G8 du Net: les bonnes questions de Nova Spivack

Nova Spivack, l'un des nombreux penseurs du Net, a reçu une lettre signée Nicolas Sarkozy. Le président français le prie de participer au «eG8», une réunion de deux jours (24 et 25 mai) dans le jardin des Tuileries pour préparer le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de Deauville, les jours suivants, consacré à Internet.

Nova Spivack, l'un des nombreux penseurs du Net, a reçu une lettre signée Nicolas Sarkozy. Le président français le prie de participer au «eG8», une réunion de deux jours (24 et 25 mai) dans le jardin des Tuileries pour préparer le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de Deauville, les jours suivants, consacré à Internet.

Bill Gates, Vinton Cerf, Eric Schmidt (ex-Google), Sheryl Sandberg (Facebook, Mark Zuckerberg ayant refusé), Jeff Bezos (Amazon), Jack Ma (Alibaba), Harmut Ostrowski (Bertelsmann), Jimmy Wales (Wikipedia) ont reçu les mêmes, tout comme les français Stéphane Richard (Orange), Marc Simoncini (Meetic), Loïc Le Meur (Seesmic) Alexandre Mars (PhoneValley), Xavier Niel (Free) ou encore Jacques-Antoine Granjon (Vente-Privée).

Mais Nova Spivack, lui, a posté sur son blog, «dans un souci de transparence», les documents reçus: l'invitation (il faut «renforcer la contribution d'Internet à la croissance économique»), la note de cadrage («le forum e-G8 abordera la croissance économique, les sujets sociaux comme les droits humains, la protection de la propriété intellectuelle et le respect de la vie privée, ainsi que l'Internet du futur») et l'agenda des deux jours.

Mieux: tout en indiquant qu'il envisage de participer, il s'ouvre sur les doutes, les questions et les convictions que lui inspire cette initiative.

«Pourquoi le président Sarkozy organise cet événement à ce moment là, s'interroge Spivack. Y a-t-il un agenda politique?» Sur la question du moment, la réponse est simple: la France préside le G8 (et le G20) en 2011, elle organise le sommet de Deauville. La question est plutôt: pourquoi donner un écho particulier au Net alors qu'on trouve aussi parmi les priorités françaises pour le G8, la croissance verte, la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme et les armes de destruction massive ou encore un nouveau partenariat avec l'Afrique?

 

Faut-il rapprocher l'organisation de ce forum – qui ne devrait être qu'un moment sans lendemain mais une «organisation privée placée sous la présidence de Maurice Lévy, PDG de Public» – de l'installation d'un Conseil national du numérique où sont annoncés plusieurs participants du e-G8? Faut-il rappeler que la présidence française du G8 avait promis que «travaux sur cette question (seraient) nourris par les consultations et contributions de tous les acteurs concernés : les entreprises, les experts français et internationaux (pionniers du secteur, scientifiques, penseurs), la société civile»?

«Cet événément servira-t-il à rendre les grosses sociétés et les grands gouvernments encore plus gros, ou sera-ce l'occassion de faire entendre la voix des gens, des cioyens du Web?, demande-t-il. Les délégués penseront-ils d'abord à eux-mêmes et à leur entreprise ou tenteront-ils de mettre des sujets plus vastes sur la table?»

Notant que «le président Sarkozy, comme les autres dirigeants du G8, ont souvent soutenu des politiques qui n'allait pas dans l'intérêt des internautes – par exemple sur les questions de vie privée, de liberté d'expression, de taxation ou de neutralité des réseaux» et clairement sceptique sur le fait que l'on puisse trancher des questions si complexes en deux jours, Spivack tique: «Cet événement est-il conçu pour rassembler tous les points de vue pour élaborer de nouvelles politiques ou pour apporter son soutien à des politiques qui ont déjà été décidées par les pays du G8?»

Pourquoi cautionner par sa participation un tel forum? «Ce qui me préoccupe le plus aujourd'hui, c'est qu'Internet se concentre dans les mains d'un petit nombre et que cette tendance se confirme avec la bénédiction des grosses sociétés et des gouvernements. (...) Si nous ne sommes pas extrêmement vigilants et prompts dans notre effort pour protéger un Internet ouvert des intérêts commerciaux et des gouvernements, je pense que nous finirons par bâtir un Internet qui ressemble plus à une vaste prison qu'à un tremplin pour une amélioration du sort de l'humanité.»

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