Modération, quantité et qualité.

J’ai eu, au fil des années, plus d’un sujet d’irritation avec la modération de Mediapart, liés au fait que vous pouvez vous faire traiter de raciste, d’agent de la CIA, du Mossad, tant et plus, mais ce sont là des termes supposés politiques et non injurieux, alors que la qualification de la simple bêtise est, elle, tenue pour répréhensible. Depuis trois à quatre mois, il se passe autre chose.

Que la modération de Mediapart ne soit jamais parvenue, à supposer que telle fut sa fonction, à empêcher la plupart des forums (en tout cas tous ceux ayant une certaine importance politique) de devenir des sortes d’enfer, où le simple lecteur, l’honnête lambda, craint de venir et généralement s’en abstient, alors que le policier, l’adorateur des dictatures, ou le paranoïaque, ont là un terrain de chasse pratiquement sans limite, est un vieux problème dont ce journal, jusqu’à ce jour pièce nécessaire du combat pour la libre investigation journalistique, semble enclin à s’accommoder. Tout du moins « modération » et harcèlement ne marchaient pas, jusque-là, du même pied. Il se passe à présent autre chose.

Je vais tenter ici de narrer de manière synthétique la montée de mes mésaventures avec la modération de Médiapart depuis le début de cette année 2021.

Acte 1, dans le forum faisant suite à mon billet de blog Les chemins de l’antisémitisme (29 décembre 2020), un personnage quasi omniprésent sur les forums de Mediapart, que j’appellerai donc ici sans le nommer notre principal permanent de forum (diurne et nocturne) bien connu, entreprend de me dévoiler comme sioniste, raciste, islamophobe, « idiot utile des fascistes », etc., et ce faisant en vient à me qualifier de « complice de Riposte laïque ». Petit problème : je suis régulièrement menacé de mort depuis maintenant 6 ans par le groupe fasciste de ce nom. Second petit problème : l’auteur de cette calomnie est sans doute au courant de cela depuis longtemps, et l’est en tout cas à présent car je le lui ai dit tout de suite. Troisième petit problème : le groupe en question épie ce qui s’écrit à la fois sur lui et sur moi et son attention peut être attirée par un tel message. Précision : ils ont aussi fait savoir connaitre mon adresse, etc. Bref, le principal permanent de forum de Mediapart me met en danger, volontairement ou involontairement au départ, je ne sais, mais volontairement une fois qu’il est informé (s’il ne l’était déjà), sans aucun doute. J’alerte donc la modération – bien obligé : il s‘agit d’une question de sécurité qui touche ma personne et les miens.

J’y suis d’autant plus contraint que je constate que mes quelques réponses, qui avaient la candeur d’expliquer ces provocations dangereuses par la « bêtise » de leur auteur, sont dépubliées. Voici l’un de ces messages : « Quel verni ? Je suis menacé de mort par le groupe dont tu oses prétendre que je suis le "complice". Tu le sais, et tu persiste. Tu n'es pas un "pabliste dégénéré" et autres verbiages dont tu te délectes : juste un monument de bêtise. Mais la bêtise est le meilleur allié de la pire réaction. Passe ton chemin, moi, mon monde moral, c'est le mouvement ouvrier, pas celui des idiots indignes. » Cela, c’est dépublié : il serait donc moins grave d’expliquer une dénonciation-provocation honteuse par la bêtise, que de se livrer à celle-ci. Car ce qui était la cause de mon message était maintenu. J’ai alerté tous les jours d’une longue semaine – où je parcourais aussi le net inquiet des provocations directes du groupe fasciste en question. J’ai finalement reçu, le 15 janvier, le message suivant :

Bonjour , nous avons bien reçu vos alertes, mais, les commentaires signalés ne nous semblent pas hors charte.

Nous ne connaissons par les antécédents de nos près de 200 000 abonné.e.s donc il se peut que nous ne soyons pas en capacité de comprendre vos alertes.

Vous pouvez nous envoyer un mail explicatif à lamoderation@mediapart.fr.

Par ailleurs, nous ne notifions pas aux alerteurs et alerteuses si les alertes ont entrainé une dépublication ou pas.

Cordialement

Bon Weekend !

Tariq. Equipe modération.

Je me suis alors fendu de l’explication détaillée suivante :


Merci de m'avoir- enfin- répondu.

Le problème est le suivant. Mes alertes portent sur deux messages (et quelques autres mais ils leurs sont directement associés dans la même "conversation"), l'un me qualifiant de "complice actif de Riposte laïque", l'autre disant "entre toi et Riposte laïque, tu es un peu leur Houria Bouteldja".

