«Le» Huffington Post, de AAA à Jay Z

250 personnes dans un auditorium qui n'en tenait pas le tiers, des caméras comme à Cannes, des photographes à gros télé-objectifs et la presse internationale... Plus personne ne peut ignorer le lancement de «Le Huffington Post», le spin-off local du «HuffPo», lancé en 2005 comme une riposte «liberal» (c'est-à-dire de gauche au sens américain) aux influents blogueurs conservateurs type Ana Marie Cox (Wonkette) ou à l'agrégateur tout aussi droitier Matt Drudge.

Bordel de fin de conf de presse. © Thx 2 Aude Baron Bordel de fin de conf de presse. © Thx 2 Aude Baron
250 personnes dans un auditorium qui n'en tenait pas le tiers, des caméras comme à Cannes, des photographes à gros télé-objectifs et la presse internationale... Plus personne ne peut ignorer le lancement de «Le Huffington Post», le spin-off local du «HuffPo», lancé en 2005 comme une riposte «liberal» (c'est-à-dire de gauche au sens américain) aux influents blogueurs conservateurs type Ana Marie Cox (Wonkette) ou à l'agrégateur tout aussi droitier Matt Drudge.

Arianna Huffington, ancienne journaliste de la très conservatrice National Review, femme de télévision (elle a collaboré aux émissions d'infotainment – de divertisssement d'actualité – de Bill Maher ou Al Franken), a associé les deux idées, des blogs d'opinions et des résumés d'articles trouvés ailleurs, jusqu'à dépasser le New York Times en nombre de visiteurs uniques à partir du printemps 2011.

Petit à petit, à partir de 2008, elle a commencé à décliner la formule localement avec un HuffPo Chicago, puis New York, puis Denver, Los Angeles, San Francisco, Detroit et Miami. Avec toujours le même principe: architecture et plateforme technique commune, équipe éditoriale locale pour coller aux préoccupations du coin.

Désormais, elle s'intéresse à l'Europe avec une version britannique depuis l'été 2011, une française aujourd'hui, en mars en Espagne avec El Pais, en avril en Italie avec L'Espresso, et des discussions en Allemagne, en Grèce, en Turquie ou encore au Brésil. Pour le partenaire français (le groupe Le Monde), l'association correspondait à la volonté de «sortir par le haut» de l'aventure participative du Post.fr qui avait trouvé son public mais pas du tout son équilibre économique.

«Les organes de presse meurent, et c'est toujours un recul de la démocratie», écrit d'ailleurs Anne Sinclair dans son éditorial du HuffingtonPost.fr sans penser probablement que le site dont elle est directrice éditoriale naît sur le cadavre encore chaud du Post. Une «petite pierre apportée au maintien d'une démocratie pluraliste», poursuit l'ancienne animatrice de «7 sur 7».

Contrairement à l'orientation éditoriale – favorable au parti démocrate – qui avait attiré les américanophones sur le HuffingtonPost, la franchise française ne sera «ni de gauche ni de droite mais pas sans point de vue» (les slogans du lancement ont été travaillés). L'originalité du projet se situera ailleurs: «nous allons traiter l'information sous un angle»!

D'autres innovations dans le rubricage: «On a de grandes ambitions mais de petits moyens. (les slogans, bis) On ne peut pas tout traiter, reconnaît Anne Sinclair. On a choisi de se concentrer sur 5 rubriques: la présidentielle, l'international, l'économie, la culture et les tendances.» Slogan, troisième: «on peut être soucieux de la perte du triple A et aimer Jay Z». Mieux: les informations seront (roulements de tambour) vérifiées: «On ne va pas recopier le journal d'à-côté. On va passer 2 ou 3 coups de fil quand on a le temps». Ou bien: «On a l'outil du lien externe» (si c'est faux, l'erreur n'est pas de nous). Et encore: «comme CNN, on va bannir les “selon” untel». Même pas besoin de téléphoner.

Oui mais pas seulement: il y aura aussi des contributeurs. «Plus de 200 nous ont contacté». Parmi ces candidatures spontanées, Julien Dray et Rachida Dati, Ali Baddou, Nicolas Bedos, Philippe Bilger, Guy Carcassonne, Jean-Claude Casanova,  Raphaël  Enthoven, Caroline Fourest (pour s'en tenir aux premières lettres de l'alphabet) et même une «prof des banlieues nord de Marseille». Raison de cette fonctionnalité inédite? «La société française est sclérosée; trop de personnes n'ont pas le droit de s'exprimer. Il faut ouvrir la fenêtre» (slogan IV, le retour de la vangeance). «De toute façon, avec les iPhone, n'importe qui peut s'improviser journaliste. Ce qu'il nous reste, c'est de dire ce qui est digne d'être publié, ce qui mérite d'être connu».

Au-delà de la sélection perfide de petites phrases, on voit se dessiner un projet qui ne repose pas sur une formule originale – tous les sites d'information suivent l'actualité, la plupart propose une revue de Web et beaucoup possèdent une plateforme participative avec des têtes d'affiche – mais sur la réputation du Huffington Post («le site qui a supplanté celui du New York Times») et sur la célébrité d'Anne Sinclair. Avec le pari, pour atteindre l'équilibre financier sous deux ans («l'objectif, c'est l'équilibre en 2014», assure Matthieu Pigasse, actionnaire à double titre du site, à travers le groupe Le Monde – 34 % – et les Nouvelles éditions indépendantes – 15%)  que la notoriété appellera la notoriété, que les blogueurs-people («non rémunérés») attireront les blogueurs pensant trouver ici un public plus vaste ou plus qualifié qu'ailleurs. Ce qui est aussi le calcul de tous les autres, déjà bien implantés sur le Web français.

Interrogée sur d'éventuels conflits d'intérêts dans le traitement de l'information, Anne Sinclair répond: «De toute façon, à part mon éditorial, je n'écris pas dans le Huffington Post». Puis se tournant vers le rédacteur en chef: «c'est lui le responsable, il est in charge, je le laisse faire.» Question-piège: «Est-ce un temps plein?» Réponse de la directrice éditoriale: «Je ne pensais pas que ça en serait un. (...) De toute façon, je ne suis pas salariée, je suis intéressée aux résultats.»

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