Demorand à «Libération»: oui mais quand?

Bien lire les déclarations entre les lignes. A 17h22, Challenges donne pour certaine la désignation de Nicolas Demorand comme codirecteur de Libération, à la place de Laurent Joffrin, lors du conseil de surveillance de mercredi.Mais dès avant cela, à 16h26, Les Inrockuptibles obtenaient un démenti de l'actionnaire principal, décisionnaire, Edouard de Rothschild.

Capture_decran_2011-01-25_a_20.22.32.pngBien lire les déclarations entre les lignes. A 17h22, Challenges donne pour certaine la désignation de Nicolas Demorand comme codirecteur de Libération, à la place de Laurent Joffrin, lors du conseil de surveillance de mercredi.Mais dès avant cela, à 16h26, Les Inrockuptibles obtenaient un démenti de l'actionnaire principal, décisionnaire, Edouard de Rothschild.

Enfin, pas vraiment un démenti, une nuance: «Je ne présenterai aucun candidat, le calendrier n’est pas celui-là. Il n’en a jamais été question. Bien sûr, j’étudie certaines pistes. Mais je ne désignerai personne demain.» Ce qui ne veut pas dire que Nicolas Demorand ne deviendra pas le nouveau cogérant de Libération à côté de Nathalie Collin, mais que le remplacement de Laurent Joffrin ne figure pas à l'ordre du jour du conseil de surveillance, même s'«il pourrait y être ajouté facilement».

Officiellement, celui-ci n'est pas parti du quotidien pour Le Nouvel Observateur – même s'il en a évoqué l'éventualité lors de la réunion des chefs de service lundi. Il doit seulement présenter au conseil ses pistes de rapprochement avec l'hebdomadaire. Dans les faits, l'arrivée providentielle d'un remplaçant pourrait clôre sa mission de trois mois commencée il y a deux semaines et hâter son transfert.

La cogérante ne fait d'ailleurs pas mystère du fait que la recherche a commencé: «Avant de prendre une décision, il faudrait que les actionnaires aient auditionné tous les candidats, ce qui n'est pas le cas». Il ne faut pas oublier non plus que le conseil de surveillance de mercredi se déroule la veille d'un comité d'entreprise et que les représentants du personnel pourraient s'offusquer que la procédure normale d'information n'ait pas été respectée.

Edouard de Rothschild a sollicité plusieurs candidats dès avant que soit connue toute «mission» confiée à Laurent Joffrin. Il a ainsi approché avant les fêtes l'ancien directeur de la rédaction du Journal du dimanche et de Paris-Match, Alain Genestar qui a préférer se concentrer sur son magazine de photojournalisme Polka, plutôt que de prendre la tête d'une rédaction rétive à tout candidat imposé de l'extérieur. Il a aussi sollicité une première fois Nicolas Demorand, qui n'a pas d'expérience notable de presse écrite, se débat dans la difficulté d'imposer son émission sur Europe 1 et vise plutôt de meilleurs créneaux audiovisuels.

Mais la semaine passée, Mediametrie a publié des audiences calamiteuses pour Europe 1: plus de 400.000 auditeurs perdus en deux mois. Et le nouveau patron de la station, Denis Olivennes, qui depuis en rend publiquement comptable la tranche d'information de la mi-journée mais aussi le créneau 18h-20h confié à Nicolas Demorand (-243.000 auditeurs). Edouard de Rothschild a donc retenté sa chance avec cette fois plus de succès, même si Nicolas Demorand souhaiterait conserver une présence à la télévision. 

Laurent Joffrin occupe actuellement deux postes à Libération: celui de coprésident du directoire, choisi par le conseil de surveillance à la majorité (donc essentiellement par l'actionnaire principal Edouard de Rothschild), et celui de directeur de la rédaction. Or ce dernier poste, proposé par le directoire, est soumis au droit de veto des salariés de Libération: si 66% de ceux-ci votent contre le candidat avec au moins 51% de votants, ce dernier est rejeté.

Paradoxalement, le poste le plus élevé devrait être aussi le plus accessible pour Nicolas Demorand. Car si le veto de 66% est pratiquement impossible à atteindre, la nécessité de réunir le quorum est un moyen plus efficace pour les salariés de faire valoir leur choix.

 

Photo JBP/Europe 1

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