"Riposte laïque" est un groupe fasciste, obsédé par les musulmans et par les "gauchistes" accusés de les faire venir pour le "grand remplacement". Responsable syndical dans l’Allier, j'ai, en 2014, suscité une manifestation unitaire contre ce groupe qui voulait manifester contre la mise en place d'un foyer d'accueil de migrants, à Varennes-sur-Allier. Cette manifestation a été un succès et "Riposte laïque" a renoncé à la sienne. Mais ils ont alors publié sur leur site des articles violents et insultants me visant, avec des menaces de mort dans les commentaires qui les suivaient. Ils ont également rendu publique mon adresse. Il y a eu à l'époque une mobilisation en défense, et j'avais porté plainte (sans suite : ce site est basé en Thaïlande ...). Ces menaces de mort reviennent en gros tous les 6 mois depuis. J'avais fait un article sur mon blog de Mediapart à l'époque à ce sujet.

Ces faits sont indubitablement connus de la part de l'intervenant qui a choisi de m'accuser d'être "complice actif" d'un groupe qui me menace de mort. Mais au-delà du caractère très pénible d'un tel procédé (bien pire moralement que le fait de traiter quelqu'un d' "idiot" ou de "sombre sotte", sois-dit en passant ...), et cela, qu'il s'en rende compte ou non, compte-tenu du type de groupe auquel on a affaire, c'est une forme de mise en danger. Je fais partie des gens (avec Yann Brossat et quelques autres) sur lesquels "Riposte laïque" fait une fixette  -ils ont pondu une vidéo de leur "chef", en février dernier, pour prétendre que le maire LR de Vichy m'obéit au doigt et à l'œil, ce qui est délirant et qui a m'a donné une occasion unique de rire avec le maire de Vichy, mais qui signifie qu'ils pistent ce que je fais et écrit, y compris sur Mediapart et dans les forums, chose que j'ai pu constater car ils ont déjà produit des billets commentant mon blog.

Dire qu'il y a une possible mise en danger signifie qu'en attirant à nouveau l'attention de ce groupe sur moi, l'auteur de ces messages peut leur donner l'occasion de refaire une vidéo, ou un article, signalant que le "prof trotskyste ami des migrants" continue à habiter tranquillement à telle adresse, etc.

Je comprends que l'on ne connaisse pas, comme vous dites, "les antécédents" des 200 000 abonnés, et que l'on puisse s'interroger sur des messages d'alerte de la nature de ceux que je vous ai adressés depuis une semaine. Mais tout de même, il me semble que quand vous recevez des messages d'alerte pour "incitation à la violence" qui expliquent rapidement que des messages mettent en danger, selon lui, l'alerteur, voire sa famille, ceci mériterait un tantinet plus de prise au sérieux, et pas de devoir s'énerver au rythme d'un message par jour pour enfin obtenir une réponse vous expliquant en somme qu'on a du travail, et autre chose à faire que de s'occuper de vos petits problèmes et de vos "antécédents" ...

Je pense qu'en outre se pose un problème plus général. Vous modérez dans le sens, en gros, de la bienséance. On ne peut donc pas qualifier la bêtise, car l'outragé(e) pourra toujours faire supprimer le message qui la qualifie. Par contre, des messages qui restent formellement "polis" mais qui associent la mise en danger et un amalgame dégueulasse, et peuvent confiner à la menace physique, eux, restent. Ils ne contredisent pas "la charte" !

Ceci pose un problème d'ensemble à la modération. Il est bien évident que vous ne pouvez pas tout vérifier. Sur bien des réseaux sociaux, les posteurs de messages peuvent retirer les messages s'alignant sous leur contribution. Pas à Mediapart, sauf à tout fermer dès le départ aux commentaires.

Vous me souhaitez "bon week-end". Mais cela veut dire qu'encore deux jours, au moins, vont s'écouler avec des écrits m'accusant publiquement de collusion avec un groupe raciste et fasciste qui me menace de mort et qui piste les publications me concernant, à plus forte raison celles qui parlent à la fois de moi et d'eux ...

J'espère que vous comprendrez la situation dans laquelle je suis ainsi placé. S'il s'avère que, d'un côté, il n'est pas permis de qualifier la bêtise, et que, de l'autre, il est impossible de ne pas être exposé publiquement à des amalgames abominables attirant l'attention de groupes violents sur vous, alors je serai mis dans l'obligation d'écrire un dernier billet expliquant pourquoi, tant que la modération n'a pas résolu ce type de problèmes éthico-politico-techniques, il m'est impossible de continuer à écrire dans mon blog de Mediapart. Et croyez bien que ceci n'est en rien une menace. Si je dois faire cela, ce sera la mort dans l'âme. Mais je n'aurai absolument pas le choix.

