Macron confirme la centralité du courant social-libéral en France

Beaucoup de commentateurs adhèrent implicitement au storytelling de «En Marche»: un nouveau parti vient chambouler le champ politique de la Vème République. A regarder de près les résultats de dimanche, il n’y a pas eu de «séisme», mais une simple alliance de l’aile droite du PS et du centre qui, habilement présentée, poursuit les transformations de ces cinq dernières années.

Après la victoire de Hamon en janvier à la primaire socialiste (et par conséquent l’éviction de Valls), Macron avait le champ libre pour fédérer l’aile droite du PS, en étant soutenu de fait par la tendance Hollande. Les ralliements de personnalités du PS l’ont montré, Macron est d’abord un candidat social-libéral.

Fin février, le soutien de Bayrou (qui avait réussi à rassembler 9 % des voix sur sa personne au premier tour en 2012 et qui avait soutenu Hollande au second) vient lui apporter les votes centristes, qui ne pouvaient s’accommoder de Fillon et de son discours ultra-conservateur au plan des mœurs et ultra-libéral au plan économique - sans parler de sa probité mise à mal par les affaires.

Grossièrement, au vu des chiffres de 2012 et 2017, que peut-on constater au niveau des « reports de voix » entre ces deux scrutins (les sondages sortis des urnes donneront dans quelques jours plus de détails) ?

Macron a ajouté aux 9 % de Bayrou 13 points des anciens électeurs de Hollande (qui avait fait 28 % au premier tour). Il a très peu agrégé, semble-t-il, du côté des écologistes et de la droite traditionnelle.

Finalement, Mélenchon aura assez peu « siphoné » le PS, ajoutant 8 points au 11 % recueillis en 2012, soit assez peu sur le potentiel représenté par les 22 points d’écart entre les candidats « officiels » du PS entre les deux dernières élections.

Est-ce à dire que l’électorat PS était principalement social-libéral ? Pas si sûr : Parmi ces 13 % qui viennent du « Hollandisme 2012 » et qui se sont reportés sur Macron, il faudra faire la part du vote d’adhésion et de cequi s’apparente au vote tactique « plutôt Macron que Fillon », Le Pen étant considérée par les sondages comme déjà qualifiée (ce qui n’était pas en fait tout à fait gagné).

Fillon reste 7 points en retrait de Sarkozy en 2012, la droite possédante s’affaiblit, la droite populaire continue sa migration vers le FN (qui gagne 1,2 million de voix alors que le nombre d’électeurs avait baissé) et Dupont-Aignan recueille peut-être une partie des déçus de Fillon. Sans doute ce faible score est-il aussi le signe que les classes aisées se sont modernisées, mondialisées, urbanisées, et rapprochées du social-libéralisme.

Quelles leçons à tirer de ce scrutin pour la gauche, mot que Benoit Hamon a prononcé à de multiple reprise dans son discours de dimanche soir ?

Les « frondeurs du PS » ont payé le fait de ne pas avoir rompu plus vite avec le gouvernement pour commencer plus tôt la recomposition à gauche. Candidat d’un parti qui ne soutenait plus, Hamon n’a pas pu s’affranchir de l’appareil du PS, dans lequel il est finalement resté embourbé.

Les « Insoumis » ont réalisé une belle campagne et engrangés une notable progression : 3 millions de voix de plus qu’en 2012. Il reste à savoir comment va se développer un mouvement dont la dynamique tient largement sur le talent de son tribun, dont c’est la dernière présidentielle et si une véritable recomposition à gauche est possible, entre mélenchonistes, sociaux-démocrates et tenants de l’écologie politique.

Ce dimanche soir, la France s’est donnée plus nettement encore qu’en 2012 au social- libéralisme, le courant politique qui n’est pas le plus puissant numériquement mais qui parvient mieux que les autres à tirer parti du repoussoir FN, dans une Vème République dont l’agonie risque de durer quelques années encore…

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