t-il encore réaffirmé.

Plus tard dans la soirée, c’est au tour d’Édouard Philippe, premier ministre, de montrer sa détermination: “Il faut rétablir l’ordre des choses! La terre doit se reposer!”, avant de demander des peines exemplaires contre  les entreprises qui oeuvrent à l’encontre de la nature.


Notre envoyé spécial a assisté aux audiences du 34ème tribunal de grande instance de Paris ce matin même. Aujourd’hui, pas de délinquants, pas de fraudeurs. Conformément à la volonté du gouvernement, passaient en comparution immédiate les PDG d’entreprises qui polluent. Éreinté par une garde à vue prolongée de 34h, Patrick Pouyanné, simple PDG comme un autre, tombe des nues: “Je ne comprends pas, je n’ai rien fait de particulier, je me suis rendu au bureau et les CRS me sont tombés dessus. Ils m’ont tout confisqué. Ils ont vu ma trottinette électrique, et ont considéré que c’était une arme par destination… Je rejoignais des amis pour le comité de direction du groupe Total, voilà qu’on nous accuse soudainement de groupement en vue de commettre des dégradations! La police bafoue toutes nos lois, on verse vraiment dans un régime policier”.  Paul Hudson, PDG de Sanofi, n’aura pas eu cette chance. Appréhendé au petit matin au volant de son 4x4 Diesel, les policiers ont préféré envoyer les grenades de désencerclement contre ce factieux. Si sa jambe n’a pas été complètement arrachée, ses chances de pouvoir conserver son pied gauche sont très minces. Une enquête de l’IGPN a rapidement été ouverte pour faire la lumière de cette situation, avant d’être rapidement refermée. “Il était évident que ce monsieur est monté au volant de son 4x4 avec l’intention de tuer l’environnement. Les policiers ont bien réagi” a déclaré l'enquêteur de l’IGPN.

Si nous en sommes arrivé là, c’est que les stratégies de maintien de l’environnement ont grandement évolué durant cet été. Devant faire face à des ultra-pollueurs radicalisés, prenant d’assaut notre planète, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a rapidement souhaité un changement de doctrine, pour répondre à ce danger d’un genre nouveau. “Ces gens sont prêt à tout, ils ne reculeront devant rien pour asseoir leur objectifs trimestriels. Les FDO étaient complètement dépassés, il fallait évoluer pour garantir la sécurité de l’environnement.

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Pour en revenir à Ségolène Royal - qui fut en son temps un défenseur zélé de la déchéance de nationalité -  peut-être que si nos politiques mettaient autant d’ardeur à écouter nos scientifiques qu’à empiler des lois sécuritaires pour cadenasser le pays, il n’y aurait pas besoin de “réprimer” les voix qui montent un peu partout dans la société pour infléchir la destruction de la planète auquel nous nous livrons chaque jour.

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