Cordialement,

Vincent Présumey.

Chacun pourra ici apprécier le ton de bureaucrate satisfait de « Tariq. Equipe modération », faisant bien sentir sa position de pouvoir. Mais il est pure vérité que si, au terme du bon weekend qu’il me souhaitait, ces messages dangereux n’avaient pas été retirés, j’aurai fait ce qu’annonçait la fin de mon message. Le lundi ces messages étaient retirés – ainsi que tous ceux que j’avais envoyés moi-même dans le même fil, passons. Ce 18 janvier j’estimais donc pouvoir continuer à écrire dans mon blog de Mediapart …

Toutefois, cet acte 1 de mes mésaventures fut complété indirectement d’un acte 2, lorsque, le 17 mars, je découvrais ce genre littéraire méconnu qu’est la « Gazette de la modération », sorte de très équivoque prise de partie de la modération elle-même, posant à mon avis les problèmes éthiques les plus lourds sous l’apparence de la légèreté affichée, et confinant à la distribution des médailles en chocolat, avec présentation, in fine, de l’excellent commentaire du mois. Force me fut de constater que ce prix était décerné à mon cher principal permanent de forum, par l’auteur de l’article dénommé Tariq, ayant d’ailleurs titré celui-ci « le pire n’est jamais certain » (laissons tomber ici le dépistage des clins d’œil …). Mettre ainsi en valeur l’auteur de provocations me mettant en danger indiquait à l’évidence que je n’avais eu, péniblement, gain de cause, non pas parce que la modération y avait compris quoi que ce soit, mais parce qu’elle avait craint la mise à exécution de ce qu’annonçait la fin du message que je lui avais adressé. Avec la modération, nous serions donc non pas dans la modération, mais dans le rapport de force …

L’acte 3 semble, mais c’est une apparence, nous éloigner de la question de la modération pour poser celle des choix rédactionnels eux-mêmes. J’ai, le 27 mars, publié sur mon blog un long article, L’idéologie ambiante. Dans la mesure où il s’agit d’une « déconstruction », pour parler un instant le dialecte French Theory, de l’idéologie décoloniale, de l’idéologie intersectionnelle, et de leur combinaison, je ne m’attendais aucunement à ce qu’il fut promu par la rédaction, et il n’en a rien été en effet. La rédaction a le droit de promouvoir ce qu’elle veut selon sa ligne politique et ses représentations idéologiques. Elle a même le droit – et on a aussi celui de la critiquer à cet égard – d’interdire toute publication de critique, de tout faire pour éviter toute possibilité de débat, à propos de ces dernières : c’est ce qu’elle fait. Reste qu’il s’est aussi produit deux phénomènes avec L’idéologie ambiante, qui se poursuivent d’ailleurs.

Premièrement, elle est rapidement devenue l’article actuellement le plus commenté de Mediapart. Elle l’a été en mars, en avril, elle l’est en mai, croisant allègrement vers les 2000 commentaires (en cas de promotion rédactionnelle pour permettre le débat, on n’ose imaginer …). Ceci a été et reste un évènement clandestin : ce n’est que très fugitivement que ce fait objectif -l ’article le plus commenté de Mediapart – lui a valu d’être signalé dans la rubrique des « articles les plus commentés ». Il y a ici, toute autre explication est impossible, un camouflage délibéré. C’est tellement puéril que ce n’est pas grave. Mais c’est tellement puéril que c’est grave.

