Islam : les (peut-être) bonnes nouvelles du Président Macron à Mulhouse

Si le Président Macron vient aujourd'hui à Mulhouse parler d’islam, c’est certainement pour annoncer de bonnes nouvelles, destinées à donner toute leur place aux musulmans de France dans notre société.

En s’appuyant sur le Droit Local d’Alsace-Moselle, qui ne sépare pas rigoureusement les Églises et l’État tout en respectant les principes de la laïcité, Emmanuel Macron pourrait annoncer la prise en charge par les pouvoirs publics des frais de constructions de lieux de cultes modernes et adaptés pour les musulmans.

A Mulhouse, la récente construction du centre An-Anour, un vaste édifice avec un espace de prière de 1300 m² destinés à 3 000 croyants, a fait beaucoup de bruit : 80 % de son financement provient de donateurs du Proche-Orient, en particulier d’une organisation non gouvernementale basée à Doha, Qatar Charity.

L'association des musulmans d'Alsace (AMAL), fondée en 1973 à Mulhouse, porte ce projet et reconnait n’avoir eu d’autre choix que de se tourner vers de généreux donateurs du golfe persique. En 2005, lorsque la mosquée aménagée en 1979 est devenue trop petite, elle a lancé la construction d’un nouveau bâtiment cultuel. En 2008, une subvention de 235 000 € a été accordée par la mairie de Mulhouse, une collecte de dons a aussi eu lieu, mais les sommes réunies n’étaient pas suffisantes. Difficile alors de ne pas accepter le soutien de Qatar Charity, même si l’AMAL, affiliée à Islam de France (ex-Union des Organisations Islamiques de France), déclare refuser subir toute influence extérieure, y compris celle de ses donateurs.

Le « statut concordataire » élargi à l’islam

Devant cette situation inconfortable pour les musulmans mulhousiens, Emmanuel Macron a certainement pris une sage décision : l’alignement du statut de la nouvelle mosquée sur les églises, synagogues et temples voisins. l’AMAL va ainsi entrer dans la constitution d’un « établissement public local du culte » musulman, qui est autofinancé par les cotisations des fidèles. Cependant, les collectivités territoriales sont tenues de contribuer au financement des constructions ou des grosses réparations des lieux de culte. En effet, en Alsace et Moselle, quel que soit leur propriétaire, les édifices des cultes statutaires appartiennent au domaine public, de même que les presbytères, contrairement au reste du territoire métropolitain.

Reconnaitre le culte musulman auprès des trois autres, voilà une réforme à la fois symboliquement audacieuse et mais sans grand risque d’un point de vue pratique. Le système dit du « Concordat » fonctionne très bien et il permet d’assurer l’égalité républicaine entre les cultes, de contribuer à la liberté d’expression religieuse de la population, tout en facilitant un droit de regard de l’État sur ce qui se passe dans les lieux de cultes et d’encadrer la formation des imams.

La création d’une faculté publique de théologie musulmane

Car Emmanuel Macron va sans doute aussi annoncer la création d’une faculté de sciences islamiques à l’Université de Haute Alsace. La majorité des imams exerçant en France sont aujourd’hui formés et rémunérés par des pays étrangers (pays du Maghreb, Turquie, Arabie saoudite). Susciter un islam français suppose de former les ministres du culte en France, avec une sensibilité française. À Strasbourg, toujours du fait du rattachement de l’Alsace-Moselle à la France en 1918, il existe la seule faculté de théologie publique française. En fait, il y en a deux, une catholique et l’autre protestante. Des enseignements sur le monde musulman et le dialogue interreligieux y sont aussi dispensés, mais pas de théologie islamique. Le Président a choisi Mulhouse pour créer la première faculté française de théologie musulmane (avec licence et master). Des échanges transfrontaliers fructueux sont prévus avec les facultés allemandes de théologie islamique, comme celles de Tübingen et de Francfort.

Le soutien au dialogue interreligieux

Enfin, troisième bonne nouvelle, le Président Macron n’aura pas manqué de venir féliciter et encourager la ville de Mulhouse pour la qualité de son dialogue interreligieux. Ce dialogue à la base entre croyants permet de mieux se connaitre et de remiser quelques préjugés et idées fausses. C’est le meilleur moyen d’éviter toute forme de « repli communautaire » (sans doute ce qu’Emmanuel Macron a récemment qualifié de « séparatisme »). Le Président va ainsi annoncer le soutien par l’État de la construction de la « Maison Commune » mulhousienne, une « maison commune aux religions, aux convictions et aux spiritualités » qui est actuellement portée par un collectif de Mulhousiens chrétiens et musulmans. L’idée est d’offrir un lieu permanent de dialogue interconvictionnel (c’est-à-dire ouvert aux athées), à la façon des « Haus der Religionen » qui existent en Suisse.

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