La société en marche, jusqu'ou va t-on pousser l'égoisme?

Jeune actif depuis maintenant un peu plus de deux ans, il m'apparait de plus en plus difficile de me sentir appartenir à cette France telle que voulue par une grande partie de la population, représentée entre autre (mais pas que), par le président Macron et sa majorité présidentielle. Réflexions en vrac sur l'image que renvoie notre société pour un jeune actif désabusé en 2018...

Jeune actif depuis maintenant un peu plus de deux ans, il m'apparait de plus en plus difficile de me sentir appartenir à cette France telle que voulue par une grande partie de la population, représentée entre autre (mais pas que), par le président Macron et sa majorité présidentielle. Réflexions en vrac sur l'image que renvoie notre société pour un jeune actif désabusé en 2018...

 

Le travail:

Diplôme depuis bientôt deux ans, j'ai eu l'occasion de travailler pendant un peu plus de deux ans en tant que développeur informatique au sein d'une grande entreprise pratiquant une forme de Lean Managment.

Malgré le contexte d'une entreprise somme toute très agréable, d'un travail bien rémunéré et peu stressant, la division ubuesque des taches voulue par le management de mon entreprise semble vite retirer tout attrait pour mon métier: Une personne sortie d'école de commerce est là pour réfléchir à ce qu'il faut faire (dans la startup nation on appelle ça un "product owner", c'est anglais ça fait pro), et toi tu es là pour éteindre ton cerveau et exécuter ce que l'autre personne peut imaginer mais pas réaliser. Dans cette vision du travail, le développeur informatique, réduit au rôle d'ouvrier 2.0 est donc considéré comme incapable de réfléchir à ce qu'il produit. Ajoutez à ça une division des taches en minuscules sous-parties toutes plus insignifiantes les unes que les autres et vous vous retrouvez vite avec un employé incapable de saisir l'intérêt des taches qu'il accomplit.

- "Tu as fait quoi de ta journée?"

"Bah... je ne sais pas"

A partir du moment ou on se retrouve incapable de voir à quoi à servi le travail accompli dans une journée, comment s'imaginer qu'un employé va se montrer motivé par son métier, et le réaliser correctement? Après un peu plus de deux ans de travail, le lean management m'apparait plus comme un méthode de gestion de la médiocrité: on retire tout sens au travail de ses employés et on met en place un nombre impressionnant de garde-fou pour essuyer les plâtres inévitables, puisque l'employé ne se sent plus concerné par rien.

L'inverse est probablement également vrai pour le diplômé d'école de commerce que l'on met en charge d'encadrer des gens malgré une méconnaissance absolue de leur métier.

Le premier constat d’égoïsme que je fais se retrouve donc avant tout au sein de l'entreprise: C'est l'intérêt de l'entreprise qui prime avant tout, souvent au détriment de ses employés. Qui s’intéresse au mal-être au travail quand on peut presser un peu plus les employés?1

L'auteur Matthew B. Crawford décrit par ailleurs avec beaucoup plus de justesse et de pertinence un ressenti similaire dans son livre "l'éloge du carburateur: essai sur le sens et la valeur du travail"

 

Les relations sociales et la technologie:

Dans le monde formidable de la transformation digitale, les relations sociales deviennent quelque chose de relégué au second plan:

Je veux manger? j'ai une app pour ça, plus besoin de sortir de chez moi.

Je veux me déplacer? J'ai une app pour ça, pas besoin de me prendre la tête.

Je veux baiser? J'ai une app pour ça, pas besoin de sortir de chez moi non plus.

On pourrait continuer avec une myriade d'exemples, mais le constat reste le même: Toute interaction sociale a maintenant vocation à se faire via un smartphone.Ajoutons à ça des idées brillantes pour accommoder les réfractaires - je pense par exemple à la poste proposant de faire payer les vieux pour qu'un postier vienne faire semblant de s'intéresser à eux - et on obtient une bonne idée de la conception des relations sociales voulue par la société que l'on construit en ce moment même: déshumanisés au mieux, monétisés au pire.

On peut par ailleurs adosser à ce problème la crétinisation croissante des populations: Pourquoi réfléchir, apprendre, former des opinions? Le smartphone est là pour vous prendre en charge.

Pas besoin de se rappeler de quoique ce soit, le calendrier du smartphone est là pour vous.