Deuxièmement, nombre de ces commentaires relèvent du trollage, mais malgré cela des débats se poursuivent ou finissent par démarrer. Dans la catégorie du trollage, il faut dire que le principal permanent de forum y a tenté une descente, mais a constaté que les centaines et centaines de commentaires s’accumulant risquaient de faire une publicité incontournable, et a donc cessé d’intervenir (il a même tenté de faire comprendre à d’autres intervenants compulsifs qu’il eût mieux valu s’arrêter aussi). A sa place est donc intervenu un personnage dont les centaines d’interventions se résument à : « Vous n’avez rien compris, je vous suis supérieur : qu’avez-vous à répondre à cela ? ». Ce personnage a fini par retirer tout aussi compulsivement tous ses messages (c’est donc sans lui que les 2000 commentaires seront incessamment franchis). Ce personnage a aussi commis un article me « réfutant » qui est, lui, interdit aux commentaires bien qu’il comporte la mise en évidence de mon nom dans son titre en gras, ce que j’ai signalé à la modération, sans réponse. A ensuite embrayé un troisième larron. Le troisième larron, énervé que je lui réponde en soulignant son absence d’argumentation, en est venu à des menaces physiques ( « ce sera ma main dans sa gueule », 29/04, 8h 31) et à expliquer que la dénonciation de l’antisémitisme contemporain prépare pour le RN, qui reprendra « les « arguments » de Présumey », la création de « charniers » pour les groupes accusés d’antisémitisme (9/05, 1h 03). S’il était possible, le harcèlement compulsif de ce troisième larron a dépassé son prédécesseur, y compris dans la pratique de la dépublication de ses propres messages (dont ceux signalés ici) …

Le caractère tant ridicule qu’odieux de ce type de messages – non pas un seul, mais des dizaines, bientôt des centaines – devrait, s’il existait à Mediapart une modération visant à protéger la possibilité de débats démocratiques argumentés, attirer ses foudres sans signalements nécessaires. Or, nous y reviendrons, le forum de l’Idéologie ambiante, n’est pas ignoré par la « modération ». Mais si je vous disais que le prix du plus beau message, le « mot de la fin », est précisément accordé à l’auteur de ma main dans sa gueule, il prépare les charniers, etc., etc., à la fin de la nouvelle (et si niaise, si niaise … mais passons !) « Gazette de la modération » du 9 avril 2021 ? Non ? Si !

L’épisode suivant – ça commence à se précipiter- se déroule dans le forum faisant suite au billet promu en haut de la colonne de gauche en 1° page, le 12 avril 2021, Organisations féministes, LGBTI, syndicales, nous soutenons tous les modes de lutte antiraciste. Surpris que cet appel censé s’opposer au gouvernement ne comporte pas les mots « syndicat » ni « UNEF », j’ai mis un commentaire à ce sujet : « L'unité contre toute velléité de dissoudre l'UNEF est plus que nécessaire, sur le terrain de la défense du droit d'organisation, de l'indépendance syndicale, des libertés démocratiques. En lieu et place de cela, nous avons ici un appel à défendre l'idéologie qui sous-tend les "réunions non-mixtes racisé-e-s" contre l'"universalisme républicain". Macron, Blanquer et Vidal peuvent se frotter les mains. » Ce n’est pas ce commentaire qui fut dépublié, mais celui qui le suivait en renchérissant sur ce que j’avais écrit, envoyé par un autre intervenant sous le blaze de « quelquepart » : « Sans compter Le Pen qui se frotte aussi les pognes, mais en silence. »

J’ignore qui est « quelquepart », avec qui je n’ai eu alors qu’un bref échange en MP, mais je dois dire que son commentaire m’avait semblé justifié. Il fut dépublié. Là, pour la première fois d’une manière directe, sans fard, crue, j’avais devant le nez une censure politique -appelons les choses pour ce qu’elles sont. Et une censure qui, en toute logique, si elle frappait ainsi, aurait dû me frapper aussi. Pourquoi lui et pas moi ? Je suis un sujet délicat, susceptible d’avoir des amis parmi les fondateurs de Mediapart ? Je dois dire que de telles questions se posent ici.

J’ai vivement réagi, directement sur le forum, et là tous les messages comportant le mot « modération » ou s’adressant à elle ont été dépubliés par celle-ci, avec des mails pour la première fois personnalisés et agressifs : « C’est un mensonge » et « Arrêtez de parler de vous » … Mais ceci a donné lieu au plus consistant des échanges que je suis parvenu à avoir avec la « modération », et à son initiative, dans la journée du 14 avril. Le voici :

Bonjour Vincent Présumey,

Nous revenons vers vous suite à la série de dépublications sous la tribune : Organisations féministes, LGBTI, syndicales, nous soutenons tous les modes de lutte antiraciste

Comme vous avez pu le remarquer une forme de cercle vicieux s'est installé dans ce fil de discussion, les premières dépublications ne vous concernaient pas, ensuite chaque commentaire sur les choix de la modération, sur le participatif ou sur d'autres thématiques ont fait dériver le fil, et de surcroit ont été modérés pour hors sujet. 
Or, plus vous (et d'autres) commentiez la modération, plus il y a eu de message modérés et ainsi de suite jusqu'a ce le fil de discussion soit pourris par une suite de hors-sujets / dépublications.

