Terrorisme et démocratie : Bien nommer pour bien voter

La terreur aveugle, paralyse ou panique, pousse aux mauvais choix. C’est une tactique efficace d’influence. Elle l’est d’autant plus que le terrorisme est entré dans nos têtes : nous voyons des terroristes partout, même quand ils ne sont pas là. Le signe d’une possible victoire idéologique de ces terroristes, avec des complicités bien françaises.

Comment qualifier l’assassinat d’un policier ce jeudi soir aux Champs-Elysées ? Acte terroriste islamiste ou acte de haine envers la police  d’un individu isolé ? Tous les éléments de l’enquête, diffusés dans les médias, font penser à la seconde hypothèse. Le terrorisme islamisme ne semble pas avoir été le mobile du crime mais bien plutôt un élément contextuel secondaire. Il est cependant remis au premier plan par le truchement du mot "radicalisation", un concept nocif qui laisse entendre que tout musulman authentique est pris dans un processus l'incitant à verser dans la violence. En bout du compte, le mot « terrorisme » est repris en boucle sur toutes les chaînes de télévision, comme dans la bouche des candidats qui pensent l’emporter au premier tour en brandissant formules martiales et promesses de protection.

L’attaque du bus de l’équipe de football de Dortmund en Allemagne avait suscité pareil raccourcis cognitif. Après avoir été lui aussi qualifié de terroriste, ce crime s’est avéré finalement être de droit commun (son auteur a voulu spéculer contre ce club coté en bourse).

La responsabilité de ces journalistes et de ces politiques qui utilisent les mots sans les soumettre à la critique des faits est immense : ils construisent un horizon d’attente collectif qui se réduit à la guerre entre les civilisations et à la peur généralisée. Ils se rendent complices des véritables terroristes - qui sont effectivement un des dangers pour nos sociétés, et non le seul, malheureusement.

Il s’agit de voter dimanche contre ces morbides illusions, bien entretenues pour justifier le pouvoir implacable des dirigeants les plus cyniques : les exemples de Poutine en Russie et Erdogan en Turquie devraient nous alerter sur ces méthodes et sur ce à quoi elles mènent. Alors qu’a lieu ce dimanche le rite de regénération de la société française par l'élection, il s’agit garder la tête froide et ne pas se laisser voler son vote. En un mot, de faire peuple contre des soi-disant élites politiques et médiatiques qui cherchent à confisquer un des fondements de notre démocratie, et au moment même où une majorité de Français semble prête à l'améliorer par l'invention d'une VIème République.

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