Apprendre quelque chose? Pour quoi faire, j'ai la 4g je peux toujours aller voir sur internet.

Enfin, pour compléter ce beau tableau, on peut rajouter la place prépondérante que prennent les réseaux sociaux dans le quotidien des nouvelles générations: Pour beaucoup, il parait plus intéressant de parler/lire à propos de son dernier passage au cinéma  que des drames écologiques et humanitaires qui se produisent un peu partout dans le monde.

Le deuxième constat d’égoïsme concerne la manière dont toute interaction avec les autres ou avec le monde est rendue superficielle. Est on bien loin du dernier homme  décrit par Nietzsche il y a bientôt 150 ans? Le mirage de la technologie, censée connecter tout le monde, partout, tout le temps me donne généralement l'impression de produire les effets inverses: Jamais autant de gens n'ont été si déconnectés de la réalité. L'autre et le monde n'existent que dans la mesure ou ils peuvent apporter quelque chose à ces individus. Ils ne sont perçu que sous la forme d'un énième consommable.

 

Les choix étatiques de société et l'image qu'ils renvoient de notre société:

Il serait quasiment impossible de décrire de manière exhaustive toutes les crasses que nous ont pondu le trio Sarkozy/Hollande/Macron jusqu'ici. Je dirais juste que, au delà des dizaines de lois scélérates que l'on voit passer avec ébahissement depuis 15 ans (probablement plus pour certains, j'étais trop jeune pour m'en rendre compte avant), une image claire de "ou on va" se dessine:

Les impôts ont maintenant avant tout vocation à être captés par les classes dominantes: exit les protections sociales, la santé, l'éducation, la solidarité

L'argent prime sur l'humain: D'un simple outil au service de la société, la société se met de plus en plus au service de l'argent, quelqu'en soient les conséquences.

La solidarité devient criminelle: Cédric hérou est jugé pour avoir eu  l'outrecuidance d'aider des migrants en danger, les ONG sont qualifiés de "passeurs" par le chef de l'état, les miséreux sont affublés de tous les qualificatifs méprisants imaginables (sans dents, riens, analphabètes).

Les peuples n'ont plus légitimité sur l'état et la nation: le territoire est vendu à la découpe au plus offrant, le gouvernement ne prend même plus la tête de justifier son action devant la représentation nationale, l'Europe est là en dernier recours pour justifier qu'on étouffe la voix du peuple.

Le mensonge, requalifié sous le joli terme de communication est maintenant glorifié et applaudi dans notre société: "Qu'est ce qu'il est brillant ce Macron, il nous a bien tous baisé! Qu'il est fort!"

Le troisième constat d’égoïsme concerne donc l'inversement général des valeurs qui formaient notre société jusqu'ici: entraide, honnêteté, responsabilité vis à vis des autres et des générations futures.

 

Face à une société si décevante, voir répugnante, que faire? Beaucoup d'alternatives à la marge existent en France, d'autres moyens de vivre, de s'entraider et de construire quelque chose de positif loin de la folie collective qui prend toutes nos sociétés occidentales. Il reste malgré tout nécessaire de faire le constat qu'un jeune de 26 ans veuille déjà , après seulement deux ans dans la vie active, se mettre en marge de ce qui apparait comme la "société dominante" en France. Il faut également faire le constat que pour plus une majorité de Français, l'abstention aux élections est devenu leur premier choix.

A comprendre que de plus en plus de Français se lavent les mains de la société qu'on nous propose depuis au moins 15 ans, et que ce phénomène n'est pas prêt de s’arrêter?

Le quatrième constat d’égoïsme que je peux faire me concerne donc moi et une bonne portion des Français: Face à tant de causes d'indignation, et de mal-être, voulus et revendiqués par une grande partie de la population, comment ne pas être tenté de détourner le regard et de laisser nos sociétés procéder à leur propre suicide?

 

 

 

 

 

 

 

1 - Paradoxalement, peu de managers ou dirigeants avec qui j'ai eu l'occasion de discuter n'a semblé vouloir s'intéresser au cout que la démotivation des employés engendre: turnover régulier, inefficacité chronique, bore-out et autres problèmes individuels on pourtant des couts non négligeable pour cette entreprise censée passer avant tout.

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