C'est assez récurent sur certaines thématiques, quand il s'agit de racisme, de sexisme et de LGBTIphobie notamment.    
 
Bref, comme vous le savez, les fils de commentaires ne sont pas des forums, ils s’appuient sur les articles, billets, et donc sur les sujets traités par ceux-ci. Le lien entre les deux est essentiel. Si les commentaires peuvent ouvrir la discussion, ils ne sauraient être utilisés aux fins d’analogie et où diversion permettant de dériver vers un autre sujet sans lien avec le billet. 

Si vous, Vincent Présumey, "jouez le jeu" du participatif, ce n'est pas le cas de tout les abonné·e·s, et le risque d'instrumentalisation d'aboné·e·s de bonne foi afin d'empêcher de débattre sur certains sujets est un danger probable, ainsi, les abonnés qui estiment avoir été modérés à tort doivent écrire à lamoderation@mediapart.fr -  pour exercer leurs droits. 

Bonne journée, 
L'éauipe de Modération.

Je pense que vous vous êtes plantés largement dans la gestion de ce qui se passait sur ce fil lundi soir. Suite à mon premier message, "Quelquepart" a rajouté une phrase qui évoquait Marine Le Pen. Vous l'avez retirée pour cause de "hors sujet" d'après ce qu'il ma dit. Ce qui à mon avis pose deux gros problèmes : ce n'était nullement hors sujet, et d'autre part je ne pense pas que "hors sujet' soit un motif de dépublication justifiable, car on sait où ça commence et pas où ça s'arrête.

Je ne vous cache pas (mais vous avez pu vous en rendre compte) que ceci m'a fortement indisposé et a motivé plusieurs de mes messages sur ce fil. En outre, j'ai constaté que vous avez supprimé un gros lot de messages un peu plus loin, qui, dans la mesure où je les avais parcourus auparavant, étaient bel et bien "hors sujet" (ils devaient parler de jardinage !) - ce qui, je le répète, ne justifie en rien leur dépublication, dont mon petit doigt m'a dit qu'elle était consécutive à votre bévue, pour le moins, ou plus précisément à sa divulgation, envers le message de "Quelquepart". Je vous ai interpellé au sujet de ces dépublications-là par un message en majuscules traduisant une certaine humeur qui voulait dire que vous aussi, vous surtout, vous devriez rendre compte ...

Ce sont ces quatre ou cinq messages de ma part que vous avez ensuite dépubliés. L'un était un message s'interrogeant - mais au conditionnel- sur une censure politique du message initial de "Quelquepart", interrogation totalement légitime hélas. Je suppose que c'est ce message que vous avez dépublié au motif de "fausse information" avec un mot personnel me disant : "C'est un mensonge", ce qui est, permettez, proprement honteux. Les autres étaient tout simplement des messages mentionnant ou interpellant la modération -ce qui fait apparaitre comme à la fois risible et déplorable le commentaire que vous avez trouvé moyen de m'adresser par mail à leur sujet : "Arrêtez de parler de vous", car en fait, c'est de ... vous, qu'ils parlaient.

Des "cercles vicieux" dans les fils de discussion, il n'en manque pas. Je pense même que des années d'expérience attestent de votre totale impuissance, à supposer qu'il y ait une volonté, à éviter les trollages, attaques en meutes, etc. Ce que vous appelez en l'occurrence ici "cercle vicieux" est autre chose :

"chaque commentaire sur les choix de la modération, sur le participatif ou sur d'autres thématiques ont fait dériver le fil, et de surcroit ont été modérés pour hors sujet. 
Or, plus vous (et d'autres) commentiez la modération, plus il y a eu de message modérés et ainsi de suite jusqu'a ce le fil de discussion soit pourris par une suite de hors-sujets / dépublications."

Autrement dit, ce que vous appelez "hors sujet" ou "dérive" consiste uniquement et entièrement dans le fait que vos actes soient mis en cause, discutés ou interpellés sur un fil quel qu'il soit. Juge et partie, vous vous arrogez le pouvoir de supprimer quand vous, vous êtes en cause - en appelant cela, éventuellement; "hors sujet", voire en m'expliquant que je dois arrêter de parler ... de moi !!!

Ces méthodes sont inacceptables et la conception qui les sous-tend  dangereuse pour Médiapart. Cela va au delà de mes "droits" individuels.

D'une part, la "modération" ne parvient pas- n'est jamais parvenue- à "calmer" les pseudo-débats enflammés qui produisent le silence de 90% des lecteurs, qui n'osent pas y mettre le doigt.

