Ruptures numériques

Le problème avec l’avenir, c’est qu’il arrive toujours trop tôt. A peine le temps de le voir venir, il est déjà présent et relègue au passé les acquis, les certitudes et les conforts. Faute de pouvoir retarder le futur, la Fondation Internet Nouvelle Génération essaie, depuis une bonne dizaine d’années, de l’anticiper dans ses composantes technologiques et dans leur interaction avec les questions d’éthique et de société.

Le problème avec l’avenir, c’est qu’il arrive toujours trop tôt. A peine le temps de le voir venir, il est déjà présent et relègue au passé les acquis, les certitudes et les conforts. Faute de pouvoir retarder le futur, la Fondation Internet Nouvelle Génération essaie, depuis une bonne dizaine d’années, de l’anticiper dans ses composantes technologiques et dans leur interaction avec les questions d’éthique et de société.

Après des «expéditions» dans les territoires de l’innovations, des «pôles prospectives», des conférences internationales comme Lift France, la Fing a publié l’an passé un premier cahier d'enjeux «questions numériques». Pas un cahier de tendances, ils y tiennent, un cahier d’enjeux: il ne s'agit pas de prendre des paris sur l'avenir ou de promouvoir des évolutions, mais d'envisager précocement ce qui est en germe dans le numérique, de prolonger les lignes pour voir ce qu'il y a au bout, menaces et promesses, et de s’y préparer. C'était alors une liste de tensions à l'œuvre – abondance contre rareté, durable contre rentable, possession contre usage... – sans que l’association se prononce vraiment sur le sens dans lequel l'avenir allait pencher.

Cette fois-ci le tendu a cédé et la Fing propose des «ruptures». Elle a élaboré des apologues d'un temps où la crise économique et écologique combinée aux fluidités numériques ont bouleversé les certitudes les mieux établies et les positions les plus inexpugnables, l'éducation, le travail, les territoires, l’intimité… Un temps où l’on se rappelle que la technologie n’est pas spontanément bénéfique, qu’elle n'empêche pas forcément la crise, ne limite pas toujours le gaspillage, ne simplifie pas les vies, ne tisse pas du lien social. Qu’elle a redistribué le pouvoir et la richesse, mais qu’elle a profité à une frange seulement de la société faute d’avoir été guidée pour bénéficier à tous.

Car c’est là l’enseignement de ces scénarios possibles, pas forcément probables, travaillés par une centaine de personnes (grandes entreprises, startups, institutions publiques, associations, chercheurs, designers) dans les ateliers de la Fing: il ne suffit plus d’ajouter e- ou cyber- devant les mots pour faire le bonheur du monde. Il faut donner au numérique un tour – au sens cinétique, un «spin» – vertueux pour qu’il ne tourne pas vicieux. Ainsi «capacité» – c’est la francisation officielle du mot «empowered» –, advienne de l'avenir ce que chacun en fera.

Afin de propager ce débat, de le faire sortir du cercle des populations «concernées», sensibilisées aux questions numériques, Mediapart proposera chaque semaine, pendant deux mois, de traiter un par un chacun des chantiers retenus au moyen d’une conversation diffusée dans «Ecoutez Mediapart» (en page d’accueil, colonne de gauche), relayé par la Gaîté lyrique, qui ouvre le cycle «2062, aller-retour vers le futur». De son côté, la Fing présentera à la même Gaîté, le 15 février, son cahier d’enjeu – qui sera également téléchargeable sur son site  – au cours de deux sessions de travail: «les ruptures vues par les acteurs collectifs» (14h30-16h30) avec Yannick Blanc (Fonda), Bettina Laville (Comité 21), Sophie Vulliet-Tavernier (CNIL), puis «les ruptures vues par les créateurs et entrepreneurs» (17 heures-19 heures) avec Philippe Lemoine (LaSer), Isabelle Bordry (WebMediaGroup), Jean-Louis Fréchin (NoDesign) et Jérôme Delormas (Gaîté lyrique).

2062 - Création de Geneviève Gauckler pour la Gaîté lyrique, décembre 2011 2062 - Création de Geneviève Gauckler pour la Gaîté lyrique, décembre 2011

Les lecteurs de Mediapart peuvent réserver ici 

Sur le site de la Fing

Et pour lancer le débat, une conversation avec Daniel Kaplan, délégué général de la Fing

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