Google Instant, une recherche plus rapide, moins diversifiée

«Nous voulons devenir la troisième moitié de votre cerveau.» Par ces mots, Sergey Brin, cofondateur de Google, a présenté mercredi 8 septembre la nouvelle fonction du moteur de recherche, Google Instant. Voilà qui ne manquera pas de faire repartir le (vieux) débat lancé par Nicholas Carr: «Google nous rend-il idiot?»
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«Nous voulons devenir la troisième moitié de votre cerveau.» Par ces mots, Sergey Brin, cofondateur de Google, a présenté mercredi 8 septembre la nouvelle fonction du moteur de recherche, Google Instant. Voilà qui ne manquera pas de faire repartir le (vieux) débat lancé par Nicholas Carr: «Google nous rend-il idiot?»

Qu'est-ce que c'est?

A première vue, cela ressemble de très près à Google Suggest. L'internaute comment à taper ce qu'il cherche et propose de compléter le mot. «M» donne «M Pokora», «Me» donne «météo», «Med» on commence à voir Mediapart s'approcher.

Ce qui est neuf: pendant qu'il tape son mot, les résultats de la recherche commencent à s'afficher, en direct.

Comment ça fonctionne?

Malgré les pouvoirs surnaturels allégués en boutade par Marisa Mayer, vice-présidente de Google chargée du moteur de recherche («There’s even a psychic element to it»), Google Instant se sert des recherches les plus courantes et, à l'usage, semble même tenir compte de l'historique de vos recherches (s'apercevant que je ne considérais jamais «M Pokora» comme une réponse pertinente, Instant a cessé de me le proposer). Voir à ce propos «Deux ou trois choses que Google sait de vous», page 2.

 

Qu'est-ce que ça change?

Pour l'internaute, apparemment pas grand chose si ce n'est un gain de temps: «d’après nos calculs, si les internautes du monde entier utilisaient tous la recherche instantanée Google, il serait possible de gagner 3,5 milliards de secondes par jour au total, l’équivalent de 11 heures par seconde», explique Google.

A y regarder de plus près néanmoins, la fonction peut singulièrement changer les pratiques: «En général, les gens tapent lentement, mais lisent rapidement. On compte en moyenne une pause de 300 millisecondes entre chaque frappe, alors qu'il ne faut que 30 millisecondes (un dixième!) pour jeter un coup d'œil sur une autre partie de la page. Cela signifie donc qu'il est possible de parcourir rapidement une page de résultats tout en continuant à taper.»

On peut donc raisonnablement penser que les requêtes seront moins élaborées, puisqu'un résultat convenable pourra être proposé au cours de la saisie. Plutôt que de chercher «site d'information libre et indépendant» (premiers résultats: Rue89, Branchez-vous et Amnistia.net), on cherchera «site d'inf...» (premiers résultats: Rue89, L'Express, Europe 1). Pourquoi pas, mais il faut être conscient qu'il reste moins de place pour des sites de «niche» dans cette configuration.

On peut aussi supposer que les résultats de Google qui apparaissent en premier écran (même pas en première page: ceux qui tiennent dans la fenêtre ouverte) seront plus que jamais survalorisés.

Sur Search Engine Land, John Ellis se demande ainsi si Google Instant pourrait tuer la longue traîne et pose le problème suivant: si je représente un hôtel 5 étoiles à Las Vegas, j'aurai un meilleur prix du mot-clé / résultat pour un référencement sur «Las Vegas 5-star Hotel» plutôt que sur «Las Vegas» qui drainera beaucoup de «bruit». Avec Instant au contraire, dès que l'on tape «Las» on obtient toutes sortes de résultats dont des agences de voyages et des hôtels. Donc il vaudra mieux enchérir pour le mot-clé «Las Vegas» plutôt que pour des expressions plus spécifiques.

Comme AdWords, de Google, fonctionne sur un système d'enchère sur les mots-clés, on devrait donc voir s'envoler les prix de mots très communs (ce qui va privilégier les sites qui disposent de gros moyens marketing) et parallèlement voir baisser la pertinence des publicités contextuelles.

Accessoirement, plus de publicités différentes vont être affichées sur la page de Google, puisque la page de résultat va bouger «en temps réel» à chaque fois que l'usager tape une nouvelle lettre. «Nous pensons que ça n'aura qu'un petit effet sur la “monétisation”, tempère Imran Kahn (JPMorgan): la mise à jour permanente de la page de résultat (...) n'aura d'effet que sur le taux de clic (publicités cliqués / publicités affichées), pas sur le nombre de clics.»

Evidemment, il est toujours possible de s'en moquer en utilisant des modules de suppression de publicité comme AdBlock ou des scripts comme Google Ad Remover.

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