D'autre part, vous avez vous-mêmes, sur ce fil là, été le vecteur n°1 de la dérive que vous déplorez, qui n'aurait pas eu lieu sans vous.

De plus, en expliquant que " les fils de commentaires ne sont pas des forums, ils s’appuient sur les articles, billets, et donc sur les sujets traités par ceux-ci. Le lien entre les deux est essentiel. Si les commentaires peuvent ouvrir la discussion, ils ne sauraient être utilisés  aux fins d’analogie et où diversion permettant de dériver vers un autre sujet sans lien avec le billet. ", vous présentez ici ce qui doit être un idéal régulateur pour l'éthique de la discussion des intervenants, mais en aucun cas un motif de dépublications aux mains d'une "modération" se prenant pour la dépositaire de ces normes. Vous confondez ici l'éthique à préconiser, sans forcément l'atteindre, pour les intervenants, et votre rôle de "police" dont vous semblez vous imaginer que la dite éthique en dépend. Cette confusion est dangereuse et ne peut qu'entrainer dérives sur dérives et actes de censures, ou tout simplement le n'importe quoi total, en invoquant des grands principes après coup.

Bonne journée,

Vincent Présumey.

Re-Bonjour,
Merci de votre réponse,
Cela va certainement vous surprendre, mais je souscris à beaucoup de ce que vous revendiquez dans cette réponse.
Malheureusement, je ne pense pas que vous ayez tous les éléments en main. Et c'est normal, il n'est pas prévu dans la charte de participation que l'équipe de Modération révèle les motifs de dépublication à d'autres abonnés que l'abonné concerné.

Les méthodes de l'abonné dont vous parlez s'apparentent plus à de la propagande ou à du trolling qu'à une recherche de débat éclairé et apaisé.
Alors, me direz vous, qu'es-ce qu'un troll sur internet ? Je vous invite à lire ce billet : https://blogs.mediapart.fr/edition/reinventer-le-participatif/article/290420/consultation-sur-la-charte-de-participation-juguler-les-trolls , vous pourrez observer que toutes les cases sont cochés. J'ai bien peur que vous vous soyez fait instrumentaliser par quelqu'un qui n'est clairement pas bienveillant à l'égard du journal, de sa rédaction, de son directeur de publication, des autres abonnés et surtout... du débat d'idée.

Vous pouvez considérer que l'équipe de modération fait mal son travail, vous pouvez (sans insulte ou diffamation) même l'écrire dans un billet de blog.
Vous pouvez considérer que la modération aurait pu mieux gérer cette attaque sournoise, mais il n'en reste pas moins que la responsabilité première revient à l'abonné qui a souhaité et réussi à parasiter cette discussion qui n'a été enrichissante pour personne. Tout cela peut être exprimé de façon bienveillante ou au minimum, dénué de l'expression d'un mépris envers les salarié·e·s de Mediapart. D'avance je vous remercie de votre bienveillante participation à de future désescalades plutôt que de participer, de façon consciente ou inconsciente, au climat délétère que vous décrivez.

J'espère avoir répondu aux questions posées, (et même un peu plus) et que vous comprenez bien que le but de la modération n'est pas de censurer les opinions, mais au contraire de se prémunir de manipulations malveillantes.

Bonne Journée.
L'équipe de Modération.

Je ne suis ni satisfait, ni convaincu, de votre réponse. Je suppose que le troll serait 'quelquepart", dont je ne sais pas grand chose, mais vous ne le dites pas. Quoi qu'il en soit, si quelqu'un est tombé dans son piège, c'est vous  : car son message initialement retiré, cause de tout ce "bazard", n'était ni hors sujet, ni trollesque. Je suis d'autant plus sceptique qu'en matière de troll, j'en subit de bien pires et bien plus massifs, qui n'ont pas les honneurs d'aussi prestes dépublications ...

Loin de moi l'idée de manifester le moindre mépris pour les salariés en général et ceux de Mediapart en particulier. Si quelqu'un a ressenti ici du mépris, c'est moi : je vous signale que j'ai reçu trois mails m'informant de dépublications de mes messages assortis d'ajouts personnels, l'un m'accusant de mensonge (ce sur quoi j'ai demandé de quoi il était question et n'ai eu aucune réponse), l'un me disant d'arrêter de "pourrir" le fil, et l'un me disant d'arrêter de "parler de moi". En matière de mépris, nous y sommes.

