Vincent Truffy
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Billet de blog 18 nov. 2010

Les repreneurs du «Monde» resserrent les boulons

«La recapitalisation du groupe [Le Monde] a été entérinée le 2 novembre. Nous entrons dans une nouvelle ère, ce qui nécessite une nouvelle légitimation de ceux qui portent des responsabilités dans notre collectivité.»

Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

«La recapitalisation du groupe [Le Monde] a été entérinée le 2 novembre. Nous entrons dans une nouvelle ère, ce qui nécessite une nouvelle légitimation de ceux qui portent des responsabilités dans notre collectivité.» Dans une lettre envoyée aux membres de la Société des rédacteurs du Monde, 11 des 12 élus de son conseil de gérance démissionnent comme il s’y étaient engagés en juin, pensant alors que la direction du groupe l’imiterait. Le président du directoire, Eric Fottorino, avait alors fait savoir que son mandat courait toujours et qu’il ne démissionnerait pas.

Gilles Van Kote, président de la SRM se démet de cette fonction, mais reste cogérant pour «finaliser certaines opérations liées à la recapitalisation» (il sera gérant de la Société du pôle d'indépendance du groupe Le Monde, délégué du Pôle d'indépendance pour trois ans et membre du conseil de surveillance du Monde SA). Un scrutin pour désigner de nouveaux élus sera organisé le 13 décembre.

Auparavant, la direction du journal aura présenté le 2 décembre à la rédaction le plan de développement issu des idées développées par le processus Darwin, censée renouveler l’offre éditoriale. De son côté, les repreneurs du «Monde libre» doit présenter «d’ici quelques semaines» son projet industriel. Celui-ci risque d'être compliqué par le fait que Les Echos viennent de dénoncer leur contrat d'impression avec Le Monde imprimerie, après le départ effectif (ou annoncé dans le cas du JDD) de la plupart des autres titres qui y étaient fabriqués.

«Dés maintenant, et dans la perspective des investissements à faire, il nous appartient de veiller à ce que toutes les ressources soit mobilisées dans cette seule perspective et qu'en conséquence aucune dépense ne soit engagée sans un contrôle à priori, centralisé, et en cohérence avec la stratégie globale du groupe», écrivent encore Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse qui ont dépêché Michael Boukobza, ancien directeur général d’Illiad-Free pour «simplifier, fiabiliser et coordonner le processus d’engagement de toutes les dépenses du groupe».

En interne, plusieurs interlocuteurs rapprochent cette lettre, qui précise que «toute demande de prime» devra désormais être validée par le directeur financier et celui des ressources humaines, d’une affaire qui avait agité le boulevard Blanqui fin septembre. Des rumeurs «insistantes» avaient couru assurant que l’encadrement du groupe se serait octroyé des primes «pouvant aller jusqu’à 50.000 euros» à l'occasion de la recapitalisation du groupe.

Dans une allocution prononcée devant le conseil de surveillance à cette époque, Eric Fottorino, s’était d’ailleurs félicité de cette «opération majeure [qui] n'aurait pu voir le jour et aboutir sans le profond travail de restructuration» mené avec David Guiraud, vice-président du directoire depuis deux ans et demi. «C'est précisément parce que la gestion a été assainie que nous avons pu attirer vers Le Monde plusieurs actionnaires potentiels de grande qualité», avait-il ajouté.

L’intersyndicale CFDT, CGT et SNJ en avait saisi la direction lors du comité d’entreprise du 28 septembre. Celle-ci avait alors répondu qu’«il n’y a pas eu de prime à l’occasion de la recapitalisation et pas de ce montant», que les cadres dirigeants bénéficient de primes d’objectifs prévues dans leur contrat de travail, que pour 2010, sur la base des résultats, rien n’avait été attribué sur les critères quantitatifs mais qu’individuellement des primes «ne dépassant l’équivalent d‘un mois de salaire et en tout état de cause sont inférieures à 15 000 euros» avaient pu être attribuées.

Dans le compte-rendu qu’il avait envoyé aux membres de sa section, un responsable syndical du journal avait estimé que «les réponses apportées par le DRH ne nous ont pas paru totalement satisfaisantes. C’est pourquoi les élus du CE ont collectivement décidé de ne pas en rendre compte dans l’ensemble de l’entreprise. En revanche, il me paraît nécessaire d’informer les membres de la section. Ne serait que pour préciser que nous ne sommes pas resté inactifs, même si nous ne sommes pas dupes… sans possibilité, dans l’immédiat d’apporter des clarifications fiables.»

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