«France-Soir»: Mistral perdant

Mardi 30 novembre, Alexandre Pougatchev, propriétaire de France-Soir, se rend à la direction des médias, au ministère de la culture. Il espère débloquer 4 à 5 millions d'aides publiques à la presse.

Mardi 30 novembre, Alexandre Pougatchev, propriétaire de France-Soir, se rend à la direction des médias, au ministère de la culture. Il espère débloquer 4 à 5 millions d'aides publiques à la presse. Une semaine plus tôt, le syndicat général des journalistes FO du quotidien avait saisi le tribunal de commerce de Paris d'un droit d'alerte. Cette procédure exceptionnelle est utilisée lorsqu'une entreprise connaît des «difficultés de nature à compromettre la continuité de l'exploitation». C'est-à-dire lorsque la faillite menace.

Pourtant, le même Alexandre Pougatchev annonce urbi et orbi qu'il va «encore investir 20 millions d'euros dans la nouvelle formule» prévue pour janvier, dont plusieurs millions dans une campagne publicitaire notamment à la télévision. Il paie rubis sur l'ongle les 58.000 euros d'arriérés de cotisations Urssaf datant du précédent propriétaire, Jean-Pierre Brunois. Il embauche quelques belles signatures: Airy Routier, Frédéric Helbert ou Philippe Douroux. Et investit, tardivement mais résolument, dans son site Web.

Oui mais France-Soir a divisé son capital par deux, perd plus de 2 millions d'euros par mois, avait accumulé selon les syndicats une dette de quelque 30 millions en octobre, payait certains de ses fournisseurs à 120 jours, était en délicatesse avec En Direct, son prestataire pour les pages «courses», devait 139.000 euros à l'AFP. Et a mandaté le cabinet Ernst & Young pour faire un audit de l'entreprise, ce qui laisse présager une cession ou un changement d'actionnaire majoritaire au printemps, une fois le journal relancé.

France-Soir, 18 mars 2010. France-Soir, 18 mars 2010.
Dans une interview à Electron libre, l'ex-directrice générale de France-Soir, Christiane Vulvert expliquait: «Depuis des semaines, je disposais de nombreux éléments indiquant que l'avenir de France Soir pouvait être compromis.» Elle venait d'être brutalement éjectée de l'entreprise par Alexandre Pougatchev à la veille du comité d'entreprise extraordinaire après avoir renoncé le mois précédent à être mandataire social, c'est-à-dire responsable sur ses biens des fautes de gestion de l'entreprise. «Christiane Vulvert préparait un nouveau tour de table sans que je le sache. Elle avait pris des contacts», expliquait de son côté Alexandre Pougatchev au Figaro. Le départ de cette proche de l'Elysée a aussi été perçue comme un prise de distance nette avec le pouvoir.

Deux questions se posent désormais: quel est l'utilité de France-Soir pour la famille Pougatchev une fois que le contrat pour la construction de deux des quatre porte-hélicoptères de type Mistral que la France souhaite vendre à la marine russe a changé de mains? Et les Pougatchev auront-ils les moyens pour rendre France-Soir présentable pour une éventuelle cession? La Mejprombank du père, Sergueï Pougatchev, s'est fait retirer sa licence par la banque centrale russe le 5 octobre après un défaut de remboursement de 200 millions d'euros d'obligations en juin. L'oligarque tente de vendre sa mine de charbon d'Elegest, en Sibérie, officiellement évaluée à 3 milliards de dollars et qui ne vaudrait que 500 millions. Et une cour de Moscou enquête actuellement pour savoir s'il faut déclarer la banqueroute de l'empire.

 

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