Le détail des aides à la presse écrite révélé

Nos camarades d'Owni se sont procuré la liste des subventions spécifiques attribuées aux journaux au titre du fonds d’aide à la modernisation de la presse depuis 2003. Pour 2010, ce fonds est doté de 25 millions d'euros.

Nos camarades d'Owni se sont procuré la liste des subventions spécifiques attribuées aux journaux au titre du fonds d’aide à la modernisation de la presse depuis 2003. Pour 2010, ce fonds est doté de 25 millions d'euros. Ce n'est que l'un des trois dispositifs chargés d'aider les médias à se mettre à niveau. Les autres sont le fonds de modernisation sociale de la fabrication (qui prend en charge la reconversion et les réductions d'effectif chez les ouvriers du Livre) doté de 22,7 millions et le fonds dit SPEL doté de 20,2 millions qui vaut pour le développement des services en ligne des entreprises de presse (développements techniques et commerciaux, investissements promotionnels des sites Web, voire formation des journalistes au numérique). Il faut y ajouter toutes sortes d'aides directes ou indirectes dont le montant s'élève, selon notre calcul, à 1 milliard d'euros pour 2010. Sur l'ensemble, Mediapart peut prétendre au seul fonds d'aide au développement de la presse en ligne depuis cette année. L'entreprise a déposé une demande pour des développements techniques (remboursable au maximum à 40% de leur valeur, ce qui fait un montant d'environ 200.000 euros). Toutefois, Mediapart n'a encore rien touché et, avec les autres membres du Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (le Spiil, rassemblant les «pure players»), se bat pour une transparence totale des subventions à la presse quelle qu'elle soit. Cette transparence conditionnera, au final, l'attitude de Mediapart qui, l'heure venue, en rendra compte en priorité à ses lecteurs.

C'est donc un document partiel – et à comprendre comme tel – que nous publions ci-dessous. Il ne concerne, pour l'essentiel, que la presse quotidienne et des agences. Owni, un site qui se veut «média social et thinktank à ciel ouvert», fait ici œuvre d’intérêt généralet Mediapart est évidemment totalement solidaire de sa démarche. On ne comprendrait pas en effet qu'un secteur économique qui fait commerce de la transparence, cœur du métier de journaliste, ne s'applique pas à lui-même cette exigence. L'opacité persistante mine la confiance du public dans la presse et autorise tous les doutes quant aux liens de dépendance entre les médias et le pouvoir exécutif.

Avant toute exploitation, Owni a choisi de publier ce document exceptionnel et de le «crowdsourcer», c'est-à-dire de proposer à chacun d'aider à son dépouillement. Le tableau modifiable en ligne se trouve ici. Une fois ces données vérifiées, Owni proposera un traitement infographié de ces données.

D'ores et déjà, on peut constater dans ces chiffres que le principal bénéficiaire de ce fonds dans la presse nationale est Le Figaro (dont le propriétaire est le député UMP de l'Essonne Serge Dassault): de 2003 à 2009, le quotidien a touché près de 11,8 millions d'euros. L'essentiel de l'aide que ce journal a sollicité est allé aux dépenses de fabrication et notamment à l'imprimerie: 1,7 million en 2005, 2,7 millions en 2006, 2007 et 2008.

Le suivant sur la liste est France-Soir, notamment depuis 2007 (après l'entrée dans le capital des Pougatchev, banquiers de Vladimir Poutine) avec l'acquisition d'une nouvelle rotative (1,3 million d'aide) en 2007, l'achat de tours quadri en 2008 (1,4 million) et surtout la rénovation de la formule rédactionnelle en 2009 subventionné pour plus de 2,7 millions (à titre de comparaison, la nouvelle formule du Journal du dimanche a été aidée à hauteur d'un peu plus de 30.000 euros).

On trouve ensuite Le Monde (4,7 millions) et plus spécifiquement Le Monde interactif qui a touché 1,4 millions pour la «mise à jour technologique du site» en 2004 puis 1,7 millions pour le «développement et optimisation de l'offre internet» en 2008. Après la mise en place du fonds d'aide au développement de la presse en ligne fin 2009, Le Monde interactif ne devrait plus solliciter d'aide au fonds d’aide à la modernisation de la presse.

Viennent après cela, La Tribune qui a fait subventionner en 2008 sa nouvelle formule 1,1 million d'euros et l'acquisition d'une rotative pour 1,4 million. La Croix, L'Humanité et Libération obtiennent très régulièrement des sommes moins élevées mais sur toutes sortes de dossier pour un total de 3,1 millions pour l'un, 2,3 millions pour le second et 2,2 millions pour le dernier.

Pour la presse quotidienne nationale, le plus gros poste reste la conception de projets éditoriaux (22 millions sur la période pour les journaux cités plus haut) devant l'équipement en matériel d'imprimerie (16 millions).

Pour la presse régionale consacre aussi beaucoup d'argent à l'acquisition de rotatives et au développement de l'impression couleur: 3,7 millions pour des tours couleur à Ouest-France (groupe Ouest-France, qui contrôle les journaux du nord-ouest) en 2003 puis 1 million en 2005; une rotative à Nantes en 2009 subventionné pour 2,7 millions puis la salle d'expédition attenante en 2010 pour 1,3 million. 1,8 million pour des tours couleur à L'Est républicain (groupe Ebra, qui contrôle les journaux du nord-est) en 2004, la rénovation de la salle d'expédition pour 1,2 million l'année suivante.

Le dernier gros poste de dépense est informatique, en particulier pour l'achat et la mise en place de nouveaux systèmes éditoriaux (l'équivalent des CMS sur le Web): La Montagne (groupe Centre-France, qui s'étend au centre du pays) 1,2 million en 2005 ou La Voix du Nord pour 1,9 million en 2010. De plus, au début de la décennie, de nombreux quotidien et agences photographiques ont demandé et obtenu des aides pour numériser leurs archives.

On trouve enfin dans la liste l'«Agence Français Abonnement Presse» (A2Presse) qui a reçu plus de 5,7 millions d'aide de l'Etat sur la période 2003-2009, dont plus de 5 millions pour 2009 au titre d'une mesure décidée lors des états généraux de la presse écrite consistant à offrir un abonnement aux personnes atteignant l'âge de 18 ans dans l'année (soit 200.000 abonnements par an pour trois ans). Dans le détail, le quotidien est offert par les entreprises de presse (qui peuvent alors arguer d'une augmentation du lectorat auprès de leurs annonceurs) et la puissance publique s'occupe de la distribution.

Le «work in progress» d'Owni se trouve à cette adresse. N'hésitez pas à fournir de l'aide à cette enquête participative à la mesure de votre disponibilité (ici).

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