Etes-vous conscients de l'asymétrie du propos que vous me tenez en écrivant : "Je vous remercie de votre bienveillante participation à de future désescalades plutôt que de participer, de façon consciente ou inconsciente, au climat délétère que vous décrivez." que l'on pourrait -je dis bien : que l'on pourrait !- traduire ainsi : "Vous avez intérêt à vous tenir à carreau si vous ne voulez pas qu'on vous dépublie joyeusement" ?

Toutes les explications que vous me donnez, et dont je vous remercie, me confirment dans l'impression que la "modération" n'a pas de ligne claire de conduite et est tout à fait susceptible de dériver dans la censure ou le n'importe quoi. Cela ne signifie pas que tel serait votre but, mais que la confusion sur votre rôle en ouvre toutes grandes les vannes. Je ne ressens, et je crains d'être très loin d'être le seul, aucune sécurité lorsque j'interviens sur un fil de Mediapart, ce qui est regrettable.

Bien à vous,

Vincent Présumey.

L’initiative même de cet échange était signe d’espoir, son contenu y met fin. Confronté à une argumentation, le représentant de la modération invoque le « secret défense » et me présente comme un « troll » voire pire celui dont la censure politique du message initial a ici tout déclenché. Mon dernier message, qui dit la vérité : aucune sécurité, incertitude totale à présent, entre harceleurs et modération, sur les fils de Mediapart, a vu cesser les réponses.

Outre ce « quelquepart », un autre abonné apparemment anonyme, signant Mokrane95000, a adressé quelques dizaines de messages, notamment sur le forum de l’Idéologie ambiante. Aucun de ces messages n’était trollesque, insultant ou soi-disant « hors sujet » (une catégorie fourre-tout des plus dangereuse). A un moment donné, Mokrane95000 est devenu Comptecensuré. La présentation de son compte est la suivante : "Sa biographie Pourquoi être censuré par Mediapart? Simplement pour avoir commenté le billet de Vincent Présymey? » (sic ; suit le lien vers L’idéologie ambiante). J’ai questionné la modération à ce sujet le 19 avril, sans réponse. Par contre, le 7 mai, tous les messages postés par cet anonyme sur le forum de l’Idéologie ambiante furent dépubliés par la « modération ». Il s’agit clairement de dépublication en raison de l’auteur, jugé dangereux je ne sais pourquoi. Tous ses messages, qu’on soit d’accord ou pas avec eux, contribuaient en effet à la discussion : leur disparition rend donc la lecture compliquée, sabote, en quelque sorte, plusieurs passages de ce forum, complétant ainsi les auto-dépublications compulsives évoquées ci-dessus. En outre, nous avons là la preuve que ledit forum n’a pas échappé à la sagacité de la modération : elle a veillé à faire disparaître toute trace d’un abonné, ou ex abonné, mis sur liste noire pour une raison que j’ignore. Là, je prends conscience du fait que toutes vos traces écrites sur Mediapart peuvent être éradiquées, ce qui est assez inquiétant. Faut-il préciser que les messages de tel des joyeux drilles évoqués ci-dessus, voulant me mettre la main sur la gueule ou expliquant que je prépare les charniers de 2022, n’ont subi nul Blitz, eux ?

Dernier épisode : le forum de l’article de Robi Morder, Tribune des généraux : ils parlent, nous les combattons, du 28 avril. Si vous allez voir son forum à ce jour (9 mai), vous tombez immanquablement sur le « commentaire remarqué par la modération », en majuscule et caractère gras. La « modération », non pas la rédaction, ne fait donc pas que « modérer » (si elle le fait …), elle « remarque » : c’est à remarquer.

Mais la promotion de ce commentaire a une histoire, dont je n’ai pas été l’acteur. Un camarade et ami (et médiapartien fondateur), Marc Daniel Lévy, avait en effet posté au début de ce forum un lien vers un article dont je suis l’un des rédacteurs, à savoir la déclaration d’Aplutsoc, Arguments Pour la Lutte Sociale, contre les généraux qui se sont exprimés dans Valeurs actuelles le 21 avril dernier. Une déclaration nette et claire qui caractérise leur appel à la guerre civile et se situe dans le camp social de leurs pires adversaires. Immédiatement, le principal permanent des forums de Mediapart est passé à l’attaque : il ne fallait pas laisser passer le fait que Présumey et Lévy, ces racistes sionistes et islamophobes, puissent diffuser le plus violent et le plus clair des appels contre les descendants de l’OAS. Ce principal permanent a donc entrepris d’insulter et d’affirmer que, bien entendu, « Présumey » a inspiré, ou aurait pu inspirer, les dits généraux, qui partagent ses idées. Pas moins !

