Pour faire le portrait d'un directeur du «Monde»

Le comité de pré-sélection du futur directeur du Monde a fait plancher 8 candidats en une semaine. Il lui en reste quatre, peut-être cinq, dans la semaine à venir avant d'établir sa short-list.

Le comité de pré-sélection du futur directeur du Monde a fait plancher 8 candidats en une semaine. Il lui en reste quatre, peut-être cinq, dans la semaine à venir avant d'établir sa short-list.Pierre Bergé (pour le conseil de surveillance du groupe), Louis Dreyfus (pour le directoire) et Gilles Van Kote (pour le pôle d'indépendance) proposeront ensuite, dans la semaine du 24 janvier, entre un et trois noms à un comité élargi aux deux autres nouveaux actionnaires du groupe, Matthieu Pigasse et Xavier Niel, aux représentants des sociétés de personnels et à Jean-Louis Beffa qui représente les actionnaires historique. Le conseil de surveillance se réunira ensuite le 7 février pour choisir et proposer un nom à l'assemblée générale de la Société des rédacteurs du Monde qui devra la valider à au moins 60% des parts présentes ou représentées.

Devant l'Association des journalistes médias, le trio Bergé-Niel-Pigasse a répété le profil-type du gagnant: un candidat «interne ou externe sans a priori», pas forcément «quadra» comme l'avait avancé Pierre Bergé, voué à «représenter le journal à l'extérieur», «présent et travailleur», disposant de «la volonté de bouleverser les choses» («nous refusons toute continuité», insiste Pierre Bergé), «comprenant les enjeux numériques», avec «des qualités de meneur» et «capable de faire consensus».

Il devra travailler au rapprochement des rédactions papier et Web, proposer une offre du week-end «avec plus de main» (un groupe de travail réunissant Philippe Thureau-Dangin, Courrier international, Michel Guerrin, Le Monde, et Boris Razon, Le Monde interactif, travaille déjà sur le sujet pour une remise du projet en mars), s'interroger sur l'opportunité de paraître le dimanche (mais il faut trouver le réseau de diffusion ce jour où les kiosques sont souvent fermés).

Quant à savoir s'il faut paraître le matin comme le reste de la presse, le trio n'a pas d'avis tranché. Louis Dreyfus: «Il n'est pas raisonnable de faire un quotidien lu sur une plage horaire aussi large». La moitié des exemplaires sont achetés le jour-même (à Paris et dans les villes desservies par des TGV), l'autre n'arrive que le lendemain voire 48 heures après le bouclage. «On ne peut pas faire le même journal pour ces deux lectorats. La précédente direction l'avait d'ailleurs compris et en avait un quotidien très magazine, ce qui a largement démobilisé la rédaction. Il faut remettre le journal dans l'actualité, qu'il soit le plus réactif possible, même s'il garde du recul. Donc, si l'on trouve le moyen de servir tous les points de vente en même temps, la problématique du matin existe bien moins.»

Pierre Bergé: «Je lis Le Monde pratiquement depuis sa création (en 1944). Je l'ai beaucoup aimé. Il m'a aussi beaucoup déplu lorsqu'un certain trio (Colombani-Minc-Plenel) le dirigeait. J'ai voulu arriver au Monde pour ne plus retrouver ça. (...) Il y a eu un moment où Le Monde était dicté par des officines plus ou moins policières.» Interviendra-t-il dans le contenu? Jamais, s'en défend-il, «mais on se réserve le droit de dire à un journaliste: “vous ne pouvez pas écrire ça, ce n'est pas vrai, vous n'avez pas vérifié”.»

Matthieu Pigasse rappelle pourtant les domaines qu'il souhaite renforce: l'économie et l'investigation. Sur cette dernière, «Le Monde a beaucoup perdu après en avoir trop fait. On n'est pas obligé de passer d'un extrême à l'autre.» Xavier Niel relève: «Au moment de l'affaire Bettencourt, Le Monde a refusé les enregistrements (du majordome) en disant: “nous avons notre déontologie, nous ne prenons pas”. Puis avec Wikileaks, Le Monde a tout accepté. Il faut absolument avoir une ligne de conduite, quelle qu'elle soit, et s'y tenir.» Mais indique qu'à titre personnel, la doctrine Wikileaks lui convient mieux.

Détournant le slogan lancé par Eric Fottorino («Le Monde était le journal de référence, il doit devenir celui de préférence»), Pierre Bergé dit vouloir «retrouver un Monde impartial. Je n'ai pas envie que Le Monde soit le bulletin du candidat de gauche. Ca ne veut pas dire qu'il doit cacher sa sensibilité, mais il ne doit pas participer au choix et à la promotion d'un candidat. (...) En 2012, Le Monde n'aura pas de position officielle.»

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