Secret des sources: solidarité avec «Le Monde»

En ouvrant Libération ce matin, j'apprends que la direction du Monde a «demandé à l'informatique d'enquêter» sur l'origine des fuites qui m'ont fait publier cette semaine le projet de relance du quotidien et la lettre du directeur du journal, Eric Fottorino, dans lequel il se plaint aux nouveaux propriétaires du harcèlement moral dont serait victime l'encadrement du groupe

En ouvrant Libération ce matin, j'apprends que la direction du Monde a «demandé à l'informatique d'enquêter» sur l'origine des fuites qui m'ont fait publier cette semaine le projet de relance du quotidien et la lettre du directeur du journal, Eric Fottorino, dans lequel il se plaint aux nouveaux propriétaires du harcèlement moral dont serait victime l'encadrement du groupe (deux documents communiqués à plusieurs personnes, donc bien peu confidentiels).

Après dues vérifications, il apparaît qu'aucune demande formelle n'a été formulée dans ce sens à la direction informatique du journal.

Néanmoins, on peut confraternellement souligner l'ironie dont elle témoignerait. Pas besoin d'invoquer le secret des correspondances (art. 226-15 et 432-9 du code pénal, art. 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, article 9 du Code civil, arrêt des 2 octobre 2001 réaffirmé en 2004), puisqu'il existe une loi consacrant la protection des sources des journalistes.

Dans Le Monde du 16 septembre, Eric Fottorino signait d'ailleurs un éditorial très digne soutenant le journaliste Gérard Davet et son informateur supposé David Sénat au nom de ce principe: «Au début de la semaine prochaine, Le Monde déposera une plainte contre X dans l'affaire de la violation du secret des sources d'un de ses journalistes enquêtant sur l'affaire Woerth-Bettencourt. En dehors de tout cadre légal, les services français de contre-espionnage ont usé fin juillet de moyens illicites pour tenter d'identifier un supposé informateur de notre reporter. Leur action a ciblé, grâce à la consultation de relevés téléphoniques, l'ancien conseiller pénal de la garde des sceaux, M. David Sénat, désormais chargé de travailler sur un projet de cour d'appel à Cayenne. (...) La loi du 4 janvier 2010 renforce la protection du secret des sources journalistiques. Elle doit être appliquée.»

 

Image Sombrero_loko

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.