Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

194 Billets

10 Éditions

Billet de blog 6 avr. 2010

La vidéo d'une bavure militaire en Irak fuite sur Internet

On se doute bien de tout cela, mais jamais on ne le voit. En Irak, comme en Afghanistan ou ailleurs, la propagande militaire maquille, dissimule, travestit.

Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart
© sunshinepress
© sunshinepress
© sunshinepress

On se doute bien de tout cela, mais jamais on ne le voit. En Irak, comme en Afghanistan ou ailleurs, la propagande militaire maquille, dissimule, travestit. Dans la meilleure des traditions, voici donc une bavure, un massacre, qui a échappé à la communication de l'armée américaine pour se retrouver sur Wikileaks.

Cela se passe en juillet 2007. Deux hélicoptères Apache de l'armée des Etats-Unis survolent la ville qui s'étire en banlieue, à l'est de Bagdad. Un groupe d'hommes déambule, sans menacer qui que ce soit, a priori. A bord, une voix dit avoir identifié une arme, puis une deuxième. «Nous avons 5 ou 6 individus avec des AK-47 (des fusils-mitrailleurs Kalachnikov) Nous demandons l'autorisation d'engager le combat» (il parlera aussi d'un «RPG», un lance-roquette). Sur cette simple base, le militaire obtient l'autorisation et ouvre le feu sur les «insurgés» avec des canons de 30 mm.

Après la première salve, des adultes et des enfants sans armes débarquent d'un mini-van pour transporter les blessés. Les militaires lancent une seconde attaque. Deux enfants seront blessés, une dizaine d'hommes vont mourir. Parmi eux, le journaliste (photographe) de l'agence Reuters Namir Noor-Eldeen et son chauffeur Saeed Chmagh. (La vidéo continue pendant une quarantaine de minutes, avec d'autres bavures et un mémorable «Look at those dead bastards. Nice», d'un tireur américain.)

Pendant des mois, Reuters a tenté en vain d'obtenir ce film, au nom du Freedom of Information Act. Les militaires ont toujours refusé de révéler les circonstances de la mort de ces personnes et l'armée américaine a conclu son enquête en déclarant que les actes des soldats avaient été accomplis «conformément aux lois des conflits armés» et de «règles d'engagement» des soldats.

Il y a moins d'un mois, Wikileaks avait révélé un autre document du Pentagone qui parlait de... Wikileaks. On pouvait y lire que «WikiLeaks.org représente une menace pour l'armée américaine, les opérations de sécurité et le contre-espionnage» et que le ministère de la défense américain devait mettre en œuvre tous les efforts possibles pour «protéger les opérations de sécurisation des lanceurs d'alertes» (whistleblowers).

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Révélations sur une usine à intox
Une enquête de Mediapart raconte l’une des plus grandes entreprises de manipulation de l’information intervenue en France ces dernières années. Plusieurs sites participatifs, dont Le Club de Mediapart, en ont été victimes. Au cœur de l’histoire : une société privée, Avisa Partners, qui travaille pour le compte d’États étrangers, de multinationales mais aussi d’institutions publiques.
par Fabrice Arfi, Antton Rouget, Tomas Madlenak et Lukas Diko (ICJK)
Journal — Politique
L’IVG dans la Constitution française : le revirement de la majorité
Alors que La République en marche a refusé d’inscrire le droit à l’avortement dans le marbre de la Constitution durant la précédente législature, elle opère désormais un changement de cap non sans arrière-pensée politique, mais salutaire face à la régression américaine.
par Pauline Graulle
Journal
En Pologne, Roumanie et Hongrie, le parcours du combattant des Ukrainiennes pour accéder à une IVG
Comme aux États-Unis, l’accès à l’avortement est compliqué, voire interdit en Pologne, mais aussi en Roumanie et en Hongrie. Ces pays frontaliers de l’Ukraine hébergent plusieurs centaines de milliers de réfugiées de guerre ukrainiennes sur leur sol, qui n’ont parfois pas d’autre choix que d’avorter dans un autre pays. 
par Helene Bienvenu et Marine Leduc
Journal
Tensions autour de la détention au Gabon de deux Français
Une enquête menée par une juge d’instruction française sur la détention au Gabon de deux Français, dont l’ancien directeur de cabinet du président Bongo Ondimba, provoque des remous. Les avocats des deux détenus s’inquiètent pour leur santé et dénoncent un règlement de comptes politique, mettant en cause le fils aîné du chef de l’État gabonais.
par Fanny Pigeaud

La sélection du Club

Billet de blog
Pays basque : le corps d’un migrant retrouvé dans le fleuve frontière
Le corps d’un jeune migrant d’origine subsaharienne a été retrouvé samedi matin dans la Bidassoa, le fleuve séparant l’Espagne et la France, ont annoncé les autorités espagnoles et les pompiers français des Pyrénées-Atlantiques.
par Roland RICHA
Billet de blog
Exilés morts en Méditerranée : Frontex complice d’un crime contre l’humanité
Par son adhésion aux accords de Schengen, la Suisse soutient l'agence Frontex qui interdit l'accès des pays de l'UE aux personnes en situation d'exil. Par référendum, les Helvètes doivent se prononcer le 15 mai prochain sur une forte augmentation de la contribution de la Confédération à une agence complice d'un crime contre l'humanité à l'égard des exilé-es.
par Claude Calame
Billet de blog
Frontières intérieures, morts en série et illégalités
Chacun des garçons qui s'est noyé après avoir voulu passer la frontière à la nage ou d’une autre manière dangereuse, a fait l’objet de plusieurs refoulements. Leurs camarades en témoignent.
par marie cosnay
Billet de blog
Melilla : violences aux frontières de l'Europe, de plus en plus inhumaines
C'était il y a deux jours et le comportement inhumain des autorités européennes aux portes de l'Europe reste dans beaucoup de médias passé sous silence. Vendredi 24 juin plus de 2000 personnes ont essayé de franchir les murs de Melilla, enclave espagnole au Maroc, des dizaines de personnes ont perdu la vie, tuées par les autorités ou laissées, agonisantes, mourir aux suites de leurs blessures.
par Clementine Seraut