Soit dit au passage, mais il faut le dire : réalise-t-on ici à quel point, en 2021, des décennies après la mort d’Hitler et celle de Staline, un média indépendant luttant pour la démocratie est atteint, dégradé, sali, par la déchéance que portent de telles méthodes ? – Poursuivons.

Suite à la publication par Marc de l’appel d’Aplutsoc contre les généraux, le principal permanent de forum a donc produit la genèse d’un fil scabreux et dégradant. Marc a alerté et la « modération » … a réagi : retrait de tout le fil, à commencer par le billet visant les généraux !

Puis, promotion en ses lieux et places du « commentaire remarqué par la modération » dont je suis obligé de préciser ici qu’il comporte une phrase clef : « Suffit-il de relever que les Colonels critiquent l'influence du CRIF pour les accuser d'antisémitisme ? Cela prête à rire ... » Est-ce ce déni de l’antisémitisme qui a valu la reconnaissance par une modération qui, ici, ne fait même plus semblant de faire bien d’autres choses que de modérer ? C’est une question. Elle est posée.

Il y a encore un épilogue à cet épisode, pour moi important personnellement. Je suis intervenu, alerté par Marc, sur ce forum, où j’ai remis la déclaration d’Aplutsoc contre les généraux, non dépubliée à ce jour. Mais le principal permanent de forum de Mediapart a bien entendu sévi. J’inspire l’idéologie des généraux putschiste, voyez-vous. Et il a remis « Riposte laïque » dans la balance. Le message où il fait cela a été dépublié, mais la série nouvelle de dépublications engendrées par ce dernier épisode en date est toutefois limitée : elle laisse en évidence un message de cet individu, tentant de rapprocher (authentique ! on comprend mieux Vychinski en voyant cela !) des passages, qu’il tronque, de l’Idéologie ambiante et du manifeste des 20 généraux, alors que ma réponse circonstanciée à cette incroyable infamie, signalant les passages tronqués et coupés, a été, elle, dépubliée (est-ce à cause de la petite phrase tapant sur la « modération » ? je ne sais, aucun de mes messages, qui seront les derniers, adressés par moi à cette « modération » là à ce sujet, n’ayant eu de réponse).

 

Tels sont les faits qui me concernent directement. Je suis un partisan de Mediapart, journalisme d’investigation indépendant et démocratique. Il est très grave d’avoir perdu toute sécurité, entre une modération et des spécialistes du harcèlement qui, de plus en plus, tirent dans le même sens. Et cela menace Mediapart en tant que tel.

L’orientation éditoriale sur les questions abordées dans l’Idéologie ambiante n’est pas en cause. La rédaction a le droit d’avoir une orientation et il est mieux que ceci soit connu et affiché. Et donc sujet à débat : ce qui est en cause, c’est son interdiction. Car la combinaison entre le choix rédactionnel de ne publier que des écrits d’une seule orientation, et le choix de la modération de faire évoluer ses pratiques de la manière indiquée par les faits me concernant – et je pense être en réalité relativement épargné -, combinaison dont il est bien sûr permis de penser qu’elle n’a rien de fortuit, conduit à tuer le débat, et donc à tuer la démocratie, et donc à tuer Mediapart. Ni plus, ni moins. En outre elle conduit aussi à un très prononcé avachissement du niveau culturel, scientifique et intellectuel, de nombreuses contributions s’apparentant de plus en plus à des imageries saint-sulpiciennes, et elle va provoquer la formation de groupes de mécontents et de brimés qui ne seront pas disposés à faire comme si, car tout laisse à penser que les mauvais traitement d’abonnés, consistant de fait dans des séances de harcèlement de permanents de forums agissant cette fois-ci de manière conjointe avec la « modération », sont en train de se multiplier scandaleusement.

Le choix de continuer ainsi serait le choix de la secte. Elle peut être grosse, elle sera secte.

Le choix de la démocratie serait de tout (re-) mettre en débat. Pluralisme dans ce qui est publié du Club. Et, à titre conservatoire, suppression de l’actuelle « modération », qui n’est rien d’autre qu’une sorte de SO que j’espère incontrôlé car s’il agit ainsi sur ordre, c’est plus grave encore ; et mise en débat des moyens du respect mutuel et de la démocratie.

C’est un gros défi, mais la vie est à ce prix.

VP, le 09/05/21.

 

 

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